W.W.W. Dirty Dozen : présentation de la famille

Douze comme les mois de l’année, les coups de minuit, les apôtres et les salopards. Si vous demandez à un ami s’il connaît ces derniers, il risque de penser immédiatement à un film avec Lee Marvin et Charles Branson, ou bien à un parti politique quelconque… à moins qu’il soit amateur de montres et, plus particulièrement, de montres militaires. S’il fait partie de cette élite de l’humanité, il évoquera en effet une collection de douze modèles conçus en 1943-1945 par autant de marques, des plus prestigieuses aux plus confidentielles, pour les besoins de l’armée britannique : les W.W.W. (Wristlet Watch Waterproof). Présentation d’une famille que les collectionneurs ont affectueusement nommée la Dirty Dozen. (Comme le film, donc.)

Nous sommes au début des années 1940. Les Britanniques, dernier bastion européen de résistance aux puissances de l’Axe,  galvanisés par Winston Churchill, mettent tout leur fighting spirit dans la bataille, avec l’aide encore timide des États-Unis. L’effort de guerre se fait sentir partout. L’industrie tourne à plein régime et, dans tous les domaines, la satisfaction des besoins militaires est la priorité des priorités.

L’armée britannique, et tout spécialement la redoutable Royal Navy — de sinistre mémoire pour nous Français… — a toujours été réputée pour la qualité de son commandement mais aussi pour celle de son équipement. À la fin des années 1930, avant même son entrée en guerre, elle dispose d’instruments de mesure du temps robustes et fiables, développés et produits, pour certains, par des sociétés britanniques. Pour autant, la Seconde Guerre mondiale amène le ministère de la Défense (MoD) à changer de perspective : il faut relever encore le niveau de performance et fixer, pour l’équipement des troupes, un cahier des charges strict. Ce cahier des charges, titré Wristlet Watch Waterproof,  restera en mémoire avec les initiales W.W.W.

Douze marques répondent positivement à cet appel d’offres historique : Buren, Cyma, Eterna, Grana, Jaeger-LeCoultre, Lemania, Longines, IWC, Omega, Record, Timor, et Vertex. Parmi elles, des grandes manufactures horlogères déjà prestigieuses mais aussi de petites maisons plus modestes, voire confidentielles. La production totale est estimée à 150 000 exemplaires, importée au Royaume-Uni dans la seconde moitié de 1945. Affectées au services général, certaines de ces montres sont attribuées à des unités spécialisées — radio-opérateurs et artilleurs notamment.

Un treizième salopard ?

Il semblerait que les « douze salopards » auraient pu être treize. Une treizième marque est en effet enregistrée à l’inventaire des magasins militaires britanniques : Enicar.

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Source : Konrad Knirim, British Military Timepieces.

Selon la légende — aucun document rescapé de cette trouble période ne venant attester quoi que ce soit — la marque aurait été initialement référencée mais le ministère de la Défense aurait découvert qu’elle fournissait le Reich et illico décidé de résilier le contrat. Résultat, aucune Enicar ne semble avoir été finalement produite sous le cahier des charges W.W.W. !

Il est vraisemblable que ces livraisons tardives soient liées à deux paramètres : d’une part, même si les Alliés était plus que confiants dans l’issue victorieuse de leur engagement contre l’Axe, le terme de la guerre était difficile à prévoir ; d’autre part, il pouvait être difficile, en pratique, de procéder sans risques inconsidérés à l’exportation de biens de valeur en provenance de Suisse tant que l’accès à sa frontière ne serait pas sécurisé, ce qui n’allait pas se produire avant août 1944.

Répondant aux mêmes spécifications, les Douze ont un certain nombre de points communs :
— au recto, un cadran noir, des index et chiffres arabes lumineux pour marquer les heures, une petite seconde trotteuse déportée à six heures, des aiguilles lumineuses ;
— au verso, un fond vissé en acier doté de marquages civils et militaires (numéro de série du fabricant et numéro de référencement à l’inventaire de l’armée britannique) et des initiales W.W.W. ;
— sous le capot, un mouvement réglé aux standards chronométriques.

Enfin, chaque exemplaire est triplement marqué — sur le cadran, l’extérieur et l’intérieur du fond de boîte — de la fameuse Broad Arrow, qui marque la propriété du gouvernement de Sa Majesté.

Broad Arrow

Le Pheon est, originellement, un type de flèche ou de pointe de lance utilisé dans l’Antiquité romaine. C’est aussi une figure d’héraldique depuis des siècles. En l’occurrence, elle est traditionnellement pointée vers le haut dans l’héraldique française et vers le bas de l’autre côté de la Manche…. C’est pourtant pointée vers le haut qu’elle est adoptée en Angleterre au XVIe siècle pour marquer la propriété du gouvernement sur des équipements navals et militaires de Sa Majesté. Dans ce pays de tradition, la pratique s’est perpétuée, et s’est même diffusée dans certains États du Commonwealth.

Un air de famille très prononcé

De fait, elles ont toutes un air de famille très prononcé. Certaines, ayant même partagé des sous-traitants pour quelques composants, seraient même difficiles à différencier s’il n’était de marque inscrite sur le cadran… mais, à y regarder de plus près, chacune a sa propre personnalité et chaque collectionneur, indépendamment de leur rareté ou du prestige de la marque, a sa préférée. Ce seront souvent la Longines et la Cyma, pour leurs dimensions généreuses (38 mm de diamètre hors couronne), le stepped case pour l’une et les cornes dodues pour l’autre…

Histoire de bracelets

À noter que les montres furent majoritairement livrées sur des bracelets en peau de porc ou, semble-t-il, en toile. Les bracelets Bonklip, parfois évoqués, n’auraient jamais fait partie de la dotation d’origine.

Livrées puis distribuées entre mai et décembre 1945, ces montres ne voient jamais les champs de bataille pour lesquelles elles ont été réalisées puisque la Deuxième Guerre mondiale a enfin pris fin. Elles ne sont pas pour autant dispensées de service car d’autres conflits éclatent ou perdurent (Indochine, Indes néerlandaises, Palestine, Grèce, Malaisie, Corée), où nos W.W.W. sont nombreuses à être engagées au poignet des soldats d’infanterie. On peut ici citer comme théâtres d’opérations l’Indochine (1945-1946), les Indes néerlandaises (1945-1950), la Palestine (1948-1949), la Malaisie (1948-1950) ou encore la Corée (1950-1953). Ces conflits mobilisent des troupes britanniques mais d’autres impliquent des forces militaires alliées auxquelles des contingents de montres sont cédés par le MoD britannique. On trouve ainsi de rares modèles dont le fond est surchargé d’inscriptions marquant leur cession aux forces pakistanaises, hollandaises ou indonésiennes.

L’histoire à tiroir des W.W.W. « K.N.I.L. »

Parmi les plus rares exemplaires de ces W.W.W., il faut évoquer ceux qui portent l’inscription « K.N.I.L. » tamponnée sur le fond de boîte.

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Ces initiales font référence à un corps de l’armée des Pays-Bas (Koninklijk Nederlands Indisch Leger) établi durant l’occupation des Indes orientales néerlandaises  — qui deviendra l’Indonésie à son indépendance, en 1949. L’histoire, relatée sur le site A Collected Man, raconte que, la Seconde Guerre mondiale terminée, les soldats néerlandais expédiés en Asie du Sud-Est n’ont pas le temps de se congratuler de la victoire des Alliés contre le Japon qu’ils doivent faire face à la vague des revendications indépendantistes, grandissante un peu partout dans les colonies. Confrontés à une sérieuse pénurie de matériel, les Pays-Bas se tournent vers le Royaume-Uni, qui dispose encore de stocks importants. La Couronne britannique, peu encline à céder ces derniers, fait néanmoins quelques concessions, parmi lesquelles un contingent de quelques montres W.W.W. qui font aujourd’hui le bonheur d’une poignée de collectionneurs…

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… Pendant ou après la guerre d’indépendance, l’armée indonésienne met la main sur certains exemplaires et s’empresse de les débaptiser : la mention K.N.I.L. est rayée à la main et le fond est alors frappé des initiales « A.D.R.I. », désignant l’armée de la République d’Indonésie !

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Rester bonnes pour le service

Mises à rude épreuves, les W.W.W. sont entretenues par les horlogers du  Corps of Royal Electrical & Mechanical Engineers (REME), dépendant du ministère de la Défense. Comme leurs homologues de l’époque, ils puisent souvent dans des stocks de pièces sans se soucier outre mesure de la conformité au modèle d’origine, pourvu que la montre fonctionne comme elle doit. Lorsqu’il est nécessaire de remplacer un cadran détérioré, ils disposent également de cadrans et d’autres pièces de service qui sont généralement made in UK et réalisés par des sous-traitants du MoD. Là encore, il serait incongru d’attendre qu’ils se préoccupent de conserver scrupuleusement le dessin d’origine ! Seules importent l’efficacité, l’économie de moyens  et la conformité au cahier des charges W.W.W.

Plus tard, dans les années 1960, l’interdiction du radium et du promethium provoque de nombreux remplacements de cadrans et d’aiguilles, si bien que certains modèles ayant pu conserver l’ensemble de leurs caractéristiques et pièces d’origine s’avèrent d’une grande rareté.

En juillet 1973, un Defense Standard réforme huit des Douze W.W.W. (Buren, Cyma, Eterna, Grana, JLC, Lemania, Longines et Vertex). Si les quatre autres ne sont pas mentionnées, elles ne font plus l’objet de nouvelles allocations et sont officiellement retirées du service en 1981. Cela dit, on en trouve encore quelques-unes sur le front de la guerre des Falkland (1982) et même celui de la première guerre du Golfe ! Elles cohabitent alors avec les montres à quartz qui sont devenues progressivement la norme dans les années 1980. Quelle carrière ! La fin de partie définitive, au début des années 1990, fut marquée par la vente, par l’armée britannique, des survivantes encore en stock.

Entretemps, d’autres modèles firent leur apparition : les Smiths Deluxe puis les W10 fabriquées par Smiths, CWC et Hamilton.

Au final, même si certains modèles restent aisés à trouver, difficile d’estimer le nombre de rescapées des quelque 145 000 montres fabriquées à l’époque. Une grande part des stocks surnuméraires fut vendue aux enchères dès 1946, ce qui explique la relative abondance de safe queens qui n’ont jamais été mobilisées. D’autres sont cédées, on l’a vu, aux Néerlandais en guerre en Asie du Sud-Est. Dans les années 1970, beaucoup d’exemplaires sont tout simplement réformés et détruits en raison de la présence de radium 226. Seule certitude : la plus rare, et de loin, est la Grana, dont la production initiale est estimée entre 1000 et 1500 exemplaires. C’est ce qui en fait le modèle le plus convoité et le plus cher de la bande.

Revues détaillées

Parmi les Douze, certaines ont fait l’objet d’une revue plus détaillée sur ce blog. Il s’agit des Cyma, Eterna, Longines, Timor (prochainement), Record (prochainement) et Vertex. 

Références générales

Descriptions synthétiques

Buren

 

Buren

La marque est créé en 1898 suite à l’acquisition de la maison Fritz Suter & Cie, établie à Büren-an-der-Aare, par la London Company de H. Williamson Ltd. Après la faillite de Henry Williamson, la manufacture est reprise sous capitaux suisses et britanniques, sous le nom Uhrenfabrik Buren AG, cédée en 1966 à Hamilton. Buren deviendra alors le fabricant de la majorité des montres Hamilton. Le SSIH rachète l’ensemble en 1971 et les actifs sont vendus en 1972. La marque est aujourd’hui exploitée par la Schweitzer Uhren Editionen, établie à Hambourg. Historiquement, Buren est surtout réputé en tant que manufacture de mouvements… Et encore : sait-on que le célèbre calibre 11 à micro-rotor, qui équipe notamment certaines versions de chronographes Heuer Autavia, est un mouvement Buren ?

La Buren W.W.W. présente peu de spécificités qui la sortent du lot des Douze, si ce n’est, justement, son mouvement de manufacture. Elle est aussi la seule à afficher sur le cadran, outre la marque et la Broad Arrow, la dénomination GRAND PRIX. Elle partage sa carrure (boîtier et fond) avec les Lemania et Record.

Production originale Estimée à 11 000 exemplaires (modèle jugé relativement rare).
Références militaires Lettre B.
Carrure . Boîtier en alliage chromé. Diamètre (HC) : 36,5 mm.
. Fond de boîte vissé en acier.
Mouvement Buren, cal. 462.
Liens complémentaires . Analogshift.com.
Cyma

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Dirty Dozen à la mode, la Cyma est plébiscitée depuis quelques temps par les amateurs. Elle le doit moins à sa rareté qu’à son vaste et superbe boîtier en acier, qui lui confère une personnalité à part au sein des « Douze ».

Production originale Estimée à 20 000 exemplaires (modèle jugé relativement commun).
Références militaires Lettre P.
Carrure . Boîtier en acier. Diamètre (HC) : 38 mm.
. Fond de boîte vissé en acier.
. Cache-poussière.
Mouvement Cyma, cal. 234.
Liens complémentaires . Chronographes.net. Revue détaillée de la Cyma W.W.W.
Eterna

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C’est sans doute la plus sous-évaluée des Dirty Dozen. L’Eterna W.W.W. est rare, élégante, dotée d’un superbe mouvement, le tout provenant d’une manufacture prestigieuse. Qu’attendent les collectionneurs pour lui rendre justice ?

Production originale Estimée à 5 000 exemplaires (modèle jugé rare).
Références militaires Lettres P ou Q.
Carrure . Boîtier en acier. Diamètre (HC) : 36 mm.
. Fond de boîte vissé en acier.
. Cache-poussière
Mouvement Eterna, cal. 520.
Liens complémentaires  . Chronographes.net. Revue détaillée de l’Eterna W.W.W.
Grana

Grana

Avec la Grana, on tient à la fois une marque quasiment inconnue au bataillon et le modèle le plus fameux des Douze. Avec moins de 1500 exemplaires produits, la Grana est en effet de loin la plus rare de la série. Produite par la maison Kurth Frères, qui commercialisait également des montres sous la marque Certina, la Grana ne présente pas pour autant des caractéristiques particulièrement remarquables par rapport à ses cousines, si ce n’est qu’elle fait partie des modèles dotés d’un boîtier acier, ce qui permet aujourd’hui de retrouver — moyennant toutefois une sacrée dose de persévérance et de chance — des exemplaires en bon état de conservation.

À noter que le modèle à fond noir avait été précédé d’une version répondant aux spécifications antérieures, avec un cadran blanc, un boîtier en alliage nickelé mais le même mouvement KF320. On remarquera également que cette rarissime Grana a une sœur presque jumelle : beaucoup plus courante, elle équipe à la même époque… l’armée allemande. Je me demande d’ailleurs si l’explication de la faible production des Grana W.W.W. ne se trouve pas là : le MoD aurait-il constaté que Grana jouait sur les deux tableaux et décidé, comme on le suppose pour Enicar, de mettre un terme au contrat ?

Production originale Estimée entre 1 500 et 2 000 exemplaires (modèle jugé très rare).
Références militaires . Lettre M.
Carrure . Boîtier en acier. Diamètre (HC) : 35 mm.
. Fond de boîte vissé en acier. Pas de numéro de série civil à l’extérieur.
. Cache-poussière.
Mouvement . Grana, cal. KF320.
Liens complémentaires . ACollectedMan. Un exemplaire exceptionnel à vendre.
IWC

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Avec les Jaeger-LeCoultre et Omega, l’IWC est la seule dont on connaisse la production avec précision : seulement 6 000 exemplaires. Autre particularité, l’IWC est la seule des Douze à avoir un fond de boîte clipsé et non vissé, ainsi qu’un verre conventionnel plutôt qu’un verre mis en tension sur une bague vissée. Le mouvement est toutefois protégé d’un cache en fer doux censé prévenir les infiltrations…

Elle est équipée du calibre 83, produit entre 1935 et 1947 avec une architecture proche de celle des mouvements de montres de poche de l’époque (cal. 95 et 98). Quinze rubis, spiral Bréguet, 18000 A/h… : précis, fiable et robuste, c’est certainement l’un des meilleurs mouvements des Douze (avec le 30T2 chez Omega). Dommage que la qualité du boîtier n’ait pas été à la hauteur car, de ce fait, les exemplaires en bon état d’origine sont quasiment inexistants quand la plupart ont été rongés par le temps. Tout cela explique la cote faramineuse atteinte par ce modèle, qui vient chatouiller la Grana sur la première marche du podium.

Production originale . Établie à 6 000 exemplaires (modèle jugé rare car peu d’exemplaires subsistent).
Références militaires . Lettre M.
. Réf. de nomenclature MoD : 10028.
Carrure . Boîtier en alliage chromé. Diamètre (HC) : 35 mm.
. Fond de boîte clipsé en acier. Pas de numéro de série civil à l’extérieur.
Mouvement IWC, cal. 83.
Liens complémentaires . Forum IWC. Discussion à propos de la W.W.W. et de ses cadrans de service.
Monochrome-watches.com. Revue d’une IWC passée sous le marteau de Bonhams en  2014.
Jaeger LeCoultre

JLC

Jaeger-LeCoultre a produit entre 6 000 et 10 000 exemplaires de sa W.W.W. Tout comme l’IWC, elle brille davantage par le prestige de la marque et la qualité du mouvement que par celle du boîtier, réalisé en laiton nickelé. Les rescapées en bon état sont donc, pour ce modèle aussi, extrêmement rares et recherchées. La JLC peut cependant se prévaloir d’un beau diamètre de 36,5 mm (hors couronne), d’une épaisse lunette et d’aiguilles « cathédrale » qui lui confèrent une personnalité immédiatement reconnaissable.

Production originale . Estimée entre 6 000 et 10 000 exemplaires (modèle jugé rare car peu d’exemplaires subsistent en bon état).
Références militaires . Lettre F.
Carrure . Boîtier en alliage chromé. Diamètre (HC) : 36,5 mm.
. Fond de boîte : pas de numéro de série militaire à l’intérieur.
Mouvement . JLC, cal. 479.
Liens complémentaires . Vintagewatchspecialist.com.
Lemania

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Fondée en 1884 par Alfred Lugrin, la manufacture Lemania s’est historiquement concentrée sur la production de mouvements. Aujourd’hui absorbée par Breguet au sein du Swatch Group, la marque a une belle histoire qui l’associe souvent aux montres militaires (montres de l’armée allemande, Lemania « Majetek » fournie aux pilotes de l’armée tchécoslovaque, chronographes Lemania conçus pour les armées britannique, canadienne, suédoise…). La manufacture est aussi le concepteur de l’ébauche qui connaîtra la renommée chez Omega sous la référence 321, cœur battant des premières Speedmaster…

Notre Lemania W.W.W. marquera certes moins l’histoire, dépourvue qu’elle est de signes véritablement distinctifs au milieu des Douze. Elle dispose d’ailleurs de la même carrure (boîtier et fond) que les Buren et Record. De ce fait, il n’est pas rare que, à l’occasion de révisions, des fonds de boîte aient été interchangés. Il est donc recommandé de vérifier, à l’acquisition, si le fond de boîte est bien conforme à l’origine.

Production originale . Estimée à 8 000 exemplaires (modèle jugé relativement rare).
Références militaires . Lettres L (incertain) ou Q.
Carrure . Boîtier en alliage chromé. Diamètre (HC) : 36,5 mm. Numéro à trois chiffres gravé sur l’une des cornes.
. Fond de boîte vissé en acier. Pas de numéro de série militaire à l’intérieur.
Mouvement . Lemania, cal. 27A.
Liens complémentaires . MWR.
Longines

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Parmi les Douze, la Longines figure au podium des plus prisées. Elle a beau ne pas être tout à fait la plus rare, elle dégage quelque-chose qui échappe à la plupart de ses homologues…

Production originale Estimée à 5000 exemplaires. Ce modèle est jugé relativement rare.
Références militaires Lettre F.
Carrure . Boîtier en acier. Diamètre (HC) : 37,5 mm. Verre hésalite pressé au moyen d’une bague interne.
. Fond de boîte en acier vissé.
Mouvement . Longines, cal. 1268Z.
. Shockproof.
Liens complémentaires . Chronographes.net. Revue détaillée de la Longines W.W.W.
Omega

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Avec 25 000 exemplaires, l’Omega est, parmi les Douze, celle dont la production a été la plus élevée. Sous la référence CK 2444, il s’avère assez proche de la CK 2179. Ses principaux atouts résident dans un robuste boîtier en acier, un verre armé en hésalite et l’excellent calibre 30T2 RS (pour « réglage spécial »), à la précision légendaire. Les numéros de série sont compris entre 9,8 M et 10,3 M.

Le fond de boîte comporte les marquages communs aux Douze (initiales W.W.W. et pheon), et deux nombres. Le premier, précédé de la lettre Y, est le numéro de série militaire ; le second est le numéro de série civil et la soustraction des deux donne invariablement le nombre 10 664 199. Gageons que la recherche du code mystérieux se cachant derrière ce nombre occupera les longues soirées d’hiver de nos lecteurs complotistes…

Production originale . Établie à 25 000 exemplaires (modèle est jugé assez commun).
Références militaires . Lettre Y.
. Réf. de nomenclature MoD : 10033 ou W10/445-2031.
Carrure . Boîtier en acier. Diamètre (HC) : 35 mm.
. Fond de boîte vissé en acier.
Mouvement . Omega, cal. 30T2 (ou variante 30 T2 RS pour « réglage spécial »). 15 rubis, précision chronométrique.
. Numéro de série compris entre 9,8 et 10,3 million.
Liens complémentaires  . FAM. [fr] Revue de l’Omega W.W.W. et autres informations intéressantes sur les Dirty Dozen.

La vigilance est requise sur l’originalité du cadran. Il existe de nombreuses versions de cadrans « MoD ». L’auteur du site Time514.com attire notamment l’attention sur les chiffres imprimés sur le cadran (voir en particulier la forme du 7, qui ne droit pas avoir de crochet), le sous-compteur en retrait (step down) et la forme du A de OMEGA, dont sommet doit être plat et non pointu.

Les cadrans de service, fabriqués au Royaume-Uni pour le compte du MoD, datent des années 1950 et portent la référence 10033 à la place du logo Omega. Plus tardifs, les cadrans notés du code W10/445-2031 (référence à la nomenclature de l’OTAN, où le code fournisseur d’Omega est 9999-99-445-2031) datent des années 1960 et portent généralement le T cerclé marquant le remplacement du radium par le tritium.

Record

Record

Réputé pour la précision de ses garde-temps, Record est assez naturellement devenu fournisseur de plusieurs corps d’armée dans les années 1930-1940 et, singulièrement, de l’armée britannique. Ce sont pas moins de 25 000 exemplaires, selon les estimations, qui ont, au second semestre de 1945, été livrés au Royaume-Uni. Cela fait de la Record, avec l’Omega, la plus répandue des douze W.W.W.

 

Production originale . Estimée à 25 000 (modèle jugé assez commun).
Références militaires . Lettre L.
. Réf. de nomenclature MoD : 10034.
Carrure . Boîtier en alliage chromé et brossé. Diamètre (HC) : 36,5 mm. Numéro à trois chiffres gravé sur l’une des cornes. Verre hésalite pressé au moyen d’une bague interne.
. Fond de boîte vissé en acier.
Mouvement . Record, cal. 022K (15 rubis, spiral Breguet).
Liens complémentaires . Chronographes.net. Revue détaillée de la Record W.W.W.
Timor

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Timor a proposé, suivant le cahier des charges W.W.W., une superbe montre de 36,5 mm de diamètre. Le boîtier en alliage rhodié, avec sa lunette et ses cornes épaisses, s’avère râblé et galbé. C’est, à mon avis, l’un des plus réussis. Côté mécanique, Timor a recours à un calibre 6060, qui est en réalité un mouvement A. Schild cal. 1203 modifié.

Production originale . Estimée à 13 000 (modèle est jugé relativement commun).
Références militaires Lettre K.
Carrure . Boîtier en alliage chromé et sablé. Diamètre (HC) : 36,5 mm.
. Fond de boîte vissé en acier.
Mouvement . Timor, cal. 6060 (ébauche AS 1203), 15 rubis).
Liens complémentaires . Chronographes.net. Revue détaillée de la Timor W.W.W.
Vertex

Vertex

Production originale . Estimée à 15 000 (modèle jugé relativement commun).
Références militaires Lettre A.
Carrure . Boîtier en alliage chromé et brossé. Diamètre (HC) : 36 mm. Numéro à trois chiffres gravé sur l’une des cornes.
. Fond de boîte vissé en acier.
Mouvement . Vertex, cal. 59.
Liens complémentaires Chronographes.net.  Revue détaillée de la Vertex W.W.W.

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