Solvil & Titus

Découvrez l’histoire de cette marque…

Né le 28 février 1868 à La Chaux-de-Fonds, Paul Ditisheim était, avant de devenir un horloger et inventeur de renom, l’héritier d’une famille déjà illustre dans l’histoire de l’industrie horlogère suisse. Les Ditisheim sont en effet propriétaires des manufactures Vulcain, créées en 1858, célèbres plus tard pour l’introduction de la montre-réveil et pour avoir habillé le poignet de plusieurs présidents américains (Dwight Eisenhower, Harry Truman, Richard Nixon et Lyndon Johnson).

La passion de l’horlogerie le prend donc au plus jeune âge et c’est naturellement qu’il suit les cours de l’école d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, dont il sort diplômé à l’âge de treize ans. Il poursuit sa formation technique auprès de différentes manufactures horlogères chauxoises avant de rejoindre l’entreprise familiale où il travaille jusqu’en 1892, date à laquelle il fonde sa propre manufacture. Celle-ci prend le nom de Solvil & Titus.

L’appellation Titus lui vint dès 1887, tiré de l’un des premiers modèles qu’il avait créés et référence à un empereur romain réputé pour sa robustesse et son habileté. Il y associera Solvil, un diminutif de Sonvilier, le village du Jura suisse où était installée la manufacture.
Paul Ditisheim était passionné par la recherche et la conception de chronomètres, qu’il fait notablement progresser en précision. Grâce à ses travaux sur la pression atmosphérique et les champs magnétiques, en collaboration avec le Prix-Nobel de physique Charles-Edouard Guillaume, il met au point le balancier à compensation fixe, l’instrument de mesure du temps le plus précis de son époque. Le professeur Andrade, de l’Observatoire astronomique de Besançon, considère alors que les montres Solvil à balancier affixe-élinvar, construit grâce à une boîte antimagnétique en « Permalley » afin de compenser la qualité magnétique de l’« Invar », « constituent le plus grand progrès de la chronométrie moderne ».

Les productions de Paul Ditisheim reçurent 42 prix des observatoires astronomiques ainsi que d’innombrables récompenses pour leur exceptionnelle précision. On peut citer le Grand Prix de l’Exposition Universelle de Paris (1900), les premiers prix des concours chronométriques des observatoires de Kew-Teddington et Neuchâtel (1903) ou encore, en 1912, le record chronométrique mondial (World’s Chronometric Record) de l’Observatoire royal de Kew.

paul_ditisheim_deck_watch_2_0

Il propose alors une large gamme de produits, des instruments pour la navigation aux chronomètres à affichage automatique quotidien des heures de lever et de coucher du soleil, en passant par les montres à calendrier perpétuel, montres à carillon, et autres complications.

Commercialisés sous environ une trentaine de marques, tous ces garde-temps incarnent sa créativité, ses compétences techniques et ses capacités d’innovation.

Paul Ditisheim mourra le 7 février 1945 à Genève, quinze ans après avoir confié les destinées de Solvil & Titus à Paul-Bernard Vogel. Né en 1899, Vogel est héritier d’une famille d’industriels de Suisse romande et membre de la haute société genevoise. À la différence de Ditisheim, il n’est pas un horloger mais un entrepreneur. Dès l’acquisition de Solvil & Titus, il nourrit de grandes ambitions pour la marque. Déplaçant son siège social à Genève, il planifie son développement autour de deux axes : la division des activités entre production de luxe et production de grande consommation et l’internationalisation.

En effet, la demande de produits en petite série est alors surpassée par un marché démocratisé qui, de surcroît, s’étend progressivement à de nouvelles régions du monde. Dans le même temps, l’industrie horlogère suisse récolte les bénéfices des progrès considérables qu’elle a réalisés après la Seconde Guerre mondiale (des innovations majeures interviennent à cette époque, tant dans la conception que dans l’industrialisation des montres). Dans ce contexte, la maison Solvil & Titus se trouve devant de grandes opportunités et Paul-Bernard Vogel le perçoit parfaitement.

Conscient de l’essor de la consommation de masse, il décide, à partir du début des années 1950, de diviser sa société entre une petite production de montres de luxe sous les marques Paul Ditisheim et Solvil & Titus (Genève), et une production de montres meilleur marché sous les marques Titus et Solvil. Grâce à cette nouvelle orientation, Solvil & Titus participe au développement des toutes premières montres mécaniques et électroniques grand public.

Par ailleurs, au début des années 1960, attiré par l’expansion économique des « Tigres » asiatiques, Vogel envoie son fils Paul développer le groupe familial en Asie. Une mission couronnée de succès, Solvil & Titus devenant l’une des marques horlogère les plus populaires d’Asie du Sud-Est.

20160211-2_Solvil-et-Titus_Hongkong
Présence de la marque Titus sur Hennessy Road, en 1960.

En 1968, Paul-Bernard Vogel prend la direction de la Société des Gardes-Temps SA (SGT), un conglomérat de manufactures horlogères grand public créé en 1963, qui est alors la troisième plus grande société horlogère du monde. La SGT a également la particularité d’avoir une dimension internationale : elle conclut ainsi un accord de licence avec Elgin Watch en 1973 et achète la Waltham Watch Company – ce qui représente à l’époque le plus important investissement étranger de l’industrie horlogère suisse.

Paul-Bernard Vogel meurt en 1972. Il avait épousé Suzanne Eberhard, par qui il fut lié aux principales familles qui dominaient l’industrie horlogère suisse de l’époque : les Eberhard (Eberhard & Co), Blum (Ebel) et Ditisheim (Movado, Vulcain). Le couple était l’un des piliers de la haute société genevoise de leur époque, Vogel étant notamment président de Montres et Bijoux, la principale association des sociétés horlogères et des joailliers suisses, dont les célébrations rythmaient l’agenda mondain.

La direction du groupe revient à son fils Paul, qui décide bientôt de le vendre. Les manufactures sont alors démantelées, les activités européennes – et notamment la production de montres haut de gamme – sont cédées à Ebel alors que les activités asiatiques – qui conservèrent l’exclusivité de la marque Solvil & Titus – sont vendues à l’entrepreneur hongkongais Joseph Wong et font désormais partie du groupe Stelux Holdings, coté à la Bourse de Hongkong. La société, désormais basée à Hongkong, a conservé son nom d’origine et s’est affirmée comme l’une des marques de montres préférées en Asie, notamment grâce aux campagnes de publicité Time is Love qui mettent en scènes certaines des plus grandes stars du cinéma asiatique comme Dave Wang Chieh, Chow Yun-fat et Andy Lau ainsi que le joueur de football Ryan Giggs.

En 1988, une campagne met en scène la star Anita Mui. Évoquant une histoire d’amour située dans le vieux Shanghai, elle connaît un succès considérable et positionne la marque sur un créneau du romantisme… Encore aujourd’hui, le slogan des publicités chinoises “天長地久” (qu’on pourrait traduire par « L’amour perdu est peut-être cet amour qui reste avec vous pour toujours. ») a une forte notoriété.

Ces publicités sont reconnues comme des classiques de l’industrie publicitaire hongkongaise et la marque se développe non seulement à Hongkong et Singapour mais aussi en Chine continentale et dans toute l’Asie du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande, Taïwan).

 

Sources principales

Cet historique doit principalement à Wikipedia (articles sur Paul Ditisheim, sur Paul-Bernard Vogel et sur Solvil & Titus), enrichi d’informations glanées par ailleurs.

 

5 commentaires sur « Solvil & Titus »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s