Richard Compressor

Une sorte d’OVNI au milieu d’une litanie de montres de plongée au format très normé par les fournisseurs de boîtiers : voilà ce qu’inspire cette étonnante et rarissime Richard. Rencontre avec une cousine malgré elle d’une icône de la catégorie, la Longines Nautilus.

Comme de plus en plus souvent dans notre petit monde de collectionneurs, la rencontre s’est produite d’abord sur les réseaux sociaux. Un membre vénéré des forums horlogers français, du « lèche-vitrine » sur Instagram et quelques compliments échangés… Puis, un jour, un petit-déjeuner horloger en tête-à-tête. En déplacement professionnel, je n’avais pris que deux montres pour quatre jours. Lui, local de l’étape, avait apporté quelques pépites de sa collection (laquelle a la particularité de ne comporter que des pépites) : Zenith El Primero, Rolex Big Crown et GMT-Master gilt, Blancpain Fifty Fathoms, Longines Nautilus, Eberhard Scafograf 200… excusez du peu !

Je m’efforce de garder une contenance et de ne pas trop céder à l’émotion devant de tels trésors mais l’émerveillement est total devant ces modèles dont plusieurs sont quasiment uniques au monde. Matts (@mattsworldpics sur Instagram), puisque c’est de lui qu’il s’agit, m’avoue qu’il a un gros projet horloger en vue, une bête de course, et qu’il doit céder quelques tocantes. Parmi celles-là, une grande galette qui me faisait de l’œil depuis longtemps sur son compte Instagram. Je mets une option dessus et nous nous quittons ainsi, lui dans ses baskets et moi sur un nuage.

Un mois plus tard, rendez-vous à Paris. Nouveau petit déjeuner et nouveau déballage de splendeurs (dont un chronographe Zénith Subsea qui m’a plongé en extase)… Parmi elles, cette « grande galette »que je convoitais (39,6 mm de diamètre tout de même) : une montre de plongée bien singulière.

Il ne s’agit pas d’une Richard Mille, ni d’une Jeanrichard… mais bien d’une Richard « tout court », du nom de son fondateur Henry Arnold Richard, fabricant de mouvements, boîtes et cadrans à Sonvillier depuis 1893.

Grande taille et lunette en bakélite

L’engin impose déjà sa taille, relativement inhabituelle, pour une montre de l’époque.

IMG - Dimensions V2

LHC : 39,6 mm. LCC : 43,2 mm. LHT : 49 mm. EC : 20 mm. EHT : 14,2 mm.

Quand je dis l’époque, je veux parler de la fin des années 1950, sans doute 1958. Nous sommes au début de la démocratisation des montres de plongée. On imagine l’arbitrage difficile auquel devaient procéder les concepteurs entre la nécessité de contenir les dimensions pour préserver la résistance et l’étanchéité, et le besoin de disposer d’un instrument très lisible, qui plaide à l’inverse en faveur de grands diamètres. Pour la grande majorité des modèles produits, c’est le premier critère qui l’emporta, aboutissant à des montres de 36 à 38 mm de diamètre hors couronne. Bref, les plongeuses de 39-40 mm sont rares à la charnière des années 1950-1960 et se trouvent exclusivement dans les très grandes marques.

Outre son grand diamètre, le boîtier s’illustre par une carrure en soucoupe dont s’échappent quatre épaisses cornes biseautées, à l’image des Enicar Sherpa.

Signe de son appartenance à la famille des plongeuses, elle est dotée d’une couronne non vissée et striée, comme sur les super compressor. Quant au fond de boîte, il est clipsé et non vissé.

RICHARD

Notre Richard se démarque également par une large lunette mobile à profondes cannelures, vraisemblablement en bakélite (ou en ébonite ?), et discrètement graduée en minutes.

Ersatz de Longines Nautilus

Combinées, ces caractéristiques font furieusement penser à une autre montre de plongée de la même époque : l’illustre Longines Nautilus.

Longines Nautilus

longines-nautilus-publicite-img-matts-01

La version référencée 6921-1 est « rarissime, n’ayant été produite que pendant environ deux ans 1958-1959 et à un nombre faible d’exemplaires estimé a 300 pièces d’après les éléments que j’ai collecté sur différents sites, auprès d’experts et auprès du département des archives de Longines, précisait Matts sur le forum MDP. Eux-mêmes ne connaissent pas le nombre exact mais j’ai eu la confirmation de leur part que la mienne fait partie des dernières et a été vendue à l’importateur américain Wittnauer en décembre 1959. Elle porte le numéro 274. »

Les photos de cet exemplaire de la version référencée 6921-3, vendue par Matthew Bain sont éloquentes :

Mouvement A. Schield

Au plan mécanique, la Richard abrite un calibre AS 1580, mouvement automatique à 17 rubis lancé par A. Schield en 1958 et que l’on trouve également dans un autre oiseau rare contemporain : la Nivada Antarctic Aquamatic. Ce calibre de 11,5 lignes, battant à 18000 A/h, a une conception résolument moderne pour l’époque, avec notamment une seconde centrale entraînée directement et un dispositif de remontage dans les deux sens de rotation de la masse oscillante. Baptisé Maximatic, le procédé est à rapprocher du système Bidynator introduit dans les mouvements FELSA.

Des cousines tout aussi rares

On trouve quelques alternatives à la Richard. Sous le logo Precimax, un modèle similaire jusqu’au design du cadran, disponible avec ou sans date.

La marque Pierce a également sorti un modèle dans cette veine, de même que Rotary, avec l’appellation Rotamatic

Si vous disposez d’informations sur ces modèles et si vous connaissez d’autres exemples, vos commentaires seront bienvenus…

Références

2 commentaires sur « Richard Compressor »

  1. Superbe revue Fred! Content de voir que cette pièce a trouvé une super maison où elle reçoit plus d’amour que chez moi où elle était un peu délaissée ! Marrant aussi de revoir ma revue d’il y a 6 ans sur la nautilus

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Matt ! Il était grand temps de rendre hommage à cette belle plongeuse… Mais il est vrai que, chez toi, elle avait affaire à une concurrence plus que rude…
      À bientôt j’espère pour de nouvelles aventures horlogères 🙂

      J'aime

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