Aquastar Airstar

Si la marque Aquastar, fondée par JeanRichard, est bien connue et reconnue pour ses modèles Deepstar, ou Régate, l’Airstar a longtemps été considérée comme un mirage et un mythe. Produite en quantité très réduite, vraisemblablement assemblée sur le tard, elle fait ainsi figure de perle rare. Mais quelle perle !

Établie en 1962 à Genève, au bord du lac Léman, la marque Aquastar a été lancée par JeanRichard dans une période où l’engouement pour le monde sous-marin, popularisé par les documentaires du commandant Cousteau, est à son zénith. On doit à Aquastar la première montre dotée d’une lunette interne mobile actionnée par la couronne assurant le réglage de l’heure mais aussi, entre autres, le premier chronographe de régate.

Avec l’Aquastar Airstar, on se trouve dans le registre plus conventionnel du chronographe étanche à trois compteurs. Dans les années 1960, ce type de modèle est présent dans beaucoup de marques : Angelus, Eterna, Favre-Leuba, Longines, Ollech & Wachs, Omega, Rolex, Yema, Zenith…, sans parler des versions à deux compteurs (Landeron 148, Valjoux 92) qui partagent avec l’Airstar le même type de boîtier, que l’on trouve par exemple sur les chronographes de plongée Difor, Lator et Rotary Aquaplunge.

Pourtant, l’Airstar tient une place un peu particulière, pour plusieurs raisons. L’image de la marque Aquastar, la rareté du modèle et, sans doute, sa grande beauté.

 

Carrosserie et tableau de bord splendides

Voyons d’ailleurs la bête de plus près…

Au programme : un boîtier en acier brossé étanche, type skin diver, avec un fond Aquastar, une lunette mobile gravée et peinte, graduée sur soixante, une couronne signée du nom de la marque — et non de l’étoile de mer qui la symbolise, comme sur beaucoup de modèles Aquastar.

IMG - Dimensions V2

LHC : 37 mm. LCC : 40 mm. LHT : ND. EC : 19 mm. EHT : ND.

Le cadran noir mat, avec ses longs index rehaussés de radium, présente des similitudes avec quelques références de choix (Omega Speedmaster, Rodania Geometer…), tandis que les aiguilles de type seringue évoquent pour leur part les chronographes de pilotes comme le Benrus Skychief que nous avions présenté ici.

On retrouve même des petits traits luminescents sur les principaux index des sous-compteurs. Enfin dans la majorité des cas… car l’Airstar présente quelques subtiles variations suivant les rares modèles que l’on a pu observer. Celui qui est présenté dans cette revue, par exemple, ne dispose pas de ces petits traits de radium et son aiguille bleuie paraît également spécifique.

Ainsi, au gré de ce qui a pu être recensé jusqu’à présent :

  • deux types de cadrans sont connus, la seule différence étant la présence ou non des petits traits de radium dans les sous-compteurs,
  • deux types de petites aiguilles sont également recensés (bâton ou flèche), parfois combinés,
  • quatre types de grandes aiguilles des secondes sont enfin repérés (droite, lollipop, droite à contrepoids en forme de goutte, cette dernière étant donc bleuie sur l’exemplaire passé en revue aujourd’hui).

 

Sous le capot : un noble Valjoux 72

À condition de disposer de l’outil adéquat (la clé adaptée ou une balle en silicone) pour ne pas causer des dommages, on peut se lancer sans trop de risque à dévisser le magnifique fond brossé, gravé et travaillé en étoile, qui est un trait caractéristique de la marque Aquastar. On tombe alors, sans trop de surprise, sur un mouvement Valjoux 72 (calibre 726 pour être exact). C’est, à l’époque, quasiment le seul mouvement de chronographe à trois compteurs disponible sur le marché avec le calibre Lemania/Omega 321. La version emboîtée dans l’Aquastar présente généralement une finition assez basique et le pont n’est pas signé. Ce manque relatif de noblesse n’enlève cependant rien aux qualités mécaniques de ce mouvement, largement reconnues.

Là aussi, des variantes existent : Erik Dondellinger (source Chronomania) note que lon a trouvé au moins un exemplaire dont le pont est estampillé ML70 (référence interne du Valjoux 72 chez Maurice Lacroix)…

 

Une beauté encore un peu mystérieuse

Bref, l’ensemble est de toute beauté… mais une beauté qui doit un peu au mystère. Pourquoi ces subtiles variantes esthétiques et mécaniques ? et pourquoi l’Airstar n’a-t-elle jamais été vue sur les catalogues et publicités de la marque ?

Sous une configuration quasiment identique, c’est en fait sous l’appellation JeanRichard qu’elle est repérée dans des documents du début des années 1960 :

JEANRICHARD et AQUASTAR Airstar

Cette version présente de rares et subtiles différences : on ne trouve pas de radium sur les index des sous-compteurs de chronographe (à trois et six heures) mais la matière recouvre en revanche les petites aiguilles présentes sur ces derniers. Ces aiguilles sont ici en forme de flèche. On les rencontre, non « lumées », sur certains exemplaires de la version Aquastar, dont la majorité est pourvue d’aiguilles droites.

 

Un stock inusité, extrait de l’oubli il y a quelques années ?

Erik Dondellinger, a procédé à un inventaire, depuis 2013, des numéros de série connus : 215.910 pour le plus bas, 216.100 pour le plus haut connu, celui qui fait l’objet de cette revue. Il rappelait par ailleurs (sur Chronomania) que « les marques Aquastar et JeanRichard ont été rachetées en 1983 au Groupe EREM par les frères Seinet. Sans stock de montres ou de pièces. Ils exploitent encore à ce jour la marque avec des montres électroniques essentiellement pour les régates. Ils ont revendu assez rapidement la marque JeanRichard à Lemania qui l’a cédée à Girard-Perregaux (Sowind). Les frères Seinet n’ont rien à voir avec les montres vintage ». Il conclut enfin : « Le siège d’Aquastar rue du Chablais à Annemasse est désormais un commissariat. Inutile de rentrer en douce pour chercher des stocks de pièces / montres abandonnés à la cave. »

On estime donc à ce jour la production à deux cents unités, dont une grosse vingtaine vus en circulation depuis une dizaine d’années, selon Erik Dondellinger. Ce qui surprend, c’est que tous les exemplaires connus sont dans un état de conservation proche du neuf. L’hypothèse la plus probable, qui tend à être confirmée par le témoignage d’un horloger Aquastar de l’époque confié à Julien Schaerer, est que la version Aquastar du chronographe Airstar n’a jamais été aboutie, contrairement à la JeanRichard, qui n’a pourtant, elle-même, pas dépassé le stade de l’exemplaire unique.

Jamais commercialisés, sans doute faute de moyens à l’origine, ces quelque deux cents chronographes auraient donc été assemblés tardivement. Erik Dondellinger suppose, pour avoir eu des contacts très « proches du dossier », qu’ils auraient été assemblés au gré de l’arrivage de mouvements, à partir d’un stock de pièces sans doute récupéré avant la reprise d’Aquastar, au gré des approvisionnements. Cela expliquerait les mouvements non signés et les variantes observées d’un exemplaire à l’autre sur certaines aiguilles.

Reste à savoir qui a été à l’origine de cet assemblage et quand il a procédé à celui-ci : un ancien inconsolable de la maison Aquastar ou un opportuniste qui a su « faire un coup » à partir d’un stock de pièces récupéré au moment de la liquidation ? Autant de questions qui entourent cette Airstar d’une aura particulière. A ce jour, elles restent en suspens…

 

Références

Un commentaire sur « Aquastar Airstar »

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