Omega Seamaster 300 165.024 et 166.024

Sur le podium des montres de plongée emblématiques des années 1960, la volumineuse Seamaster 300 d’Omega, référence ST 165.024 ou 166.024, ne fait pas jeu égal avec la Rolex Submariner en notoriété mais elle a de bons arguments pour lui disputer la palme de la qualité, de l’efficacité et du charme. Revue détaillée d’un modèle pour amateur éclairé.

Nous sommes en 1964. La démocratisation des montres typées plongée a déjà rendu cette catégorie de garde-temps très populaire. Cadran noir, index et aiguilles luminescents, boîtier étanche et lunette mobile graduée : une myriade de petites marques proposent des modèles accessibles et fiables qui élargissent le marché défriché par les grandes maisons horlogères dès les années 1950.

La première version de Seamaster 300 est lancée en 1957, quatre ans après les premières Rolex Submariner, Zodiac Seawolf et Blancpain Fifty Fathom (90 m), un an avant la Zenith S58 au destin plus confidentiel. Elle est également contemporaine des toutes premières skin diver. Trois références de Seamaster 300 se tuilent jusqu’en 1964 : CK 2913, CK 14755 et ST 165.014.

Cette année-là, une évolution majeure du chronographe Speedmaster est lancée sous la référence ST 105.012 : il arbore tout nouveau boîtier de forme asymétrique, épaissi à droite pour protéger la couronne et les poussoirs, et doté de ces cornes « lyres » qui sont devenues l’une des signatures stylistiques de la marque. Simultanément, Omega applique la même recette à la  Seamaster 300. Ainsi apparaît la ST 165.024…

 

Le mouvement

Hormis le nouveau boîtier, la 165.024 s’inscrit dans la continuité du modèle précédent, la 165.014, avec lequel elle partage notamment une mécanique éprouvée : le calibre 552, apparu en 1958.

OMEGA calibre 552

Mouvement mécanique à remontage automatique, 19800 A/h, 50 heures de réserve de marche.

Comme sur la génération précédente, une version « dégradée » de ce mouvement équipe les modèles exportés vers les États-Unis, le calibre 550. Créé en 1959, il s’agit simplement d’un 552 à 17 rubis, les pierres manquantes étant remplacées par des douilles en laiton. On notera que, celles-ci étant sujette à usure, il n’est pas rare de rencontrer aujourd’hui des calibres 550 où les ponts sont remplacés par leur version à rubis.

Pour en savoir plus : Pourquoi les montres destinées au marché américain ont-elles parfois moins de rubis ?

La version avec date, référence 166.024, n’apparaît qu’en 1967, avec le calibre 563 ou, plus généralement, le calibre 565 à 24 rubis, créé en 1965.

 

Le boîtier

La lunette de 40 mm de diamètre surmonte un boîtier asymétrique de 42 mm (hors couronne). L’épaisseur, verre compris, est de 13 mm, la longueur est de 47,5 mm et l’entrecornes, de 20 mm.

L’appellation « Seamaster 300 » suggère une étanchéité garantie jusqu’à la profondeur de 300 mètres mais les catalogues de l’époque évoquent une résistance jusqu’à 600 pieds, soit environ 200 mètres…

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Bien que les boîtiers d’époque aient la même épaisseur que les modèles de service, ces derniers apparaissent plus épais aux extrémités des anses.

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Le fond de boîte

Selon les logos appliqués à l’intérieur des fonds de boîte, il semble que Huguenin Frères ait produit les premières versions, Centrale Boîtes SA ayant assuré l’essentiel de la production ensuite. Certains autres fournisseurs ont pu être mis à contribution de manière marginale, tels que Piquerez, dont on reconnaît le scaphandrier stylisé sur la photo ci-dessous (en haut, à droite).

Huguenin Frères

On raconte que c’est Huguenin Frères qui dessina également le boîtier à anses lyres devenues un trait majeur de l’identité des Speedmaster et Seamaster 300. Le fond « HF » peut présenter différents aspects :

Le triangle renferme le signe Ω et le mots « OMEGA WATCH Co ». Dessous, les mentions « FAB. SUISSE » et « SWISS MADE ». La mention « ACIER STAYBRITE » renvoie au matériau utilisé par Huguenin Frères. Il s’agit d’un type d’acier inventé par First Brown, une filiale de British Steel, dans les années 1920, au début de l’ère de l’acier inoxydable. C’est un alliage d’acier, de chrome et de nickel qui, s’il a évolué depuis, est toujours utilisé.

Sous la marque du fabricant (« HF » sur le modèle exposé ci-dessus), se trouvent les six chiffres composant la référence du modèle, suivis souvent (mais pas systématiquement) de l’année de production.

La mention « S.C. », enfin, reste sujette à conjectures. Est-ce simplement l’abréviation de « steel case » ? Toujours est-il qu’elle n’apparaît pas toujours. Il existe aussi des fonds marqués « SP2 ».

Centrale Boîtes SA

Les boîtiers CBSA, plus tardifs, portent la mention « ACIER INOXYDABLE » à la place de « ACIER STAYBRITE » et le numéro de référence s’écrit désormais « 165.024 » au lieu de « 165024 ».

OMEGA Seamaster 300 165.024 fond de boîte - Img Fred Chrono 01
OMEGA Seamaster 300, réf. 166.024.

Extérieurement, le logo et les écritures gravées sont restés inchangés tout au long de la production. En revanche, les tout premiers boîtiers présentent un profil légèrement différent autour des encoches.

 

La couronne

Les références 165.024 et 166.024 ont connu deux types de couronnes successifs. De 1962 à fin 1967 (ou début 1968), elles sont équipées de la couronne « Naïade » : non vissée, elle comporte 24 dents et mesure 3,15 mm de long et 6,7 mm de diamètre. Par la suite, cette couronne est remplacée par une couronne vissée qui fut introduite sur les modèles militaires puis généralisée. Celle-là mesure 5 mm de long et 6,2 mm de diamètre, et comporte 22 dents.

 

Le verre

Omega décrit le verre comme « dôme hesalite à triple couche ». L’hesalite est une forme de plexyglas. Vu de profil, le verre dépasse de la lunette de 3 mm et porte en son centre le logo Omega.

IMG_5549

Le verre est mis en pression sur une bague noire ou polie selon les cas.

 

Le numéro de série

Chaque mouvement est gravé d’un numéro de série permettant d’identifier la période de production. Il semblerait que  les premiers calibres emboîtés dans une Seamaster 300 sous référence 165.024 se situent dans les 20.308.500 (1964).

 

Le cadran

Les premiers cadrans ont équipé indifféremment le modèle de transition 165.014 et son successeur 165.024. Certains datent donc d’avant l’interdiction du radium et l’obligation d’appliquer la mention « T SWISS MADE T » au lieu de « SWISS MADE ». Il existe donc quelques rares exemplaires précoces de Seamaster 300 165.024 avec des cadrans « SWISS MADE ».

À compter de 1967, une nouvelle version de cadran fut introduite, où un triangle inversé remplace le trapèze et le nombre douze. Ces cadrans, dits « big triangle », sont généralement préférés par les collectionneurs. Chronologiquement, les modèles à « big triangle » doivent normalement porter une aiguille des heures de type glaive.

Comme le montrent les images ci-dessus, le cadran (« big triangle » ou non) porte la plupart du temps deux trous d’épingle, l’un à 12 heures, l’autre à 6 heures. Liés au processus de fabrication, ils auraient servi à caler les cadrans avant leur peinture. Selon MyVintageOmega, ces trous sont parfois manquants à 6 heures,  voire totalement absents. Généralement recouverts en cas de relumage, ils peuvent constituer une bonne indication pour reconnaître les cadrans originaux…

 

Les aiguilles

Les premières Seamaster 300 sont équipées, pour la plupart, des aiguilles chandelle en acier poli et de l’aiguille goutte peinte en blanc que l’on rencontrait déjà à la génération précédente (réf. 165.014) et que l’on trouve également sur les Speedmaster. Les trois portent des inserts de matière lumineuse qu’il est très rare aujourd’hui de trouver en bon état d’origine.

L’aiguille chandelle des heures est ensuite remplacée par une aiguille plus large, de type glaive. Celle-ci ayant la préférence des amateurs, elle a souvent remplacé l’aiguille d’origine à l’occasion d’une remise en état. Les experts estiment que l’aiguille glaive aurait été introduite en 1965. Pour autant, il est vraisemblable que le stock d’aiguilles chandelles n’ait pas été épuisé immédiatement et que des modèles postérieurs portent la première version. Des exemplaires à aiguille chandelle de 1968-1969 seront en revanche aussi douteux que d’autres à aiguille glaive datés de 1964…

Il semble, par ailleurs, qu’il existe deux versions de l’aiguille des secondes, l’une et l’autre ayant des proportions légèrement différentes. Aiguilles d’origine versus aiguilles de service ? C’est un point qui reste à creuser. Cet article fera l’objet d’une mise à jour le moment venu !

Enfin, il y a des indices de l’existence, marginale, d’exemplaires dotés des aiguilles du modèle CK 14755 (dauphine et broad arrow). C’est cette combinaison qui est représentée dans un catalogue italien de 1964. L’exemplaire présenté ici par Anthony Marquié et représenté ci-dessous aurait été, selon l’extrait d’archives fourni par Omega, produit en mars 1964 et vendu en Italie, ce qui coïncide avec le catalogue. Quelques exemplaires sont connus avec cette spécificité mais aucune information supplémentaire n’est disponible à leur sujet…

Les lunettes et inserts

La lunette de la Seamaster 300 165/166.024 est bidirectionnelle et dotée de soixante crans. Si sa forme est restée constante tout au long de la production, il en est allé autrement de l’insert, selon les périodes et les fournisseurs. Entre les dates de production approximatives, la gestion des stocks aléatoire et les remplacements possibles, il est souvent difficile d’établir des correspondances fiables entre période et type d’insert mais certains s’y sont essayé.

Dans tous les cas, l’insert est réalisé en résine acrylique avec un repère triangulaire luminescent à 0/60, des chiffres luminescents de dix en dix et des index peints. Selon les versions, les grands index (à 5, 15, 25, etc.) sont peints ou luminescents.

Sur Omegaforums.net, uwsearch a publié un inventaire parfait des sept types d’inserts que l’on est susceptible de rencontrer sur une Seamaster 300.

OMEGA Seamaster 300 165-166.024 Types d'inserts - Img uwsearch 01
OMEGA Seamaster 300 réf. 165.024 et 166.024 : inventaire des sept types d’inserts.

Il m’a très aimablement autorisé à le reproduire.

Sept types d’inserts : tableau de synthèse

OMEGA Seamaster 300 tableau inserts - Img Uwsearch

Type A : caractères étroits et fins, sommet du 3 arrondi, sommet du 4 pointu, patte oblique sur le 1, chiffres et index intermédiaires luminescents.
Type B : caractères larges et épais, sommet du 3 aplati, sommet du 4 aplati, patte oblique sur le 1, chiffres et index intermédiaires luminescents.
Type C : caractères étroits et épais, sommet du 3 arrondi, sommet du 4 aplati, patte horizontale sur le 1, chiffres et index intermédiaires luminescents.
Type D : caractères larges et épais, sommet du 3 arrondi, sommet du 4 aplati, patte oblique sur le 1, chiffres luminescents et index intermédiaires luminescents.
Type E : caractères larges et peu épais, sommet du 3 arrondi, sommet du 4 aplati, patte oblique sur le 1, chiffres et index intermédiaires luminescents.
Type F : caractères larges et fins, sommet du 3 aplati, léger plat au sommet du 4, pas de patte sur le 1, chiffres luminescents et index intermédiaires peints.
Type G : caractères larges et épais, sommet du 3 arrondi, sommet du 4 aplati, patte oblique sur le 1, chiffres et index intermédiaires luminescents (luminova).

 

Une version  d’insert très spéciale a également été conçue sur commande de l’armée canadienne :

 

 

Sources
  • Forum Timezone. [En] Cet article puise très largement dans le récapitulatif posté sur ce forum par Jack Norman en 2012. Je me suis efforcé de le compléter à partir de multiples autres sources.
  • That Watch and More : « Buying a Vintage Omega Seamaster 300 ». [En] Dans cet article très complet, Arne Raasmussen partage son expérience à la recherche d’une « bonne » Seamaster 300.
  • Omegaforums. [En] Un fil de discussion de référence sur les différents types d’inserts.
  • Chronomaddox : Bill Sohne, « Seamaster 300 : A history ». [En] Une petite rétrospective démarrant de 1957.

9 commentaires sur « Omega Seamaster 300 165.024 et 166.024 »

    1. Merci Anthony. Je m’attache, autant que possible, à toujours demander l’autorisation préalablement à la publication des photos. Le crédit est également indiqué systématiquement, soit en légende de la photo, soit à la fin de l’article, sauf si l’image est impossible à attribuer ou si je suis moi-même l’auteur de la photo (cas de la moitié des illustrations de cet article). S’agissant de votre photo de la « broad arrow », je ne crois pas qu’il y ait d’ambiguïté sur le crédit. En revanche, je reconnais avoir effectivement omis de vous demander l’autorisation pour cette publication et vous prie de m’en excuser. Je suis évidemment prêt à la dépublier si vous le souhaitez.

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  1. Bien sûr que non, le but n’est absolument pas de le « dépublier » : l’article est intéressant (pas complet, il faudrait un livre de 500 pages pour couvrir le sujet …) et j’ai vu qu’effectivement vous aviez le souci (d’essayer) d’être précis avec les sources. J’ai juste été surpris. Pour information, les 2 modèles présentés sur fond noir en diagonale sont également les miens (ainsi que les photos), et la photo du prototype canadien a au départ été publiée par moi sur un autre support et je ne suis pas certain que le propriétaire serait d’accord pour la voir ailleurs …
    Bref, pas de souci, le contenu est qualitatif, c’est ce qui compte.

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    1. Je ne songeais pas à dépublier l’article mais simplement à retirer vos photos si vous l’aviez demandé. Je mesure bien aussi qu’il faudrait encore beaucoup de travail pour être complet (si tant est qu’on puisse l’être) et vous êtes particulièrement bien placé pour le savoir ! 😉
      En tout cas merci pour votre appréciation, qui a d’autant plus de valeur qu’elle vient d’un expert. Je vais corriger/compléter au mieux les mentions.

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