Omega CK 2179/3

Nous sommes en 1945. L’armée américaine fait appel à Omega pour fournir à ses forces aériennes basées sur le continent européen des montres simples, fiables, précises et étanches. Ainsi naît la série référencée CK 2179, adaptée de la référence CK 2384. Un soldat américain la laisse un jour, au terme d’un séjour en Hongrie et l’engin traverse les ans, voire les décennies, sans se faire remarquer. Après une traversée de l’Europe plus rapide que les bombardiers de l’époque, la voici sous les projecteurs…

Selon les archives Omega, 10 000 exemplaires de ce modèle sont livrés à l’armée américaine durant l’automne 1945, avec la mention « U.S. Army » gravée sur le fond de boîte. Nombreux sont, pourtant, les exemplaires n’ayant aucun marquage militaire apparent. Pour certains, ces derniers ont pu avoir été effacés par l’usure ou à l’occasion d’un polissage. Pour d’autres, il peut s’agir de versions civiles car une grande partie de la production fut écoulée dans les surplus militaires et les canaux classiques de distribution grand public.

Les séries successives semblent s’étaler sur les années 1945-1946, de la 2179/1 (numéros de série 10,0 M) à la 2179/5 (numéro de série 10,4 M).

400px-15th_air_forceL’exemplaire ci-dessous porte le numéro de série 10 224 784. Trouvé en Hongrie, il a, selon toute vraisemblance, été perdu ou donné par un pilote ou membre d’équipage de la 15th Air Force, ancêtre de l’US Air Force, qui mena de nombreuses opérations à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Basée d’abord en Tunisie reconquise, elle participe à la libération de l’Italie, où elle s’établit en 1944. Ses bombardiers mènent ensuite de nombreuses missions en Europe du Sud, en Hongrie, Pologne, Autriche et Tchécoslovaquie. On se souvient notamment des raids menés sur les champs pétrolifères et les raffineries de Ploesti (Roumanie) et le bombardement de nombreux sites industriels, destinés à assécher les sources d’approvisionnement de l’armée allemande en matières premières et biens d’équipement.

Le boîtier, en acier, affiche un diamètre raisonnable de 35 mm, pour 41,4 mm de longueur. Il a le profil classique des modèles de l’époque, avec cette courbure des flancs si élégante et cette alternance de surfaces polies et brossées.

Mais, si séduisante soit sa carrure, ce qui donne à la CK 2179 son caractère irrésistible et singulier par rapport à ses congénères de l’époque, c’est son cadran. Voyez la disposition radiale des chiffres, la présence généreuse du radium sur ces derniers ainsi que sur les aiguilles, la lisibilité de cet ensemble délimité par un sobre chemin de fer. Le fonctionnalisme militaire est incontestablement présent dans le design avec une identité particulière qui démarque ce modèle de la litanie des « Broad Arrows » aux cadrans noirs.

Sur ce modèle, il est rare de trouver un cadran en très bon état d’origine : laqués, ils ont souvent souffert des ravages du radium, lui-même fréquemment disparu partiellement ou en totalité.

L’état de notre exemplaire se défend honorablement mais si vous voulez voir à quoi ressemble un cadran parfait pour ce modèle, en voici un (crédit paolo1968/MWR)  :

2179

 

À l’intérieur, le fameux calibre 30 T2

À l’intérieur, la CK 2179/3 n’est pas en reste puisqu’on y trouve le célèbre calibre Omega 30 T2, dans sa version 16 rubis et SC, qui bénéficie d’ajustements lui conférant une précision chronométrique. La version la plus évoluée, SCRG est d’ailleurs officiellement certifiée chronomètre.

OMEGA

Le calibre 30 a été créé fin 1938 par un certain Henri Kneuss, alors sous-directeur technique chez Omega. Le chiffre 30 renvoie au diamètre du mouvement, exprimé en millimètres. Produit de 1939 à 1963, il a connu de multiples évolutions au cours de sa longue « carrière ». Premier mouvement Omega à être doté d’un système antichoc au balancier, il inaugure également l’utilisation du laiton spécifique (alliage de bronze et de béryllium) qui prend au trempage cet aspect « or rose », resté caractéristique des mouvements de la manufacture de Bienne.

Assez méconnue, l’Omega CK 2179 semble même carrément négligée par rapport à ses cousines WWW, également motorisées au calibre 30 T2 (version RS, pour « réglage spécial »). C’est à mon sens bien injuste, tant elle réjouit l’œil par son élégante efficacité, quand son histoire, n’a pas tant à rougir devant les stars des années 1940. Il est temps pour elle de recevoir les honneurs qu’elle mérite !

 

Références

 

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