L’Eberhard Scafograf 300 réf. 26013 et ses deux cousines cachées, Doxa et Juvenia

Ayant eu la chance de présenter, il y a quelques mois, la saga deS Eberhard Scafograf, surtout centrée sur la « 200 », nous revenons aujourd’hui avec la Scafograf 300 réf. 26013 et deux proches cousines méconnues : la Doxa Sharkhunter et la Juvenia 21.

Lorsque nous avons abordé la « saga » des Scafograf, il a été question de la Scafograf 300 et, plus précisément, de la référence 26013 apparue au milieu des années 1960. Attardons-nous désormais un peu plus sur ce modèle.

Classique modernisé

La référence 26013 apparaît vers 1965. À la voir, on devine immédiatement que l’intention d’Eberhard est de persévérer sur le terrain des stars de l’époque : la Rolex Submariner et l’Omega Seamaster 300. La ressemblance avec cette dernière est d’ailleurs si forte que beaucoup croient que les deux modèles partagent le même boîtier. En réalité, elles n’ont en commun que son concepteur, la maison Huguenin Frères.

Question (pas) bête

L’Eberhard Scafograf 300 et l’Omega Seamaster 300 partagent-elles le même boîtier ?

EBERHARD Scafograf 300 vs OMEGA Seamaster 300.

Cette montre, longtemps boudée et assimilée à une sorte de « Seamaster 300 du pauvre », a trouvé le chemin de la gloire et s’échange désormais à des prix que même les Omega 165.024 aimeraient parfois atteindre. Les raisons : le prestige historique de la marque Eberhard, la forte ressemblance avec la Seamaster 300, un grand diamètre (41 mm hors couronne), la réussite générale du design et, bien sûr, la rareté.

LHC : 41 mm. LCC : 43 mm. LHT : nd. EC : 19 mm. EHT : 13,5.

Délaissant les triangles inversés caractéristiques des premières générations, la Scafograf reçoit un cadran dans les standards de la seconde moitié des années 1960, avec de plus classiques index cerclés rectangulaires généreusement garnis de tritium.

EBERHARD Scafograf, réf. 26013.

La 26013, par ailleurs, se rencontre avec deux versions de cadrans : les premiers exemplaires sont équipés d’un cadran gilt (écritures dorées apparaissant là où la peinture laisse émerger le cadran en laiton) remplacé ensuite par un cadran noir mat sur lequel les écritures sont appliquées en blanc sur un fond noir uniforme.

L’examen des exemplaires visibles sur la Toile met en évidence un détail qui distingue graphiquement ces deux versions de cadrans : le positionnement de la mention SWISS MADE T.

EBERHARD Scafograf 300 : détail des deux versions de cadrans.

Sur une version qu’on présume être la plus ancienne, la mention est appliquée exactement comme sur les cadrans à triangles inversés : le S de SWISS entre les minute 34 et 35 et le T flirte avec la minute 26. Il semble bien que cette configuration soit réservée aux cadrans gilt. La version qu’on considérera donc comme postérieure et réservée aux cadrans mats, prend en compte la nouvelle forme de l’index à 6 heures : la mention est ramenée vers le centre. Le S se trouve entre les minutes 33 et 34 et le T se situe entre les minutes 26 et 27.

L’aiguillage originel disparaît également au profit d’un jeu plus conventionnel — qu’elle partage d’ailleurs avec certains modèles de la marque Vetta (la Super Etanche 200 mètres et la 1000 mètres « Baby Panerai ») — d’aiguilles type « crayon ».

Enfin, toujours en alliage métallique, l’insert de lunette évolue lui aussi. La graduation secondaire est désormais marquée sur les soixante minutes et non plus sur les quinze premières.

On trouve fréquemment cet insert sur les Scafograf antérieures lorsque l’insert d’origine, trop détérioré, a dû être remplacé. Ces inserts ont tous en effet en commun d’être particulièrement vulnérables aux rayures ainsi qu’à une forme d’érosion spécifique à son bord intérieur, probablement liée à la stagnation répétée d’eau salée autour du verre. (Quand on vous dit qu’il faut rincer sa montre à l’eau claire après la baignade ou la plongée !)

Le bracelet

La Scafograf 300 est livrée avec un très beau bracelet en acier à boucle déployante dont l’aspect extérieur est proche de celui des premières Scafograf : la partie centrale des maillons rectangulaires est brossée et rainurée tandis que les extrémités sont polies. La boucle signée est identique à celle du modèle antérieur. Celui-ci est daté de I-65.

Plus épais, il est désormais également élastique sur toute sa longueur. Les pièces de bout font 19,21 mm de large.

On trouvera ce bracelet sur les versions ultérieures (Scafograf 400) avec des pièces de bout spécifiques.

EBERHARD Scafograf 400 – Pièce de bout

Le fond de boîte, très proche de celui de la Scafograf 200, présente toujours le superbe hippocampe adopté par la marque comme emblème pour ses montres de plongée.

Le mouvement est issu du calibre Ebel 214, lequel est une coproduction engageant aussi Girard-Perregaux (le calibre 32 chez GP), ainsi que Zodiac, Doxa et quelques autres, sur la base d’un mouvement A. Schild à remontage manuel, le calibre 1887, auquel un module automatique a été greffé.

En savoir plus

Eberhard Scafograf 200 réf. 11536 et la saga des Scafograf

Eh bien sachez que, si l’Eberhard Scafograf 300 ne se cache plus derrière l’Omega Seamaster 300, deux autres marques se cachent derrière l’Eberhard Scafograf : Doxa et Juvenia. L’une comme l’autre ont en effet commercialisé, à une échelle à l’évidence confidentielle, un modèle monté à partir de la même « banque d’organes » et, en particulier, la maison Huguenin Frères à qui l’on doit ce boîtier caractéristique à anses torsadées.

Commençons donc par Doxa.

La Doxa Shark-Hunter réf. 11804-4, ancêtre mystérieuse de la 300T

Dans l’histoire — relativement discrète — de la marque Doxa, restée connue pour ses montres de plongée, la star reste la Sub 300T. Doxa remonte pourtant au XIXe siècle. À 1889, plus précisément, année où Georges Ducommon fonde la marque et l’installe dans le paysage horloger avec quelques belles réalisations, telles une horloge « huit-jours » qu’on trouve sur des tableaux de bord de Bugatti. C’est après la Seconde Guerre mondiale que Doxa commence à s’intéresser à la plongée.

La première occurrence significative dans ce domaine particulier, redécouverte tardivement (en 2008 sur le forum WatchUSeek), est donc cette réf. 11804-4, qui date vraisemblablement du milieu des années 1960 si on la considère comme contemporaine de l’Eberhard Scafograf réf. 26013. Comme elle, la Doxa se présente dans une superbe carrure à anses « twistées » rompues à trois heures par une encoche protégeant la couronne, que l’on doit à Huguenin Frères, tout comme celle des Omega Seamaster 300. À l’évidence, il s’agit d’ailleurs de plus que d’une ressemblance : carrure, lunette et cadran sont en réalité semblables, de même que l’étanchéité annoncée à 300 mètres. Seuls diffèrent avec certitude le fond de boîte et la couronne.

On retrouve donc aussi le guichet à date et les inserts lumineux caractéristiques de l’Eberhard. Sur le cadran, seul la marque diffère, les mentions SWISS MADE T étant appliquées de la même manière. Le bracelet élastique provient, lui aussi, du même fournisseur.

La version présentée sur ce catalogue (type I) présente un cadran peu disert :

DOXA
.
SWISS MADE T

La version suivante (type II), partagée sur le forum WatchUSeek, contient un peu plus d’informations :

DOXA
.
AUTOMATIC
SWISS MADE T

Une troisième version (type III) est identifiée en 2013 grâce à Offshore, toujours sur WatchUSeek, où la mention 21 JEWELS est insérée au-dessus de AUTOMATIC :

DOXA réf. 11804-4 type 3, circa 1965.

L’illustration du catalogue et les exemplaires présentés jusqu’ici caractérisent vraisemblablement les premières versions de ce modèle, dépourvues de la dénomination SHARK-HUNTER (tout un programme !).

Le cadran de la quatrième version (type IV) officialise l’appellation SHARK-HUNTER et se charge encore d’autres informations :

DOXA
AUTOMATIC
.
SHARK-HUNTER
SUPER WATERPROOF
300 METERS
SWISS MADE T

Par rapport à l’exemplaire passé chez Analog/shift (ci-dessous), on note aussi des aiguilles différentes. Il est très probable qu’il s’agisse d’aiguilles de remplacement, deux autres exemplaires avec le même cadran mais les aiguilles type « Scafograf » ayant été détectés (plus bas et ici).

DOXA 300 m réf. 11804-4 type 4, circa 1965.

La Sub 300 « no T » apparaîtra, elle, en 1967, soit approximativement un ou deux ans après cette 11804-4, rapidement suivie de la 300 T. Celle-ci plongera bien vite sa devancière dans l’oubli avec son cadran orange, sa lunette de décompression et ce bracelet grains-de-riz caractéristique, l’un des premiers à comporter une extension dépliable permettant de porter la montre directement au poignet ou par dessus la combinaison de plongée.

La Shark-Hunter : une revenante en 2019…

À force de passer du temps dans le rétroviseur, on en oublie parfois de regarder simplement par la fenêtre… C’est ainsi que j’ai initialement publié cet article sans faire mention du retour de la Doxa Shark-Hunter, très explicitement inspirée du modèle originel :

Cette plongeuse habilitée à 200 mètres affichera 42 millimètres de diamètre et un classique mouvement ETA 2824-2.

Pour en savoir plus, c’est par ici.

Juvenia

Plus exclusive encore que la Doxa, elle-même bien plus rare que l’Eberhard, la Juvenia n’est à peu près pas documentée. Sa légitimité est attestée par la signature que portent le superbe fond de boîte armorié et le mouvement mais le nombre d’exemplaires connus est si limité qu’il reste aujourd’hui difficile d’en décrire les caractéristiques d’origine de manière tout à fait certaine et indiscutable.

On peut néanmoins considérer raisonnablement, au vu des quelques exemplaires détectés, que la recette est la même que pour Doxa : le boîtier HF reste de mise, de même que le fond de cadran, l’aiguillage et le bracelet, dont la boucle est personnalisée.

Le fond de boîte porte l’emblème armorié de la marque :

JUVENIA 300 m, circa 1966.

À l’intérieur, l’engin abrite un calibre Juvenia 892, lequel est un ETA cal. 2452 dont la masse oscillante est personnalisée.

En savoir plus

Histoire de Juvenia

À cette Juvenia succédera un modèle qui, encore une fois, clone une Eberhard : il s’agit alors de la Super Scafograf, toujours assemblée à partir d’un boîtier Huguenin Frères. Ces deux modèles partagent eux-mêmes ces éléments avec la Zodiac Seawolf 75 ATM de 1968.

Pour référence, l’Eberhard Super Scafograf et la Zodiac Super Seawolf illustrent la présence abondante de gènes communs entre les modèles de ces différentes marques :

Conclusion

Attention, une plongeuse peut en cacher une autre… Dans le sillage de l’Omega Seamaster 300, le savoir-faire de la maison Huguenin Frères a essaimé au-delà. Si l’Eberhard Scafograf 300 a acquis une certaine notoriété, la Doxa Shark-Hunter reste aujourd’hui doublement éclipsée : du fait de sa rareté d’abord, mais aussi à cause de la focalisation des amateurs sur la Sub 300 T, d’ailleurs rééditée et abondamment copiée. Et que dire de la Juvenia, si ce n’est qu’elle tient plus de la licorne que de l’hippocampe ?

Pas un jour sans que des dizaines d’espèces disparaissent de la surface du globe, victimes du mauvais sort que la civilisation industrielle réserve de la nature. Il n’empêche que, pendant cette hécatombe, de nouvelles espèces sont régulièrement découvertes et les fonds marins n’en sont pas avares. On dit même que l’exploration des grandes profondeurs réserve encore beaucoup de surprises. S’il reste encore quelques trésors à découvrir à 300 mètres et s’ils font tic-tac, vivement qu’on les trouve !

Références

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