Eberhard Scafograf 200/300 « Transition » (réf. 11706 et 126011)

Nous partîmes 200 et, par un prompt renfort, nous nous vîmes 300 en arrivant au port… La Scafograf commercialisée sous la référence 11706 est en effet un modèle de transition qui, tout en intégrant la fonction date, gagne en cours de route une habilitation à 300 mètres. Une version très étroitement dérivée, la 126011, semble arriver en fin de période pour clore le chapitre des Scafograf 200/300 de première génération.

Démocratisée jusque sur les moindres skindivers dès la première moitié des années 1960, la fonction date fait encore paradoxalement défaut aux montres de plongée haut de gamme : ni Rolex ni Omega, en particulier, ne la proposeront avant 1967 (Submariner réf. 1680 et Seamaster 300 réf. 166.024). En 1963, avec la ref. 11706, Eberhard rejoint ses concurrents prestigieux en atteignant la jauge de 300 mètres et prend donc une « longueur d’avance » en ouvrant ce guichet.

Boîtier : continuité absolue

Alors que la réf. 11545 avait inauguré le boîtier à anses lyres produit par Huguenin Frères, la 11706 conserve cette configuration, sans en changer un iota. Celui-ci, par son design enveloppant, confère à l’engin une remarquable présence sur le poignet et cela avec des dimensions très contemporaines puisque le diamètre de la carrure (hors couronne) atteint 42,5 mm.

DIMENSIONS

LHC : 42,5 mm (41 mm à la lunette).
LCC : 43 mm.
LHT : 47,4 mm.
EC : 19 mm.
EHT : 13,5 mm.

La lunette, son insert gradué et la fine couronne sont conservés tels que décrits pour sa devancière.

200 puis 300

La 11706 est-elle née « 200 » ? C’est du moins ce que suggèrent ces images extraites d’un catalogue Eberhard d’époque, lequel présente, côte à côte, trois Scafograf 200 : la 11536, la 11545 « couronne protégée » et la 11706 « couronne protégée calendrier » :

L’exemplaire ci-dessous, partagé par un collectionneur sur le forum Orlogi e Passioni en 2023 atteste de son existence en chair et en os :

Un autre exemplaire, proposé à la vente chez The Vintageur, la confirme. On y trouve au passage le même genre de vieillissement du radium sur les aiguilles et index et les photos disponibles permettent de scruter le fond de boîte, lequel annonce une jauge à 300 mètres, contrairement à ce qu’indique le cadran… Autre détail remarquable : alors que tous les cadrans, depuis la réf. 11535, portent à six heures la mention SWISS MADE répartie de part et d’autre du triangle à l’intérieur du chemin de fer, cette version porte une simple mention SWISS centrée à six heures au bord extérieur du cadran. Last but not least, le cadran de deux exemplaires est « plat », ce qui signifie que les index ne sont ni emboutis ni appliqués mais simplement matérialisés par des zones dépourvues de laque noire.

Fond de boîte

La gravure de la face externe du fond de boîte n’appelle pas de commentaire particulier. Tout juste notera-t-on que, comme on l’a déjà suggéré, les mentions 200 M. et 660 FT sont remplacées par 300 M. et 990 FT… Côté intérieur, il est intéressant, en revanche, de souligner que si tous les fonds portent la signature Eberhard, la mention MODELE DEPOSE et la référence, tous ne sont pas estampillés du logo Huguenin Frères (ci-dessous, à droite).

Cadrans : ouverture du guichet

De facto, le cadran doit s’adapter à l’apparition du guichet de date à trois heures. A cette occasion, pour les versions « 300 » classiques, les cadrans « plats » disparaissent et seuls demeurent les cadrans emboutis (ci-dessous, à gauche) et à index rapportés (ci-dessous, au centre).

Par ailleurs, nous sommes encore au début des années 1960 et la matière assurant la luminescence est encore le radium mais les exemplaires les plus tardifs portent (ci-dessus, à droite) un T discret, un peu avant cinq heures, témoignant de l’usage du tritium — qui remplace le radium dans toute la production horlogère à partir de 1963-1964.

Quant au guichet à trois heures, de forme trapézoïdale, il laisse apparaître la date en noir (chiffres impairs) ou en rouge (chiffres pairs).

Mouvement d’origine Ebel

En proposant désormais cette fonction date, Eberhard doit aussi abandonner le calibre 11500 dérivé d’un Felsa et opte pour un mouvement issu de la manufacture Ebel : le calibre 214. Ce mouvement, assez peu répandu, est le fruit d’une coproduction qui engageait aussi Girard-Perregaux (calibre 32), Zodiac, Doxa et quelques autres, sur la base d’un mouvement A. Schild à remontage manuel, le calibre 1887, auquel un module automatique a été greffé.

Sur les Eberhard Scafograf, on le trouvera sous la référence 260-13 et des dérivés.

La mystérieuse référence 126011

On ne saurait clore cet article sans faire une courte allusion à la réf. 126011. Le seul exemplaire rencontré porte les mêmes caractéristiques que la réf. 11706 à deux exceptions. La première est le numéro de référence tamponné sur la face intérieure du fond de boîte ; la seconde est la présence d’un cadran et d’aiguilles qui, au vu des photos présentées, ne sont pas dorés. On notera enfin la présence du T pour tritium. S’agirait-il d’une sorte de prototype ?

Ami lecteur, si vous avez des informations à propos de cette mystérieuse référence, elles seront chaleureusement accueillies 😉

En conclusion…

La Scafograf 300 réf. 11545 apparaît, en définitive, comme une version de transition : sur la base stylistique établie à l’origine de la généalogie, elle cède rapidement la place à une nouvelle référence, la 26013, dotée notamment d’un cadran redessiné et d’une nouvelle combinaison d’aiguilles. En cela, son remplacement ne clôt pas seulement un chapitre de cette saga : il fait passer de l’époque des plongeuses dites « primitives » à celle des « modernes »…


Références

3 commentaires sur « Eberhard Scafograf 200/300 « Transition » (réf. 11706 et 126011) »

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