Chronographe Hanhart cal. 40

Sachant qu’une distance peut se déduire d’une vitesse et d’une durée, la navigation et l’horlogerie sont associées depuis des temps lointains. L’aviation, avant l’invention du GPS, n’a fait qu’intensifier cette relation déjà intime, faisant du chronographe de pilote un instrument non seulement important mais vital. C’est dire que, dans l’armée qui était alors la plus avancée du monde, les pilotes devaient disposer de ce qui se faisait de mieux en la matière. Nous sommes dans l’Allemagne de la fin des années 1930 et voici l’un des chronographes dont furent dotés ses officiers : l’Hanhart monopoussoir, calibre 40. 

 

Fondée en 1882 à Diessenhofen (Suisse) par Johann Adolf Hanhart, la maison éponyme s’établit en 1904 à Schwenningen-am-Nackar, en Allemagne, et se spécialise à partir de 1924 dans la fabrication d’instruments de mesure des temps courts, avec un rapport qualité-prix imbattable. Sous l’impulsion de Wilhelm Julius Hanhart, fils du fondateur, les chronographes et chronomètres, jusque là réalisés sur commande à des tarifs très élevés, entrent dans l’ère de la production de série. Ces compétences particulières et la nationalité allemande de la société amènent Hanhart à devenir fournisseur des armées du Reich.

Dans la famille des modèles de dotation, l’ancêtre commun apparaît en 1938-1939. Il s’agit d’un imposant chronographe mono-poussoir doté d’un mouvement de grande qualité, le calibre 40.

Requis pour équiper les officiers de l’armée du Reich, le chronographe Hanhart est d’abord développé pour la Marine (Kriegsmarine), puis rapidement décliné pour les armées de Terre (Heer) et de l’Air (Luftwaffe).

Plusieurs versions se succèdent ou se côtoient, avec ou sans lunette tournante, avec un poussoir (calibre 40) ou, à partir de 1940, deux poussoirs (calibre 41). Parmi ceux-là, certaines affichent une échelle tachymétrique et/ou une échelle télémétrique imprimées en rouge sur le cadran.

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Revue d’une Hanhart mono-poussoir

L’exemplaire détaillé ci-dessous est un modèle dit Primus, dans une version dotée d’une lunette cannelée. Postérieur à la version à lunette fixe, cet exemplaire pourrait être daté entre fin 1940 et début 1941.

HANHART

HANHART

Tournante, cette lunette présente un repère — peint en rouge à l’origine — que l’utilisateur positionne pour mémoriser une information telle que, pour la navigation, l’heure du dernier changement de cap.

Les premières versions de cette lunette disposent d’un petit bec en métal pointant vers le cadran. Selon Foilguy (MWR), ces lunettes à bec auraient été proposées « en option » sur les seuls modèles mono-poussoir :

Unlike the Tutima, the pointer bezel appears to have been an optional choice with the Hanhart single pusher bezelled watches. Have seen them on watch from 104*** upto 110***, i did have 2, the other if i remember was a 109***. The earlier KM Hanharts all are without pointers (well there was one once on ZAF’s watch website, but i was always dubious of that one due to it having a normal caseback).

Les deux formes de lunettes ont bien dû cohabiter, comme semble en attester l’exemplaire montré par Foilguy ici, dont le numéro de série (102536) se situe très légèrement après celui présenté dans cette revue (102351).  Apparemment, si cette « lunette à bec » fut assez rapidement abandonnée, c’est parce que le pointeur avait la regrettable habitude de prendre dans les manches ou les gants des pilotes…

L’engin est réalisé en laiton chromé. Le fond, du même alliage, est vissé afin d’assurer une « certaine » résistance à l’humidité.

IMG - Dimensions V2

LHC : 39 mm. LCC : 43 mm. LHT : 47 mm. EC : 20 mm. EHT : 14 mm.

L’énorme couronne et le volumineux bouton-poussoir permettent une manipulation aisée, fût-ce avec des gants. Quant au vaste cadran, il répond à un évident souci de lisibilité, laquelle est renforcée par les chiffres et les aiguilles squelette remplis de radium…

Côté mécanique, le calibre 40 est un 15,5 lignes (34,5 mm de diamètre) à 17 rubis. Rustique et bruyant mais précis et infatigable, il bat à 18 000 A/h.

Cet exemplaire, entièrement d’origine et cohérent, présente un numéro de série relativement bas (102536). Les mentions WASSERGESCHÜTZT et STOSSFEST, très estompées par l’usure, se devinent à peine.

 

Les modèles à calibre 41

En 1941, Hanhart troque le calibre 40 contre le calibre 41, désormais à deux poussoirs. Comme pour le modèle mono-poussoir, on trouve des versions avec et sans lunette tournante. Certains des modèles Kriegsmarine se distinguent par un marquage « KM » sur le cadran et/ou la peinture rouge appliquée sur le poussoir situé à quatre heures.

Tutima Glashütte : les cousines saxonnes

Petite ville de Saxe, Glashütte est aussi le berceau de l’industrie horlogère allemande, où l’on trouve, encore aujourd’hui, plusieurs manufactures (Tutima, A. Lange & Sohne, Union, Mühle, ou encore Nomos). Affaire familiale, la maison fondée par Ernst Kurtz en 1927, dont les marques Tutima, Tutima Glashütte, Glashütte et les mouvements Urofa (Uhren-Rohwerke-Fabrik Glashütte AG) sont issus, connaît une histoire singulière et mouvementée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la manufacture fournit à la Wehrmacht des chronographes et d’autres instruments tels que des retardateurs de bombes. C’est le caractère stratégique de ces activités qui motiva, le 6 juillet 1945, le bombardement préventif des capacités de production avant l’arrivée des troupes soviétiques. Ernst Kurtz, sentant le coup arriver, avait eu le temps de partir avec un peu d’équipement et quelques employés pour Memmelsdorf, près de Nüremberg, où l’activité reprit modestement jusqu’en 1951. La partition de l’Allemagne le motive alors à rejoindre la République fédérale. Tutima s’établit alors à Ganderkesee, à 150 kilomètres de Glashütte… et c’est en 2011 que, après quelques décennies incertaines et plusieurs années d’efforts, les successeurs de Kurtz pourront rétablir Tutima dans sa ville d’origine.

Mais revenons à 1939… Tutima, comme Hanhart, est chargée par le Reich de fournir des chronographes pour les officiers. Ainsi apparaît cette cousine de l’Hanhart cal. 41, marquée du « t » de Tutima et de la ville de Glashütte, équipée du mouvement Urofa cal. 59 :

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Hanhart se serait inspiré de la Tutima (ci-dessus) pour introduire la lunette tournante sur ses propres modèles.

Par ailleurs, si les Français font leur butin de Hanhart à la fin de la guerre, les Soviétiques parviennent à récupérer, à Glashütte, des mouvements Urofa et d’autres stocks de pièces pour assembler, de 1947 à 1949, des Fliegerchronograf moscovites siglés Kirova et les initiales (en russe) de « Première manufacture horlogère de Moscou ».

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D’une manière générale, il semble admis, au regard des numéros de série inscrits sur le fond de boîte, que les deux versions (avec et sans lunette cannelée) aient été produits non pas successivement mais simultanément.

 

Après la guerre, les dommages de guerre

Jusqu’à la fin des années 1950, l’appareil de production Hanhart est mis à contribution dans le cadre des réparations imposées à l’Allemagne pour dommages de guerre. C’est à ce titre que les pilotes français reçoivent en dotation, en 1954, des chronographes entièrement composés de pièces Hanhart, sous la marque Vixa. Ces Vixa font partie des chronographes dits « Type 20 », à l’instar des Bréguet, Auricoste, Dodane, Airain et Chronofixe. Des modèles équivalents équipent déjà, à cette époque, la nouvelle Luftwaffe et une diffusion civile du modèle 417 — souvent vu au poignet de Steve McQueen et dont la Vixa est directement dérivée — est assurée. On trouve de ce modèle des exemplaires tout acier et d’autres, en laiton chromé.

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HANHART Fliegerchronograf cal. 40 - Img Fred.Chrono 11

Pour revenir à Hanhart, l’après-guerre est l’heure des comptes. Le démantèlement de l’appareil de production au profit de la France n’est pas la seule conséquence de l’engagement de la manufacture au service du Reich : Willy Hanhart est emprisonné et sa société est liquidée. Fuyant en Suisse en 1947, il retourne en Allemagne deux ans plus tard et, avec l’aide de sa femme Gertraud, s’emploie à rétablir l’affaire familiale, toujours à Schwenningen. Le siège est ainsi reconstruit en 1952, année au cours de laquelle la manufacture participe même à la Foire horlogère suisse. Hanhart fournit quelques temps des chronographes à l’armée allemande, devenue Bundeswehr, avant de se concentrer sur la production de chronomètres, jusqu’à devenir leader européen sur ce marché. Développant un mouvement à quartz dans les années 1970, la manufacture décide enfin de renouer avec son patrimoine horloger en éditant une réplique du chronographe calibre 41 en 1997. Aujourd’hui, la gamme Pioneer décline le concept avec des mouvements maison.

 

Références

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