Chronos 10-20 ATM (2/2) : abécédaire de la « famille Aquaplunge »

Après une revue détaillée sur le chronographe Rotary Aquaplunge, suite de notre saga avec sa famille éponyme. Nous avons ici réuni, sous forme d’abécédaire, un maximum de chronographes 10-20 ATM produits sur ce modèle, en tentant de mentionner leurs éventuelles déclinaisons, commercialisées du milieu des années 1960 au début des années 1970.
Par @thepatinaboy et @fredchrono

Le chronographe Aquaplunge aurait été décliné, dans sa version la plus « pure » (cadran all black, aiguilles des heures/minutes segmentées, trotteuse en losange et indices trapézoïdaux), par au moins dix-neuf marques (Rotary compris) : Ascot, Baylor, Cupillard Rieme, Difor, Jaquet-Droz, Lanco, Lator, Le Cheminant, Le Phare, Marvin, Musette, Nivor, Pallas, Potens, Sparewa, Sultana, Temporis, WS. Nous appellerons ces modèles les sœurs jumelles. Les demi-sœurs désigneront celles qui présentent un cadran à compteurs blancs (« reverse panda » ou « pingouin ») et la catégorie des cousines, enfin, regroupera les variantes plus éloignées du modèle originel par le recours à des aiguilles ou des cadrans différents.

Les soeurs jumelles
1. AscoT

Il y a deux versions de l’Ascot « Olimpico » (nul rapport avec la Girard-Perregaux Olimpico, si ce n’est la même volonté d’associer le modèle au prestigieux événement sportif) : une avec un logo « sans couronne », équipée d’un calibre Valjoux 92, et une avec le logo couronné, animée par un Landeron 148. Ce logo rappellera au passage ceux des Pryngeps et des Airain. Pour le reste, ces Ascot sont identiques au chrono Aquaplunge de Rotary. Aucune information sur cette marque suisse, laquelle n’a pas de rapport avec les actuelles Ascot produites par la maison allemande Krippl-Watches avec des mouvements chinois.

2. BAYLOr

Baylor est le nom de marque donné aux montres manufacturées en Suisse par Heuer pour Zales (un Joailler américain de Dallas). La maison a aussi produit sa version du chrono Aquaplunge avec un Landeron 149 et un boitier 15 ATM.

3. Cupillard Rieme

Peu connue, la marque Cupillard Rieme était établie à Morteau (Jura). En 1978, la société s’associe à Herma et Lov pour créer le groupe Framelec. Puis, trois ans plus tard, le groupe rejoint Matra à la même époque que Yema, Jaz, Uti et Bayard. Son histoire se terminera sous la vague des montres japonaises à quartz…

Cupillard Rieme a sorti un chronographe 20 ATM à cadran noir, muni du calibre Landeron 149.

4. Difor

Né à Besançon dans les années 1940-1950, Difor (pour Diffusion horlogère) était un assembleur français qui commercialisa sous différentes marques : Difor, Difor Besançon et Difor Suisse. Difor a emboîté des mouvements français et suisses jusqu’en 1982, date à laquelle la société se fera partiellement racheter par Maty.

La sœur plongeuse la plus répandue après la Rotary est probablement celle-ci. Elle possède les mêmes caractéristiques que la Rotary, jusqu’au mouvement Valjoux 92. Le sublime exemplaire ci-dessous, vendu par Rarebirds.de, montre au passage que certains exemplaires connaissent un phénomène de « tropicalisation » qui donne au cadran, au fil du temps, une teinte de caramel brûlé. Miam !

Toutefois, certaines versions sont dotées d’une lunette portant à douze heures un triangle à la place du point.

5. Jaquet-Droz

La marque Jaquet-Droz remonte au XVIIIe siècle mais elle a connu plusieurs éclipses. En 1960, la marque fut exhumée par un consortium Suisse produisant des plongeuses et des chronographes (l’Aquaplunge chronographe en question est de cette époque, on remarque le logo en flèche de Jaquet-Droz typique de cette période) avant d’être balayée par la révolution du quartz. La marque a ensuite été rachetée en 2000 par le Swatch Group.

Sur Chronographes.net

Découvrez l’histoire de la marque

Parmi les chronographes commercialisés à l’époque, le 20 ATM sort en pleine conformité avec la « matrice » Rotary, animé d’un Landeron 149 joliment fini.

6. Lanco

Nous présentons maintenant le chrono-diver de la marque Lanco réputée pour sa fameuse Barracuda (ci-dessous, à droite).

Émanation de la Langendorf Watch Company, la marque Lanco fut lancée en 1950, avant d’être rachetée en 1965 par la Société suisse pour l’industrie horlogère SA (SSIH), ancêtre de l’actuel groupe Swatch.

Sur Chronographes.net

Découvrez l’histoire de la marque

7. LATOR

La Lator a été lancée avec le calibre Landeron 149 mais il existe aussi des exemplaires équipés du Landeron 248 ainsi que du Valjoux 92. Certains se distinguent non seulement par le mouvement mais aussi par l’usage d’une couronne vissée proéminente et terminée par un dôme, type Yema Superman (sous réserve qu’il ne s’agisse pas d’un remplacement postérieur).

8. Le Cheminant

Le Cheminant était une maison de joaillerie britannique créée en 1847 qui a diversifié son activité dans l’horlogerie, jusqu’à fournir la Royal Navy en chronomètres de bord. À la fin des années 1950, la marque est rachetée par Gordon et Iris Betts en lien avec une chaîne de boutiques de bijoux qui sert de réseau de distribution pour assurer son développement. Grâce au volontarisme et au réseau de relations en Suisse dont dispose Gordon Betts, Le Cheminant est distribué au Royaume-Uni via une quantité de points de vente, notamment dans le sud du pays, avec une boutique principale Wigmore Street à Londres. L’aventure fut prospère jusqu’à la vente de la société à Mappin & Webb, à la fin des années 1970. Elle existe toujours mais son activité est devenue quasiment confidentielle.

Le Cheminant a donc proposé une version all black pourvue du mouvement Valjoux 92. Celle-ci a pris le nom de Master Mariner. La publicité de l’époque montre qu’en 1967 le prix d’une Master Mariner Chrono était de 22 livres Sterling, ce qui représentait l’équivalent de deux semaines de salaire moyen en Angleterre. Il ne s’agissait pas d’une montre de luxe.

9. Le Phare

Originellement fondée en tant que manufacture horlogère, la maison Le Phare fut fondée en 1888 au Locle par Charles Barbezat, qui donnera plus tard naissance à la gamme de montres Jean d’Eve. En position importante au sein de la communauté horlogère de la fin du XIXe siècle, récompensé de trois médailles d’or aux expositions mondiales en 1889, 1896 et 1906, Le Phare est devenu un assembleur.

Cette marque a commercialisé le chronographe 20 ATM en version all black et pingouin, en l’équipant de divers calibres : Landeron 154 et Valjoux 92. On notera la trotteuse lollipop sur la seconde photo, sans conclure qu’elle est ou non d’origine.

10. MARVIN

La Marvin Watch Company est fondée en 1850 par Marc et Emmanuel Ditisheim à Saint-Imier (Suisse) mais déménage en 1894 à La Chaux-de-Fonds. L’année suivante, Henri-Albert Ditisheim prend les rennes de la société et concentre l’effort commercial sur le marché américain. En 1912, la maison simplifie son nom pour s’appeler Marvin « tout court » et commence, en plus d’utiliser des calibres Rolex, à produire ses propres mouvements. En 1976 Marvin intègre le groupe MSR, avec Revue Thommen et Vulcain. Cependant, le virage du quartz ayant été mal négocié, Marvin s’éteint dans les années 1980 et passe plus d’une vingtaine d’années dans les limbes avant de réapparaître en 2007 comme producteur de montres de gamme moyenne-supérieure tournant sur des mouvements ETA et Valjoux.

Sous cette marque Marvin, le chronographe 20 ATM gagne une « étoile » supplémentaire avec un superbe fond personnalisé et un calibre Landeron 149 signé sur le pont. On notera aussi une trotteuse sans losange.

11. Musette

La marque Musette a été créée en 1917 à La Chaux-de-Fonds par Henri-Robert Guy (on retrouve certains cadrans d’autres modèles avec une double marque Musette-Guy Robert). Il s’agit d’un des nombreux emboîteurs disparus après l’invasion du quartz (la marque fut radiée en 1985).

Le chronographe 20 ATM s’appelle « Resist » et tourne avec un calibre Valjoux 92.

12. Nivor

Son chronographe 20 ATM utilise le mouvement Valjoux 92 et se distingue par un fond signé et une lunette où le point lumineux à douze heures est remplacé par un triangle.

Les informations sur la marque Nivor son quasi inexistantes. Il s’agit d’une marque Suisse basée à la Chaux-de-Fonds qui aurait produit surtout des montres habillées en or en ayant recours à des mouvements Felsa principalement (dont l’avant-gardiste Bidynator, à masse oscillante à captation d’énergie bidirectionnelle).

13. Pallas

Peu d’informations existent sur la marque Pallas. Il semblerait qu’elle ait appartenu à F. & P. Dreyfus, Fabrique Pallas, société enregistrée à La Chaux-de-Fonds en 1903. On retrouve parfois des cadrans marqués Stowa et Pallas, conséquence d’un rapprochement entre la marque allemande et le groupe de coopération horloger Pallas (avec PaRa de Paul Raff, Arctos de Hugo Weinmann, Equisit et Ormo). Il s’agit potentiellement d’un dépoussiérage de la marque suisse par un consortium allemand comme cela a été le cas pour Jaquet-Droz.

Le chronographe 15 ATM de Pallas, à l’image de la Rotary, abrite un calibre Landeron 149.

14. Potens

On appréciera ce logo qui fait penser à une combinaison du lettrage étendu de Pontiac et du blason/bouclier de Tudor. La marque Potens, plus connue pour sa skin diver datée à boîtier Squale (photo de droite) apparaît en 1954 dans le giron de la maison horlogère espagnole Industrial Marti di Relojeria SL, laquelle était originellement fabricant de montres de poche. Vecteur de la diversification du groupe sur le marché de la montre-bracelet, Potens développe ensuite un département d’approvisionnement en pièces de remplacement pour l’industrie horlogère. La marque a passé le cap de l’ère du quartz et continue de produire à Barcelone des montres d’entrée de gamme.

15. Sparewa

Sparewa est une marque des années 1970 établie à Lengnau (Berne) en Suisse. Elle produit alors des montres très dans l’air de son temps, plaqué or et dans un style plutôt géométrique. Sa version du chronographe 20 ATM, mû par un calibre Landeron 149, se distingue par une imposante couronne vissée à dôme comme on en rencontre sur certaines versions de la Lator. On nottera aussi que la peinture des inscriptions du cadran (logo, marque, échelle tachymétrique etc..) n’est non pas blanche mais chromée contrairement à ses autres soeurs.

16. SULTANA

Sultana est fondée en 1937 à la Chaux-de-Fonds par Paul-Gaston Schwarz, dont la famille est aussi connue pour les mouvements Venus et la marque Astin. Sultana a gagné de nombreux prix dont le Grand Prix à l’International de Thessalonique (Grèce) en 1939. La société fusionne avec Le Phare en 1950 pour devenir Le Phare-Sultana SA.

SULTANA, chronographe, cal Valjoux 92, circa 1965

Les deux marques étaient basées dans la même ville et étaient dirigée par des membres de la famille Schwarz. Bien que fusionnées sous le même étendard, les deux marques opéraient indépendamment l’une de l’autre mais partageaient souvent un même stand aux foires horlogères.

Dans les années 1960, Sultana utilise aussi le nom de marque Carsis sur certains marchés. La marque Sultana n’était pas spécialement mise en avant dans la nouvelle entité fusionnée jusqu’à l’acquisition en 1991 de Le Phare-Sultana SA par la maison Renley (Hong-Kong). Renley devint ensuite Free Town, qui possède en plus de Le Phare-Sultana, des marques comme Temporis, Buler, Jean d’Eve et bien d’autres.

17. Temporis

La marque Temporis a appartenu à la Nouvelle fabrique – Le Phare SA / C. Barbezat-Baillot, enregistrée au  Locle et à La Chaux-de-Fonds dans les années 1960, avant d’être rachetée par la marque chinoise Free Town Watch. Des montres Temporis d’entrée de gamme (à mouvements japonais principalement quartz) sont ainsi toujours produites, avec le même logo, dont le graphisme rappelle un peu celui d’Angélus ou de Vulcain. C’est le seul point qui distingue son chrono-diver du modèle Rotary, avec lequel il partage le recours au calibre Valjoux 92.

18. WS

La WS est probablement la plus proche de la Rotary du fait qu’en plus de partager toutes les caractéristiques esthétiques et mécaniques (Valjoux 92), elle partage aussi l’appellation Aquaplunge. La marque, inconnue, correspond probablement à l’enseigne d’un horloger-bijoutier ayant fait appel à Rotary pour personnaliser le chronographe à son nom.

Revenir à la première partie

Chronos 20 ATM (1/2) : la Rotary Aquaplunge

Les demi-sœurs « pingouin »

Plusieurs marques, parfois en complément de la version all black, ont proposé leur variante « pingouin » (ou encore « Reverse panda »), c’est-à-dire munie de registres blancs sur fond noir.

MARQUES qui ont proposé les deux CADRANS

Cette Difor, que l’on découvre ci-dessous au poignet d’un pilier du FAM, Hommemega, s’affiche en version « pingouin » avec un mouvement Landeron 148 :

Difor a également proposé une version où le registre des minutes comprend trois camemberts colorés (vert, bleu, rouge) couvrant les neuf premières minutes de compte, à l’instar des nombreux chronographes de régate qui fleurirent à la fin des années 1960. Animée par un calibre Valjoux 7733, cette version se caractérise aussi par un tritium plus blanchâtre.

Le Phare a également proposé une version « pingouin » que l’on rencontre avec trois types de mouvements : Valjoux 92, V7733, et L154.

Marques qui ont uniquement présenté la version « pingouin »

A notre connaissance, trois marques entrent dans cette catégorie : Plymouth, label suisse utilisé par Sears pour distribuer en Europe les montres américaines produites par Illinois et Roebuck, avec une jolie trotteuse lollipop, un logo en cursives et un calibre Landeron 149 ; Prisma, avec des index droits, une grande trotteuse droite et un Landeron 148 ; Rhodos, enfin, avec un Landeron 149.

Les cousines

Les marques qui suivent ont commercialisé des chronographes 10-20 ATM très proches de la Rotary Aquaplunge mais dont certains éléments (graphisme des index, aiguillage, fond de boîte) dérogent au modèle d’origine.

LES AIGUILLES EN CRAYONS FINS : LE PHARE, Astrolux, VINTAN

Les chronographes Aquaplunge n’ont pas toujours d’épaisses aiguilles de type crayon segmentées. Certaines se trouvent avec des aiguilles plus fines, comme l’illustrent au moins les trois références répertoriées ci-dessous.

Inconnue au bataillon, la marque Astrolux brille au moins par l’assemblage de cette version du chronographe 20 ATM dotée d’un jeu d’aiguilles un brin différent, qui lui donne une allure plus militaire, et mue par un calibre Valjoux 92. Dans le même style d’aiguilles crayon (et de lunette à marqueur triangulaire) s’illustre la Vintan au Valjoux 92 des années 1960. La particularité de celle-ci est qu’elle est la seule de notre inventaire, avec la Potens, à ne pas être suisse. Il s’agit, en effet, d’une maison italienne fondée en 1948 à Pérouse (et qui continue en 2020 à produire des montres d’entrée de gamme avec des mouvements Miyota). La troisième marque présente dans cette section est Le Phare, que nous commençons à désormais bien connaître…

LES AIGUILLES EN BâTONS : Baylor et Duval

Baylor a produit de jolis chronographes et distribué en co-branding des chronographes Heuer. Si la marque a produit une sœur de l’Aquaplunge, son chrono-diver se trouve plus communément avec un cadran et des aiguilles différents, toujours mû par un calibre Landeron 149.

Cette version du chronographe 20 ATM Baylor se distingue en effet par un jeu d’aiguilles spécifiques en bâtons, ainsi qu’un cadran à index rectangulaires. On le trouve tantôt avec une trotteuse classique, tantôt avec une trotteuse lollipop.

Duval, marque confidentielle, à l’instar de Baylor, propose une version à aiguilles bâtons et index droits assortis d’une trotteuse lollipop.

Conclusion

En définitive, cette grande famille, élargie aux proches cousines, représente un joli potentiel de collection. La variété des marques et des versions, souvent confidentielles, avive l’intérêt de la recherche, laquelle n’exclut nullement l’éventualité d’autres découvertes.

Il est même probable que, dans cet inventaire, nous soyons passés à côté d’une marque ou d’une version. Aussi sommes-nous, évidemment, très preneurs d’informations qui permettront d’agrandir la famille !

Le cas échéant, n’hésitez pas à nous adresser un message :

Bonus

Au rayon « Bêtisier », nous avons trouvé un exemple de chronographe Aquaplunge affublé d’un surprenant logo Heuer… et si nous n’avons guère de doute sur le fait que ce modèle doit plus au talent d’un apprenti cadranier un brin escroc qu’à celui de la grande marque horlogère (opinion partagée par Jeff Stein, le fondateur de On The Dash).

Références

2 commentaires sur « Chronos 10-20 ATM (2/2) : abécédaire de la « famille Aquaplunge » »

  1. Je recherchais depuis longtemps une Aquaplunge, j’avais loupé de peu un exemplaire sur le CDA de Chrono.
    A l’époque, elle était plus abordable. Coup de chance, fin 2020, j’ai pu acheter une Marvin en très bon état cosmétique et révisée. Moi qui croyait avoir déniché une cousine, j’ai en fait déniché une soeur jumelle !!!

    Un ENORME MERCI et FELICITATIONS pour votre article sur cette Saga des Aquaplunge et dérivées. Une mine d’informations agrémentées de très belles photos.

    Aimé par 1 personne

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