Dirty Dozen : la Vertex

Sauriez-vous citer une marque horlogère britannique ? Maintenant oui : Vertex représente cette espèce rare et s’illustre notamment par la production d’un modèle « W.W.W. » que nous passons en revue aujourd’hui.

Vertex est une marque anglaise fondée par Claude Lyons en 1916. Spécialisée dans l’emboîtage de mouvements suisses, la société Dreadnaught Watches voit le jour en Angleterre en 1912. Pendant la Première Guerre mondiale, elle contribue à l’effort de guerre britannique en produisant des montres à l’armée sous la marque ATP. Claude Lyons, artisan de cette réussite rapide, amorcée  en empruntant mille livres à son beau-père, fonde enfin la Vertex Watches Ltd à Londres et à La Chaux-de-Fonds en 1916. La société commercialise toujours des montres à mouvements suisses ainsi que de la bijouterie et de la joaillerie. Elle devient, en 1927, importateur exclusif des montres Movado au Royaume-Uni.

En 1943, la maison Vertex prend connaissance des spécifications de W.W.W. (Wrist Watch Waterproof) et entame le travail de conception avec ses partenaires en Suisse. Un an plus tard, les premiers exemplaires sont assemblés. La production cumulée des quatre manufactures mobilisées avoisine les quinze mille exemplaires.

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Cette production situe ce modèle, en termes de rareté, dans la moyenne par rapport à ses onze camarades, entre l’introuvable Grana (entre 1 000 et 5 000 exemplaires) et les « banales » Omega et Record (25 000 exemplaires chacune). La Vertex s’avère, d’ailleurs, assez typique des W.W.W. : outre le fait qu’elle respecte naturellement le cahier des charges édité par le Ministry of Defense, elle ne porte guère de caractéristiques la distinguant nettement de la meute.

Comme la plupart, elle dispose en premier lieu d’un boîtier construit en alliage et ce point conduit immédiatement à réévaluer le facteur rareté : si sa production initiale n’en fait pas une montre rarissime, la fragilité du revêtement du boîtier amène à priser fortement les exemplaires qui ont pu échapper à des détériorations excessives. En clair, une Vertex en très bon état est assez difficile à trouver !

Comme pour les autres, la résistance à l’humidité est (plus ou moins) assurée par un verre en Perspex et un fond vissé en acier sur lequel apparaissent les marquages typiques : les trois lettres W.W.W., la Broad Arrow symbolisant la propriété de l’armée britannique, la lettre A caractérisant le modèle (chaque membre de la famille des Dirty Dozen a une ou deux lettres affectées) suivie d’une référence à quatre chiffres puis, en dessous, un numéro de série à sept chiffres, compris entre 3,518 et 3,526 millions.

Ces derniers étant compatibles, les fonds de boîte de Record (lettre L) ou de Lemania (lettre Q) ont parfois été substitués à la suite d’une maintenance et, pour les mêmes raison, l’inverse est également possible ! Les boîtiers sont également tellement similaires, si ce n’est identiques, qu’il est vraisemblable qu’ils soient de même provenance pour ces trois modèles.

En dévissant ce fond plat et superbement usiné, on découvre le calibre 59 à quinze rubis, produit par Revue Thommen (dont Vertex était l’importateur exclusif au Royaume-Uni depuis les années 1930), caractérisé par ses carénages finis de côtes de Genève, une splendide roue de balancier à vis d’équilibrage et la signature VERTEX.

Côté cadran, la Vertex opte pour la peinture mate et les chiffres peints. Les spécifications du cahier des charges laissent peu de latitude pour la fantaisie : chiffres arabes et repères lumineux à chaque heure, petite seconde dans un compteur à six heures, aiguilles crayon lumineuses. Une grosse couronne en acier, à la préhension facile, et des pompes soudées complètent un ensemble robuste et efficace.

 

Renaissance en 2017

Quarante-cinq ans après la sortie du dernier modèle de la marque et un siècle après la fondation de la société par Claude Lyons, son arrière-petit-fils, Don Cochrane, relance aujourd’hui la marque Vertex en réinterprétant la W.W.W. de 1944-1945. Baptisée M-100, elle s’inspire du design du modèle d’origine (cadran noir, inscriptions blanches, « chemin de fer », petite seconde à six heures, aiguilles crayon, et même le fameux Pheon) en lui appliquant les codes actuels : le diamètre du boîtier (étanche à 100 mètres) bondit de 35 à 40 mm, le verre acrylique cède la place au saphir et le mouvement à remontage manuel est remplacé par un mouvement automatique ETA 7001 signé et fini de côtes de Genève.

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Tout amateur voyant renaître une marque historique est à même d’apprécier l’initiative, a fortiori si cette renaissance s’accompagne d’une invocation de l’héritage stylistique. Quant au résultat, il semble réussi, dans le genre : nonobstant un diamètre à notre sens excessif, les proportions sont harmonieuses et les chiffres lumineux appliqués en relief s’annoncent spectaculaires. Cette Vertex du XXIe siècle sera commercialisée au printemps 2017 par… cooptation. Suivant les explications données à Hodinkee, Don Cochrane veut en faire un produit rare et exclusif : la première série sera limitée à soixante exemplaires vendus la bagatelle de 2500 £ (près de 3000 €) à des amateurs triés sur le volet qui iront, à leur tour, parrainer les acquéreurs suivant…

De quoi s’offrir plusieurs très beaux exemplaires de sa devancière — à condition de les trouver bien sûr !

 

Références

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