W.W.W. Dirty Dozen : la Timor

Timor fait partie des marques les plus confidentielles de cette série de douze. Sans doute est-ce même la plus obscure… Dédaignée, elle n’est pourtant ni la plus courante, ni la moins désirable. C’est du moins ce que nous allons tenter de montrer ici !

La Timor Watch Co. SA a été enregistrée une première fois en 1923  par Bernheim and Luthy (Bernheim & Co) à La Chaux-de-Fonds, puis de nouveau en 1927, toujours à La Chaux-de-Fonds ainsi qu’à Montilier. La société assemblait des montres à partir d’ébauches et de boîtiers fournis par des sous-traitants. Timor n’aurait réalisé ses propres mouvements qu’à partir de 1939 à Montilier, l’essentiel de la production étant destiné à l’exportation vers l’Angleterre et les États-Unis. Nul besoin de chercher plus loin la raison pour laquelle cette modeste maison horlogère s’est retrouvée, en pleine Seconde Guerre mondiale, parmi les fournisseurs appointés de l’armée britannique… Ce sont environ 13 000 Timor qui seront ainsi, selon les estimations, livrées en 1945 au ministère de la Défense.

Tour du propriétaire

Timor a donc proposé, suivant le cahier des charges W.W.W., une superbe montre de 36,5 mm de diamètre. Le boîtier est en alliage rhodié, avec un étagement discret de la lunette qui lui donne un aspect step case. Les cornes courtes, épaisses et crochues, confèrent à l’ensemble un aspect galbé et râblé du meilleur effet, souligné par le traitement sablé de la surface. C’est, à mon avis, l’un des plus réussis avec le boîtier de la Cyma.

IMG - Dimensions V2

LHC : 36,5 mm. LCC : nd. LHT : nd. EC : 18 mm. EHT : nd.

Le cadran, suivant les spécification du MoD, est à fond noir (mat, comme la plupart des Douze), composé d’un chemin de fer rythmé par de gros points lumineux marquant les heures, elles-mêmes signalées par de gros chiffres bien lisibles. Une petite seconde est positionnée à six heures et l’ensemble est complété par un minimum d’inscriptions : TIMOR, la Broad Arrow et la mention SWISS MADE. Le cadran est surmonté d’une paire d’aiguilles « chandelles » fines et lumées. Il semble que ce soient les seules à avoir été peintes en blanc parmi les douze W.W.W.

TIMOR

Plus tard, les cadrans et aiguilles détériorés seront remplacés par des versions produites par l’armée britannique : on trouve alors généralement des aiguilles type seringue et les cadrans sont aisément reconnaissables à l’aspect du sous-compteur, aux graduations simplifiées.

Le fond, en acier et vissé, fait partie des rares à faire figurer le nom de la marque, très soigneusement estampé. Dessous, on trouve encore la Broad Arrow de l’armée britannique, les trois W ainsi que les numéros de série militaire et civil, les deux étant invariablement séparés de 29 900 unités. Enfin, la lettre K, repère affecté par le MoD aux exemplaires issus de la marque Timor.

TIMOR

Mécanique

Timor avait, nous l’avons évoqué, commencé à fabriquer ses propres mouvements à partir de 1939. Est-ce dû au manque d’expérience ou à la crainte de ne pouvoir atteindre le rendement nécessaire pour répondre à la commande ? Toujours est-il que la marque choisit de personnaliser une ébauche de la manufacture A. Schild, le calibre AS 1203, adapté à la marge et identifié chez Timor sous la référence 6060. Celui-ci est accessible après avoir retiré le cache-poussière en fer doux, conçu pour améliorer la prévention des effets du magnétisme.

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Après 1945, Timor tire quelques bénéfices sa participation à l’effort de guerre en axant sa promotion sur la réputation de fiabilité. La marque produit, dans les années 1950, une gamme de modèles en acier, plaqué or et or massif, avant le déclin et la disparition dans les années 1960-1970. De ce fait, les archives ayant été perdues, il est difficile d’en savoir plus.

Reste cette W.W.W., témoignage d’une marque horlogère aujourd’hui oubliée mais qui, aux heures les plus tourmentées du XXe siècle, s’est trouvée sélectionnée dans une équipe mythique, que l’on appellera plus tard les Dirty Dozen. Ce modèle, encore une fois, justifie à lui seul que Timor ait sa part de postérité.

Références

4 commentaires sur « W.W.W. Dirty Dozen : la Timor »

  1. Bonjour
    On évoque souvent les Dirty Dozen mais je possède une Girard Perregaux avec le Broad Arrow qui date des années après guerre
    Est-il possible qu’il manque une « marque » à cette liste?
    Cordialement

    J'aime

    1. Bonjour,
      La liste est bien établie. La seule 13e marque évoquée parfois est Enicar, qui figure dans certaines archives mais dont aucun exemplaire n’a jamais été observé. En revanche, la Broad Arrow (ou Pheon) se retrouve sur toutes les montres ayant été fournies à l’armée britannique, avant et après les W.W.W. Vous trouverez par exemple sur le site un article sur une Hamilton qui porte cette même inscription.
      Quant à votre Girard Perregaux, je serais curieux d’en voir une photo ! 🙂

      J'aime

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