Benrus Sky Chief : « official watch of famous airlines »

La Benrus Sky Chief est lancée dans les années 1940 par une société new yorkaise, en tant que montre de pilote. Habilement promu et bien adapté aux besoins professionnels, ce modèle a permis à Benrus de devenir fournisseur officiel de plusieurs compagnies aériennes pendant de nombreuses années. Revue d’une gamme élégante, fonctionnelle et attachante…

La maison Benrus Co. est fondée en 1921 à New York par trois émigrés roumains, les frères Benjamin, Ralph et Oscar Lazrus. La marque Benrus, déposée en Suisse en 1923, est d’ailleurs la contraction de Benjamin Lazrus. Oscar, l’aîné, se charge de la publicité et des finances, Benjamin, le cadet, veille sur la production et Ralph s’occupe de la distribution et de la vente. Bien que le siège de l’entreprise se situe à Manhattan, l’essentiel de la production est assuré en Suisse, à La Chaux-de-Fonds — également berceau de la maison Breitling.

Le chronographe Sky Chief est, dans l’histoire de la marque, un des trois ou quatre modèles phares (on pense également à la plongeuse Ultra Deep ou aux militaires Type I et Type II). Destinée aux pilotes d’avions, elle est devenue la montre officielle des équipages de compagnies telles que TWA, Northwest Airlines, Delta Air Lines et KLM dans les années 1940 et 1950.

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Les premières versions

Dans sa version la plus connue, la Benrus Sky Chief se présente sous les traits d’un chronographe de pilote assez classique, sans lunette graduée, aux belles proportions. À peine supérieur à 35 mm, le diamètre hors couronne paraît plus important en raison, notamment, de la grande ouverture de cadran, de l’importante épaisseur du boîtier (13 mm) et de la longueur des anses. Complété par de larges poussoirs rectangulaires et une couronne de grand diamètre, l’ensemble revendique une présence au poignet plus imposante que ce que le diamètre laisserait supposer a priori.

BENRUS Sky Chief Valjoux 72 - Img Fredchrono 01

La cadran, noir et laqué, est conçu dans le style des chronographes à usage militaire : les heures sont indiquées par des chiffres arabes luminescents, une échelle des minutes en périphérie et trois compteurs très lisibles. Deux aiguilles dites « seringues » luminescentes pour les heures-minutes et une grande seconde peinte en blanc complètent l’ensemble.

BENRUS Sky Chief Valjoux 72 - Img Fredchrono 12Ce qui distingue en revanche ce modèle des autres chronographes à trois registres de l’époque, c’est le registre totalisateur de douze heures, peu courant à l’époque et naturellement utile pour la mesure des vols au long cours. Une autre particularité intéressante, concerne le registre des minutes situé à trois heures : alors que les index sont habituellement plus allongés à trois, six et neuf minutes (cela pour faciliter le décompte des unités de téléphone, qui « tombent » toutes les trois minutes), les marquages se distinguent ici à quatre, huit et douze minutes. La raison de cette mise en valeur de tranches de quatre minutes : une opération de navigation aérienne, décrite plus en détail sur un site roumain, implique d’effectuer une manœuvre à 90 degrés par intervalles de quatre minutes afin de mieux appréhender l’effet du vent sur le plan de vol.

Dans cette version « classique », les premières exécutions renferment de beaux calibres à roue à colonne (mais dépourvus d’antichoc) : Venus 175 (dans une version à trois registres, comme discuté ici) ou Venus 178, similaires à ceux que l’on trouvera plus tard dans la plupart des chronographes Breitling, dont les premiers Navitimer.

 

De Venus à Valjoux

Il semble d’ailleurs que ce soit l’absorption de l’essentiel de la production de mouvements Venus 178 par la maison Breitling qui ait contraint Benrus à se tourner vers un autre fournisseur. Ce sera donc Valjoux et son fameux calibre 72. Par rapport à son aînée, la version équipée de ce mouvement possède un boîtier au diamètre légèrement supérieur, autorisant une plus grande ouverture de cadran. Celle-ci permet d’insérer des points de radium à trois, six et neuf heures. Cette version se distingue aussi visuellement par un boîtier dont les anses sont dotées d’élégants chanfreins.

BENRUS Sky Chief, cal. Valjoux 72

IMG - Dimensions V2
LHC : 35,3 mm. LCC : n.d. LHT : 43 mm. EC : 18 mm. EP : 13 mm.

Les versions à lunette tournante et triple date

Outre le Valjoux 72, la firme new-yorkaise utilise également des calibres Valjoux 71 (GH4 sous la référence maison), destinés à une version au diamètre plus imposant.

BENRUS Sky Chief, cal. Valjoux 71

IMG - Dimensions V2
LHC : 38 mm. LCC : n.d. LHT : 44 mm. EC : 19 mm. EP : n.d.

Le modèle équipé du calibre Valjoux 71, plus rare, se démarque nettement par ses dimensions et sa lunette rotative et cannelée dotée d’un petit repère triangulaire comme on en trouve, par exemple, sur les Longines Majetek, les Auricoste Type 20 ou encore sur l’étonnante Helvetia Pilot, qui date des années 1930. À noter que, contrairement aux Auricoste par exemple, le verre est solidaire de la lunette et tourne donc avec elle.

Bien entendu, avec cette lunette mobile en plus des poussoirs rectangulaires, cette version n’est pas un monstre d’étanchéité, ce qui explique sans doute qu’il en reste bien peu en très bon état…

 

Il sortira même quelques exemplaires baptisés Sky Chief en version triple date, motorisés par des mouvements Valjoux 72C montés dans des boîtiers en acier ou plaqué or.

BENRUS Sky Chief V72C - Img ND 01
BENRUS Sky Chief, cal. Valjoux 72C.

 

La production des Sky Chief s’achève quelque part dans les années 1950, en conséquence probable de la concurrence de marques plus puissantes telles que, notamment, Breitling et son fameux Navitimer. Benrus s’illustre ensuite dans le registre des montres de plongée, avec des modèles robustes (notamment l’Ultra Deep à boîtier EPSA et les Type I et Type II) qui équiperont plusieurs générations de soldats américains et d’amateurs de belles montres…

Aujourd’hui, Benrus existe toujours et, comme hélas bien d’autres, exploite son héritage de manière un peu discutable… Un chronographe Sky Chief, libre interprétation du modèle d’origine équipé d’une mouvement à quartz japonais, est au catalogue de la marque. On ne peut pas dire, comme souvent hélas, que l’héritage ait été scrupuleusement respecté…

 

Sources
  • Fratellowatches.com : « The Benrus Sky Chief Chronograph ». [En] Une revue très complète sur ce modèle très apprécié Outre-Atlantique.
  • Man’s Fine Life. [En] Une autre revue.
  • Omegaforums.com. [En] Présentation d’une Benrus Sky Chief cal. Venus 175 dans un état difficile à surpasser. J’en profite pour remercier Cristos71, auteur du post, de m’avoir aimablement autorisé à utiliser ses photos…
  • Ceasuri Pentru. [En] Le site passionnant d’un collectionneur roumain qui, pour des raisons évidentes, s’est intéressé au destin des frères Lazrus et de la maison horlogère qu’ils ont fondée à New York.

2 commentaires sur « Benrus Sky Chief : « official watch of famous airlines » »

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