Les montres de régate : toujours en vogue…

Apparues dans la deuxième moitié des années 1960, à la faveur de la (relative) démocratisation des sports nautiques, les montres de régate ont connu un vif succès jusqu’au milieu des années 1970. Bien qu’à voile, les bateaux de plaisance auraient-ils été victimes, eux aussi, de la crise pétrolière ? Il en reste en tout cas de bien jolies montres dont voici un aperçu.

Au départ d’une régate, le besoin est relativement simple : il s’agit de positionner son bateau le mieux possible pour prendre l’avantage au top, ce dernier étant précédé d’un compte à rebours de cinq minutes. Une montre de régate a donc pour fonction de visualiser précisément le temps restant avant le coup de feu, dès lors que le compte à rebours a été lancé. Nous allons voir que cette fonction peut être remplie de plusieurs manières, ce qui donne à voir d’intéressantes variations, du simple aménagement graphique jusqu’à d’astucieuses adaptations mécaniques.

 

Le « minimum syndical » : une adaptation cosmétique de la fonction chronographe

La première catégorie de notre revue concerne des chronographes « standards » pour lesquels la signalétique a été adaptée à l’usage nautique. Habituellement, sur les chronographes anciens, le compteur des minutes met en valeur la troisième, la sixième et la neuvième minute. Il s’agissait alors de faciliter le décompte des unités de téléphone, qui tombaient toutes les trois minutes… Sur les modèles représentés ci-dessous (Aquadive, Careny…), le même compteur distingue des zones d’une ou deux fois cinq minutes. Celles-ci correspondent au décompte précédant le départ de la régate. On comprend bien qu’il suffit de lancer le chronographe et de guetter le moment où la petite minute atteint la fin du quartier coloré.

Sur ces modèles, proches les uns des autres, on retrouve des boîtiers de type Skin Diver / Squale (proximité avec l’eau oblige) et des mouvements Valoux 7733. Certains d’entre eux, plus rares et plus recherchés, abritent même le prestigieux Valjoux 72 (ci-dessous).

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CARENY chronographe Yachting, cal. Valjoux 72. Crédit : Gallinaro Pietro, Chrono 24.

Dans la même famille, on trouve quelques versions et déclinaisons de la Jenny Carribean qui  se distinguent non seulement par leur compteur type régate (d’inspiration Yema, voir plus bas) mais aussi par un massif boîtier de 38 mm de diamètre (hors couronne). Elle est animée par un mouvement Valjoux 7730.

Voici quelques autres variantes encore. Nous nageons en pleines seventies

Dans la même veine, mais à l’apparence plus raffinée, voici le superbe et rarissime chronographe Enicar S30 Yachting (merci Watchfred), animé par un calibre Valjoux 234. Remarquez la date à six heures ainsi que la taille et le graphisme du compteur de minutes. Toujours élégantes, ces Enicar…

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ENICAR S30 Yachting, cal. Valjoux 234. Crédit : Watchfred.

Autre beauté, ce rare Seaboard Yacht, qui réunit à peu près tout ce qui rend désirable un chronographe vintage. Il en existe plusieurs versions répertoriées sur le site Heuerchrono.com.

On trouve même une version régate du Chronomaster Aviator Sea Diver, le chronographe « multifonction » de Nivada Grenchen… mais ils n’ont tout de même pas osé ajouter Yachting sur le cadran !

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NIVADA GRENCHEN Chronomaster Aviator Sea Diver, version Yachting. Crédit : ND.

Tissot a également surfé sur cette vague en proposant plusieurs déclinaisons de son chronographe Seastar :

 

La lunette « yachting »

Une autre approche de la fonction régate consiste à assortir la montre d’une lunette tournante graduée de telle manière que, à l’aide de l’aiguille des minutes, on puisse visualiser le décompte. Le plus fameux modèle illustrant cette fonction est sans doute l’Omega Seamaster, en version Chronostop ou chronographe, mais le cousin Tissot a également proposé un modèle proche de la réf. 176.010.

 

Breitling pour son magnifique chronographe Co-Pilot dit « Jean-Claude Killy », combine les deux méthodes en personnalisant le compteur des minutes et en montant une lunette spécifique, avec un mouvement Venus 178 modifié. Vous trouverez la description détaillée de ces deux modèles sur le site de René Kestling, ici pour la version 1966 et pour la 7650 CP de 1968.

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BREITLING réf. 765/7650 CP version Yachting, 1968 (à gauche) et 1966 (à droite). Crédit : René Kestling.

 

Les Yema Yachtingraf

Attention, voici l’une des stars de la catégorie…

La marque française Yema est très présente dans l’univers nautique. Réputée en outre tant pour ses montres de plongée (des premières skin diver aux légendaires Superman) que pour ses chronographes (Daytona et Rallygraf), elle dispose, dans son patrimoine technique et culturel, de tous les éléments pour proposer des chronographes typés « régate ». C’est ainsi qu’apparaît la gamme Yachtingraf, avec ce gros compteur tricolore et son aiguille si caractéristiques. Déjà recherché dans sa version à deux compteurs (Valjoux 7733), il est plus prisé encore dans sa version à trois compteurs (Valjoux 72), baptisé Yachtingraf « Croisière ».

Le modèle ci-dessous est plus encore spécifiquement destiné aux régates puisqu’il est équipé d’un calibre Valjoux 7733 modifié spécialement pour ce modèle : la roue de seconde centrale du chronographe est en effet équipée de deux doigts entraîneurs, diamétralement opposés, au lieu d’un seul. Lorsque le chronographe est lancé, ils donnent une impulsion toutes les trente secondes au disque nautique situé à trois heures, destiné à indiquer le compte à rebours du départ (cinq minutes avant le top), au lieu, dans sa configuration habituelle, de décaler d’un cran l’aiguille du compteur chaque minute. Chaque découpe du cadran correspond à une minute, l’indicateur rouge donnant le signal du départ.

Si vous voulez vivre le départ d’une régate comme si vous y étiez avec cette Yema, Jerry en a fait une description magistrale ici avec une autre version du Yachtingraf, voilier sur fond noir et boîtier à épaulement de couronne. Quant aux détails mécaniques, vous en aurez grâce à Loupe à l’œil.

 

L’Aquastar Regate et ses dérivés

Si la « montre de régate »connaît son âge d’or à la charnière des années 1960 et 1970, la naissance officielle du concept date de 1961, lorsque Jean Richard enregistre le brevet d’un modèle doté d’une fonction de compte à rebours sur cinq minutes.

De cette idée, Frédéric Robert assure la première traduction concrète sur le marché en développant l’Aquastar Regate, motorisée par un mouvement FELSA 4000N modifié. (Aquastar est une marque de la maison Jean Richard SA.)

Fonctionnement

Modifié, le mouvement FELSA 4000N fait déplacer la couronne de remontoir/réglage de l’heure à deux heures et positionner un poussoir à quatre heures pour le départ, l’arrêt et la remise à zéro. Par ailleurs, sous le cadran, se situe un disque coloré (voir ci-dessous) comportant une section rouge et une section argentée (ou rouge et bleue sur les modèles ultérieurs). Le cadran lui-même est percé de cinq gros trous en arc de cercle entre dix heures et deux heures.

Lorsque le mécanisme est à zéro, la grande seconde est immobile à douze heures et les cinq guichets sont rouges. Au départ du compte à rebours, la grande seconde parcourt le cadran normalement et, au passage de la première minute, le disque pivote d’un cran vers la droite, de sorte que le premier guichet à gauche change de couleur. Une minute plus tard, le deuxième guichet vire à son tour et ainsi de suite jusqu’à ce que le dernier guichet ait changé de couleur. La régate peut alors démarrer… Le disque ne bouge plus et la grande seconde continue à tourner.

Aquastar développera de nombreuses versions de ce modèle, jusque dans les années 1970, et ce principe d’affichage est encore utilisé par certaines marques sur des modèles contemporains.

Pour tout savoir sur ces modèles, rendez-vous sur l’indispensable Regatta-yachttimers.com.

 

Pour finir…

Dans le même esprit, on découvre pour finir l’insolite Desotos Chronogate déniché par Dutchwatchshots. Équipé d’un Valjoux 7733 présentant la même modification que dans la Yema Yachtingraf afin de créer l’effet de cliquet minute par minute, il se porte à l’intérieur du poignet comme le chronographe Omega Chronostop Driver.

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DESOTOS Chronogate. Crédit : dutchwatchshots.

Et pour finir une deuxième fois (!), un clin d’œil à deux modèles plus contemporains, la Rolex Yacht-Master II et l’Omega Chronomètre NZL-32, tout deux clairement positionnés « régate », histoire de montrer — ce qui est heureux — que les appareils numériques n’ont pas totalement évincé cette catégorie spécifique de garde-temps…

 

Références
  • Regatta-yachttimers.com. [En] Le site de référence sur le sujet.
  • Heuerchrono.com. [En] Une référence également, plus spécialement sur les modèles Heuer (Skipper, Regatta…).
  • The Watchspotblog. [En] Une revue détaillée de l’Aquastar Regate.
  • Yema Mania, « What brandings on dials are excist really for the Yachtingrafs ? » [En] Inventaire des modèles utilisant le fameux compteur de la Yema Yachtingraf sur le blog de l’excellent Dundee.
  • Forumamontres. [Fr] Un sujet où vous trouverez encore d’autres magnifiques exemples de montres de régate.

Et un grand grand merci à ceux qui ont autorisé l’utilisation de leurs magnifiques photos, avec une mention toute particulière pour BatilouK@iser, Watchfred, Erik WongDutchwatchshots et Rene Kestling 🙂

8 commentaires sur « Les montres de régate : toujours en vogue… »

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