W.W.W. Dirty Dozen : la Cyma

Dirty Dozen à la mode, la Cyma est plébiscitée depuis quelques mois par les amateurs. Mais que se cache-t-il derrière cette marque peu connue et ce grand boîtier en acier ? Il est temps d’en savoir plus !

Si la Cyma fait l’objet d’un engouement certain depuis quelques temps, elle a toujours figuré parmi les plus populaires des « Dirty Dozen », ces montres fournies à l’armée britannique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sa rareté est pourtant modérée puisqu’elle a été produite à environ 20 000 exemplaires quand les plus « communes » des Douze, Omega et Record, ont été chacune produites à 25 000 unités. Si Omega profite du prestige de sa marque pour tenir une cote élevée, cette Cyma présente en revanche d’autres atouts.

Cyma : un peu d’histoire

Les origines de la marque Cyma remontent à 1862. Cette année-là, Henri-Frédéric Sandoz fait ses premiers pas dans l’horlogerie. En 1871, à vingt ans, il fonde la société Henri Sandoz et Cie, au Locle. Le développement rapide de ses affaires lui permet de créer une deuxième société, non loin de là : la Tavannes Watch Co., détentrice de la marque Cyma (forme latine du mot « cime », sommet). La manufacture invente un mouvement à ancre extra-plat intégré dans une montre de poche dont la grande précision est saluée au début du XXe siècle. Les  premiers systèmes antichocs sont introduits en 1915, ainsi que des boîtiers waterproof. Le succès est au rendez-vous pendant plusieurs décennies. En 1938, Cyma se revendique premier fabricant suisse de montres de précision avec une production de 4000 montres par jour. En 1943, Cyma lance sa première montre automatique (calibre 420). D’autres modèles significatifs sont lancés dans les années 1950-1960 (Time-O-Vox, Navystar). Cependant, la fabrication de calibres s’arrête en 1960 et la production s’interrompt en 1966, pour reprendre en 1980 avec des calibres manufacture.

Lorsque Cyma décide de répondre à l’appel d’offres lancé par le ministère de la Défense britannique, la marque est toujours dans le giron de la société Tavannes Watch Co., détenue par les frères Schwob.

Carrosserie en acier et grand diamètre

 

Le premier atout expliquant le succès de cette Cyma est, incontestablement, son boîtier. Usiné en acier (comme les Eterna, Grana, IWC, Longines et Omega), il a traversé les décennies sans trop subir les outrages du temps, à la différence des modèles à boîtier en alliage chromé, parfois de qualité médiocre (les Jaeger-LeCoultre ont notamment ce handicap). Cyma n’a, en outre, pas été avare en métal puisque le boîtier est également celui qui présente les dimensions les plus généreuses. Avec 38 mm de diamètre hors couronne, elle est déjà, avec la Longines, la plus grande des Douze et la présence au poignet est encore renforcée par une lunette épaisse. Au total, cette montre affiche donc des dimensions très actuelles. Seule concession à son époque, l’entre-cornes ne fait que 18 mm quand une montre d’aujourd’hui aurait sans doute opté pour 20 mm minimum…

IMG - Dimensions V2

LHC : 38 mm. LCC : nd. LHT : 45 mm. EC : 18 mm. EHT : nd.

La couronne, elle aussi généreusement dimensionnée, affiche un bon 6,6 mm de diamètre. Le verre en hésalite, réputé incassable, a la particularité d’être tenu contre la carrure par une bague vissée par l’intérieur — comme, par exemple, sur les Nivada Depthmaster.

Le fond de boîte, naturellement en acier lui aussi, est plat et brossé. Il est également vissé afin de concourir à l’étanchéité de la montre et présente quelques inscriptions caractéristiques.

CYMA

Sous la traditionnelle Broad Arrow marquant la propriété de l’armée britannique, et les initiales W.W.W., on trouve d’abord le numéro de série militaire, à cinq chiffres, précédé de la lettre P. Pour mémoire, chaque marque fournisseur du MoD s’est vu affecter un code de référence prenant la forme d’une lettre. Celle-ci est normalement exclusive et unique. Cependant, certaines lettres ont été partagées par deux marques et c’est le cas du P, affecté à la fois à Cyma et Lemania. Sous cette référence, on trouve le numéro de série civil, lui aussi à cinq chiffres, qui correspond au numéro militaire invariablement augmenté de 5000.

Tableau de bord et mécanique

Le cadran suit, bien évidemment, les spécifications du cahier des charges émis par le ministère de la Défense (MoD) britannique : grands chiffres blancs très lisibles sur un fond noir, petit seconde à six heures, minuterie matérialisée par un chemin de fer sur le pourtour du cadran et repères lumineux à chaque heure et sur les aiguilles. La Broad Arrow est encore présente sur le cadran, ainsi que la marque. Cyma a opté pour un cadran mat, comme la plupart de ses concurrents, ainsi que pour des aiguilles chandelles. Celles-ci, dans leur aspect d’origine, étaient parfois généreusement dotées de matière lumineuse, jusqu’à être même recouvertes de pâte au radium comme une brosse à dents de dentifrice (voir les exemplaires présentés ici ou )

L’exemplaire présenté ci-dessous a la particularité d’avoir un cadran tropicalisé. Les Cyma semblent être à peu près les seules, parmi les Douze, à connaître parfois ce type de « patine » due à l’altération de la peinture et très prisée des collectionneurs…

CYMA

Comme toujours s’agissant de ces Dirty Dozen, il est fréquent que les cadrans et aiguilles aient été relumés par les horlogers de Sa Majesté durant leur service militaire (afin d’éliminer le radium) ou à l’occasion d’une restauration postérieure à leur réforme. Il n’est pas rare non plus que des pièces aient été remplacées sans trop d’égard pour la conformité à l’origine. Il convient donc d’être vigilant lors d’une acquisition ! Pour autant, l’état original des Cyma s’avère, en moyenne, mieux garanti que celui d’autres Dirty Dozen dont les pièces étaient interchangeables, dont les cadrans, moins bien réalisés, ont plus souvent nécessité un remplacement, ou les boîtiers, de médiocre facture, ont été généralement ravagés.

En dévissant le fond, on tombe sur un cache-poussière qui la mécanique des intrusions indésirables et des champs magnétiques.

Une fois soulevé, ce dernier révèle un mouvement maison de bonne facture : le calibre 234. Doté d’un mécanisme d’ajustement de l’avance non conventionnel et probablement unique, détaillé par Rich sur son blog Thewatchspotblog.com, il est réglé pour fournir une précision chronométrique.

Conclusion

Ces quelques lignes et photos suffiront sans doute à vous convaincre, cher lecteur, que ce n’est pas totalement un hasard si les Cyma, malgré leur rareté très relative, ont pris un certain ascendant dans le cœur des amateurs sur d’autres W.W.W. perçues comme moins attrayantes. Cela ne dispense cependant nullement de s’intéresser aux onze autres !

Références

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