Eberhard Scafograf 200 réf. 11536 et la saga des Scafograf

Voici un modèle que je n’espérais pas trouver un jour… Je l’avais découverte, comme sans doute quelques autres collectionneurs, au travers de la revue publiée par Matts sur le forum Montres mécaniques. Une montre de plongée « primitive » comme il les affectionne, mais pas comme les autres : avec 39 mm de diamètre, un cadran incroyable, une carrière confidentielle et l’extrême rareté qui en découle, la Scafograf 200 réunissait tous les ingrédients des montres « Graal ». Maintenant qu’elle est là, elle mérite bien une revue et même un peu plus que ça.

La saga des Scafograf

Quand on évoque la Scafograf, seuls quelques amateurs éclairés tendent l’oreille : c’est une affaire d’initié… La raison tient, comme souvent, à la notoriété encore faible de la marque, qui laisse cette plongeuse dans l’ombre des stars indétrônables que sont les Rolex Submariner et Omega Seamaster 300, sans même parler des Blancpain Fifty Fathoms.

Et pourtant ! Avec les Scafograf, Eberhard intègre dès la fin des années 1950 le club encore très fermé des fabricants de montres de plongée de « haut niveau ». En revanche, la société ne dispose pas des moyens d’assurer un lancement à grande échelle.

En savoir plus sur la marque Eberhard & Co.

Produite en 1959, la Scafograf 100 (réf. 11535), une montre en acier de 36 mm de diamètre, sans lunette tournante, étanche à 100 mètres, fait ainsi l’objet d’une série de seulement… 200 exemplaires.

EBERHARD Scafograf 100, 1959.

Deux cents unités, c’est aussi la production de la première version de la Scafograf 200 (réf. 11536) qui nous occupe aujourd’hui. Quant aux déclinaisons ultérieures sont un peu plus répandues mais restent, en termes de rareté, sans commune mesure avec les « banales » Subs et Seamaster 300…

Tour d’horizon de la Scafograf 200 réf. 11536

La référence 11536 désigne la première génération de Scafograf 200. Produite en 1960-1961, elle se distingue de la « 100 » par un boîtier de plus grande dimension (39 mm), une large couronne et une lunette tournante à graduation ascendante. Réalisée en alliage peint, sensible aux chocs et aux rayures, cette dernière est souvent éprouvée au point d’être parfois remplacée par une lunette de Submariner adaptée…

EBERHARD Scafograf 200 réf. 11536, circa 1961.

IMG - Dimensions V2

LHC : 38,9 mm. LCC : 42,9 mm. LHT : 47,4 mm. EC : 19 mm. EHT : 13,1 mm.

Dans l’allure générale, on retrouve d’ailleurs une part des sensations procurées par les Submariner : le diamètre identique, les proportions de la lunette, la manière de se poser sur le poignet… La carrure, dépourvue d’épaulement de couronne, offre encore une légèreté qui se perdra avec la Scafograf 300 (voir plus loin).

EBERHARD Scafograf 200 réf. 11536, circa 1961.

Côté cadran et aiguilles, l’engin reprend la composition spectaculaire et l’esprit Art Déco de la Scafograf 100. Sous réserve de vérification, on peut même supposer que les deux cadrans sont identiques.

La plupart des exemplaires, comme pour la Scafograf 100, sont équipés de cadrans à index cerclés et remplis de radium. Certains, en revanche, sont plats :

À chacun des quatre points cardinaux, ils se présentent sous la forme de grands triangles pointant vers l’extérieur ; des points indiquent les autres heures. Le cadran est parcouru par une combinaison d’aiguilles gilt, larges, raides et fonctionnelles. L’ensemble dégage une forte personnalité et la lisibilité ne peut être contestée. Une vraie toolwatch !

Le fond de boîte, caractéristique de toute les Scafograf, représente un hippocampe entouré des mentions d’usage : EBERHARD AUTOMATIC WATERPROOF, GUARANTEED 660 FT UNDER WATER et GUARANTIE 200 M SOUS L’EAU.

EBERHARD Scafograf 200 réf. 11536, circa 1961.
Mouvement Felsa modifié
INCASTAR régulateur – Publicité

L’Eberhard Scafograf 200 adopte un calibre automatique Felsa 1560 (11,5 lignes, 18000 A/h, 43 heures de réserve de marche) auquel certaines modifications sont apportées. Notons en premier lieu la très belle finition du mouvement et notamment le motif à cercles concentriques appliqué sur la masse oscillante. Spécifique également, et signée du logo Eberhard, la raquette est affublée d’un dispositif de réglage précis, breveté sous le nom Incastar (un joli fil de discussion sur FAM  renseignera le lecteur curieux d’en savoir plus).

Ce caractère bien trempé est renforcé par la présence d’une grosse couronne signée (près de 7 mm de diamètre). Un choix qui partait sans nul doute de l’intention louable de faciliter la préhension, mais qui s’est vraisemblablement traduit par un certain nombre d’accidents de manipulation… Très proéminente et exposée, elle a sans doute souvent sauté, au grand dam du propriétaire, ce qui explique qu’elle soit souvent remplacée sur les exemplaires parvenus jusqu’à nous et qu’Eberhard ait pris une tout autre option pour la remplaçante de la réf. 11536.

Le bracelet, enfin, fait un peu songer aux bracelets à maillons plats des Omega de la même époque. Les pièces extérieures sont polies et les pièces centrales sont brossées. Le dessin est le même pour toutes les versions de Scafograf, avec une boucle signée du logo de la marque.

Les générations suivantes
EBERHARD Scafograf : gamme complète.

La première Scafograf 200 est en effet remplacée par un nouveau modèle censé rectifier les imperfections de la première génération. Sous la référence 11545, cette seconde génération est dotée d’un boîtier dont les anses, en forme de lyre, forment une courbe enveloppant la carrure d’une extrémité à l’autre, d’un diamètre de 42,5 mm.

EBERHARD Scafograf 200 réf. 11545, circa 1964.

Héritage indirect du grand designer Gerald Genta ? Au moins peut-on souligner, comme l’a fait l’ami Simon « Moonphase », que, d’une part, elle a en commun cette caractéristique de style si particulière avec l’iconique Polerouter créée par Genta, quelques autres modèles de la manufacture Universal Genève et les Omega Seamaster 300 et Speedmaster de la même époque et que, d’autre part, tous ces modèles utilisent des boîtiers fabriqués par Huguenin Frères.

Souvent considéré à tort comme identique à celui de la Seamaster 300, le boîtier des Scafograf 200/300 deuxième génération est seulement similaire. En d’autres termes, ils présentent rigoureusement le même design mais les cotes sont légèrement différentes et ils ne sont, dès lors, pas interchangeables.

Voir aussi Omega Seamaster 300 165.024 et 166.024

La 200 passe à 300

Nous sommes autour de 1964 et, certifiée étanche à 300 mètres, la plongeuse prend logiquement l’appellation Scafograf 300. Désormais sous la référence 11706, elle connaît à cette occasion une autre évolution : l’intégration de la fonction date.

Cette-ci, affichée à trois heures, alterne les chiffres rouge et noirs. Eberhard abandonne ainsi Felsa au profit du mouvement Eberhard 266-123, basé sur le calibre Ebel 214.

Mais cette Scafograf 300 type 1 apparaîtrait presque comme une version de transition car elle cède rapidement la place à une nouvelle référence, la 26013, dotée d’un cadran redessiné et d’une nouvelle combinaison d’aiguilles : index droits et aiguilles bâton lui donnent une allure plus en phase avec les codes de la deuxième moitié des années 1960. Moins fondamental : l’insert de lunette affiche désormais une graduation sur soixante minutes et non plus sur les quinze premières.

Au total, elle gagne en modernité ce qu’elle perd en personnalité mais cela paye : la Scafograf 300 type 2 est une réussite commerciale et restera ainsi la version la plus emblématique.

Une exceptionnelle version à cadran gris

Sous la référence 26013, Eberhard signe une version plus « ordinaire » de sa Scafograf mais quelques exemplaires, rarissimes, sortent clairement du lot avec un cadran argenté :

EBERHARD Scafograf 300 réf. 11706 type 2, cadran argent.

La série des Scafograf se poursuit encore au tournant des années 1970 avec une Scafograf 400 et une Super Scafograf au design plus massif et ovoïde. Le boîtier, toujours confié à Huguenin Frères, utilise une bague vissée de fixation de la lunette et du verre, comme sur les Zenith Super Sub Sea 1000 m (réf. A3637) et surtout les Squale 101 Atmos.

EBERHARD Scafograf histoire

En 1983, Eberhard introduit une version à quartz étanche à 1000 mètres, dotée d’une valve d’échappement He-Gas intégrée dans le fond du boîtier et d’une lunette amovible, comme la Scubapro de la même époque ainsi que la Breitling Super-Ocean Deep Sea réf. 81190.

Enfin, en 2016, la maison relance la Scafograf sous la réf. 41034 avec un modèle inspiré de la dernière version de Scafograf 300 (réf. 26013). Avec un boîtier de 43 mm et un calibre ETA 2824-2, déclinée depuis en version GMT.

Conclusion

Au-delà de l’intérêt intrinsèque de la marque Eberhard & Co., la Scafograf mérite incontestablement une place au firmament des montres de plongée des années 1950-1960, avec les « monstres sacrés » que nous connaissons bien. La pertinence de son design, l’originalité de son cadran et, dans le même temps, ses dimensions très actuelles et sa discrétion en font une montre aussi exceptionnelle que facile à porter.

EBERHARD Scafograf 200 réf. 11536, circa 1961.
Références

3 commentaires sur « Eberhard Scafograf 200 réf. 11536 et la saga des Scafograf »

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