Dacor et les montres de plongée

Dacor n’a rien d’une maison horlogère puisqu’il s’agit en réalité de l’un des cinq premiers fabricants américains d’équipements de plongée. À ce titre, cette firme du Middle West fondée par un passionné, ne s’est pas privée de « badger » des montres de plongée à ses couleurs, à l’image, par exemple, de la Spirotechnique.

Brève histoire de la marque

Nous sommes dans les années 1940. Sam Davison Jr. est marine dans l’armée américaine, stationné sur la base de Guam, dans le Pacifique. Là, il découvre les lunettes étanches utilisées par les Japonais pour voir sous l’eau. Frappé par la vision nouvelle du monde subaquatique que procure cet équipement, il se met en tête de consacrer sa vie future à la plongée sous-marine.

CaymanIsland-Davidson

Après la guerre, Sam Davison commence à plonger dans le lac Michigan en utilisant un matériel rudimentaire (un seau renversé et un système de pompage d’air) jusqu’au moment où il découvre qu’un équipement de plongée a été lancé en France en 1950 : le fameux détendeur breveté par la Spirotechnique et commercialisé aux États-Unis sous la marque Aqua Lung. Il persuade alors sa mère de lui prêter 10 000 dollars pour financer le développement de son premier régulateur. Deux ans plus tard, voit le jour le R-1, régulateur à double voie. Un client en acquiert d’abord dix exemplaires, puis trois cents supplémentaires pour les distribuer dans les magasins Montgomery Ward. Percevant la qualité et le potentiel de l’appareil, Davison décide de fonder sa société pour en assurer le développement. Établie à Evanston (Illinois) en 1954, elle porte le nom de Davison Corporation, vite contracté en Dacor. La société figure ainsi parmi les cinq fabricants historiques d’équipements de plongée aux États-Unis, avec U.S. Divers, Healthways, Voit et Swimaster.

Le succès est très rapide : dès 1960, Dacor est reconnu comme le fabricant de matériel de plongée le plus innovant et, quinze ans plus tard, la société figure parmi les leaders mondiaux dans ce secteur. Petit « fait d’armes » anecdotique : c’est un vieux régulateur Dacor  qu’utilise le bruiteur du film Star Wars pour créer la respiration caractéristique de Dark Vador !

Les montres entrent rapidement au catalogue

Comme la plupart des autres fabricants de matériel de plongée, Dacor ne se cantonne pas aux masques et régulateurs de plongée. La marque intègre rapidement à son catalogue une large de gamme d’instruments parmi lesquels… des montres. En tant que distributeur, Dacor va même jusqu’à faire réaliser des modèles sous sa propre marque.

C’est sur ceux-là que nous allons nous attarder un peu.

Sur ce catalogue daté de 1966 (ci-dessous), on trouve ainsi, à côté de masques et d’un poignard, le « tout nouveau modèle » UW 600, vanté pour sa lunette tournante à insert en epoxy, ses 17 rubis, sa fonction date et son étanchéité à 660 pieds (200 mètres)…

Cette montre, la voici : 34 mm de diamètre, boîtier tout acier, couronne non vissée, cadran laqué aux larges index trapézoïdaux cerclés et combinaison d’aiguilles typique de la première moitié des années 1960. Également désigné par l’appellation ACW (Automatic Calendar Watch), ce modèle évoque immédiatement les Blancpain Skindiver (Bathyscaphe) et leurs émules (Waltham, Lip, U.S. Divers).

DACOR 1000 ft, circa 1965.
DACOR 1000 ft, circa 1965.
DACOR 1000 ft, circa 1965.
DACOR 1000 ft, circa 1965.

Le mouvement, signé DACOR également, n’est autre qu’un classique et fiable ETA 2472. Il est protégé par un fond de boîte dont l’extérieur est bien estampillé DACOR, tandis que l’intérieur trahit l’origine du modèle : signé MARC NICOLET et marqué du nombre 680, il désigne sa sœur jumelle, la Marc Nicolet Superior :

Voir aussi : Waltham Skindiver : la « Baby Blancpain »

Animée par un très classique calibre ETA 2472, elle s’est écoulée au compte-gouttes jusqu’au début des années 1970.

En fin de période, broad arrow et dauphine sont remplacées par de tristes aiguilles droites mais un catalogue de l’époque nous indique qu’elle était également disponible en version « lady », toujours disponible avec le style d’aiguilles de la première génération :

Une autre plongeuse de gabarit similaire (35,5 mm de diamètre) apparaît parfois sous logo DACOR. Elle se distingue par une lunette en acier et un mouvement AS 1701.

D’autres collaborations dans les décennies suivantes

Dans les années 1970, Dacor s’associe à d’autres marques pour étoffer son offre de montres de plongée. Parmi les partenaires, on trouve la maison Solvil & Titus, qui propose une version personnalisée de sa Calypsomatic. La « customisation » concerne ainsi un lot d’exemplaires de la référence 7986 (photos ci-dessous), caractérisés notamment par un cadran et une lunette spécifiques. Le fond de boîte, le mouvement et la boucle de bracelet sont également frappés du nom de l’équipementier.

TITUS Calypsomatic réf. 7986
TITUS Calypsomatic réf. 7986 « DACOR », circa 1970.
TITUS Calypsomatic réf. 7986
TITUS Calypsomatic réf. 7986 « DACOR », circa 1970.
Voir aussi : Titus Calypsomatic 7986 : l’apogée

La coopération est poursuivie avec Titus pendant plusieurs années. Elle se concrétise ainsi par avec une version de la Calypsomatic 8940 personnalisée de même :

Squale conclut également un partenariat avec Dacor pour fournir un modèle équipé d’un mouvement quartz suisse. Il s’agit là du fameux boîtier 1000 mètres caractérisé par son imposant diamètre (45 mm), et cette bague vissée entre le verre saphir et la lunette graduée, chargée de serrer le premier et de caler la seconde.

Plus près de nous, Citizen apparaît également parmi les partenaires, comme en témoigne cette Aqualand.

DACOR Citizen Aqualand C020 - Img recklee714

Ces modèles ayant une place assez marginale dans l’offre d’équipements de plongée proposés par Dacor, leur diffusion s’est avérée très restreinte et il est donc rare d’en trouver, a fortiori en bon état. Elles présentent, à l’inverse, un intérêt particulier pour les collectionneurs, à l’image des Blancpain, Date-o-Matic et autres Doxa marquées Aqua Lung, VOIT ou U.S. Divers.

Quant à Sam Davison, il se consacrera à sa société jusqu’à sa mort, en 1987, avec un souci permanent d’innovation et l’obsession de la qualité. Toujours en activité aujourd’hui, Dacor appartient désormais à Mares. De ce que je perçois, Dacor apparaît toujours au titre de la maintenance de ses équipements mais les quelques montres à quartz encore proposées sont désormais badgées du nom du groupe italien. Ô tempora, ô Mares

Références

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