C’est l’histoire d’un Type…

Qu’il soit 20 ou 21, c’est l’histoire d’un Type… né il y a plus de soixante ans, qui a donné naissance à des chronographes qui, pendant plusieurs décennies, ont été le plus fidèle instrument de bord de nombreux pilotes de l’armée française. Des pièces historiques (et encore accessibles) qu’il est temps de (re)découvrir.

L’histoire commence au début des années 1950. Nous entrons dans l’âge d’or de l’aviation militaire, « propulsée », si l’on ose dire, au firmament par le rôle éminent qu’elle a joué durant la Seconde Guerre mondiale après des balbutiements déjà convaincants au cours de la Grande Guerre. L’un des enjeux est alors, pour nos pilotes, de disposer d’instruments fiables et adaptés pour la mesure du temps, laquelle revêt une importance toute particulière dans un appareil volant, a foriori dans le cadre d’une mission de combat ou d’appui.

C’est dans ce contexte que le ministère de la Défense publie un cahier des charges pour la conception et la fabrication de montres-bracelets répondant à des spécifications bien précises et ce cahier des charges prend le nom de « Type 20 ». Selon le document, les soumissionnaires doivent proposer des chronographes équipés d’un calibre à remontage manuel avec la fonction « retour en vol » (ou flyback), d’un cadran noir à deux ou trois registres et à chiffres arabes lumineux ainsi que d’une lunette tournante bidirectionnelle avec un repère. Le ministère exigeait également une précision de 8 secondes par jour, une réserve de marche supérieure à 35 heures et une capacité à opérer le départ, l’arrêt et la remise à zéro du chronographe au moins trois cents fois sans défaillance.

Retour en vol : quézaco ?
Dénommée flyback ou taylor en anglais, cette fonction a été notamment intégrée dans les chronographes Type 20 et Type 21 utilisés par l’armée de l’Air. En altitude, les itinéraires se calculent selon des caps et des temps prédéfinis. L’utilité d’une montre capable de mesurer les temps courts s’avérait donc incontournable d’où l’intérêt du chronographe. La marque Breitling semble être la première, au début des années 1930 (1933 ou 1934), à produire un modèle doté de deux poussoirs. Mais ces poussoirs restaient difficiles à atteindre rapidement et aisément. A cela s’ajoute un élément fonctionnel : plus que de connaître le temps écoulé, les pilotes avaient surtout besoin d’un compteur qui démarre sur demande et qui se remette le plus vite possible à zéro pour amorcer une nouvelle mesure. Cela servait, par exemple, à calculer des rondes d’attente avant d’atterrir. C’est donc à Longines que revient l’initiative dans la seconde moitié des années 1930 (1936 ou 1938) de présenter un mouvement de chronographe avec la fonction « retour-en-vol ». Dans ce cas, un seul poussoir assume l’ensemble des fonctions : une première pression pour déclencher le mécanisme et une seconde pour l’arrêter et le remettre instantanément à zéro avant qu’il ne redémarre aussitôt. Cependant, pour quelques puristes, la fonction apparaît comme une anomalie puisqu’on ne peut pas lire le temps écoulé. Toutefois, aujourd’hui encore, des pilotes continuent de l’utiliser et plusieurs marques la proposent toujours dans leur catalogue pour offrir une complication originale et alternative au chronographe traditionnel.

Pour la petite histoire, ce cahier des charges avait été lui-même inspiré par celui des modèles réalisés pour la Luftwaffe pendant la guerre, connus principalement sous les marques Hanhart et Tutima (voir à ce sujet les travaux historiques incontournables de Konrad Knirim). Le Vixa Type 20, l’un des modèles retenus pour les pilotes français, n’est d’ailleurs, à peu de choses près, qu’un chronographes Hanhart rebaptisé !

Plusieurs maisons horlogères répondent à l’appel d’offres, présentant chacune son « interprétation » et, en définitive, quatre fabricants sont retenus : Auricoste, Bréguet, Dodane (sous les appellations Dodane, Airain et Chronofixe) et Vixa.

Mis en dotation à partir de 1954, les Type 20 équipent alors en priorité les pilotes et personnels navigants de l’armée de l’Air mais également, pour certains, ceux de l’Aéronavale et du Centre d’essai en vol (CEV). De fait, ils servent sur de  nombreux théâtres d’opérations, notamment pendant la guerre d’Indochine. Des exemplaires sont également fournis aux forces aériennes du Maroc et de l’Argentine.

Révisions et « FG »

Selon le cahier des charges, ces chronographes étaient censés bénéficier d’un entretien complet chaque année. À chaque révision, le fond devait normalement être marqué de la date de fin de garantie, abréviée « FG », à compter de laquelle un nouvel entretien était requis. La pratique s’est cependant vite éloignée de la théorie et les montres ne passaient généralement chez l’horloger qu’en cas de défaillance… Toujours est-il que la plupart des modèles soumis à cette procédure ont donc porté, sur leur fond de boîte, plus ou mois de marques de révision qui témoignent a minima de la durée de leur carrière « active », souvent proche des trente ans !

Cependant, pour les exemplaires partis dans le civil dans les années 1960-1970, il n’est pas rare que ces marques aient été effacées. Autour de 1968, l’intérêt horloger et historique de ces montres n’était guère perçu et les stigmates militaires n’avaient, de surcroît, pas bonne presse…

Le Type 20 est mort, vive le Type 20 ?

Le cahier des charges Type 20 est modernisé et durci en 1956 sous le nom Type 21, imposant la lunette à graduation horaire et laissant le quasi-monopole à la maison Dodane (sous les labels Dodane, Airain et Chronofixe).

Dans les années 1980, l’avènement du quartz a raison de cette génération de chronographes, du moins en tant qu’instruments à usage militaire. Plus précis, moins chers, les mouvements japonais et les montres à affichage numérique supplantent les modèles mécaniques et analogiques. Les maisons Auricoste, Bréguet et Dodane existent toujours et si Bréguet évolue dans les sphères élevées de l’horlogerie de luxe, la manufacture propose encore une gamme Type 20, Auricoste et Dodane concentrent leurs efforts sur le maintien de leur tradition militaire (Auricoste est, historiquement, l’horloger de la Marine nationale) en aussi des modèles assez convaincants (ici et ). Bref, l’histoire continue…

 

Quelques sources

 

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