Votre collection de montres mécaniques

L’un des objectifs de ce site est de contribuer, à son modeste niveau, à faire aimer les montres pour autre chose que leur vocation utilitaire, somme toute limitée : pour leur esthétique, leurs qualités mécaniques, leur histoire horlogère, familiale, militaire… bref, pour toutes ces sortes de raisons qui en font des objets à la fois si courants et si uniques.

C’est à ce titre que nous nous écartons, le temps d’un article, des montres vintage auxquelles ce site est voué, pour rendre compte d’un livre publié il y a peu par Nicolas Esposito et sobrement intitulé Votre collection de montres mécaniques (éd. Eyrolles). L’ouvrage est en effet essentiellement illustré de productions contemporaines mais son thème est la collection.

L’auteur, enseignant-chercheur dans le domaine de l’expérience utilisateur, étudie « la manière dont les choses sont conçues, réalisées et utilisées ». Il théorise le sens pratique, en quelque sorte. Son profil scientifique explique sans doute le caractère atypique et un peu déroutant de l’ouvrage. Dans un domaine essentiellement marqué par la passion, le coup de cœur, Nicolas Esposito s’est lancé un défi impossible : modéliser des structures de collections et des stratégies et méthodes d’acquisition en fonction de différents critères, illustrés par des modèles censés former un exemple de sélection.

Le résultat pourra intéresser et donner quelques pistes à un débutant, au prix de beaucoup de rappels de simple bon sens mais avec un effort pour faire le tour de toutes les questions à se poser pour aborder le sujet. Nous devons en revanche avouer que le livre n’apportera pas grand-chose à un collectionneur un peu aguerri qui a, normalement, soit intégré ces bonnes pratiques soit délibérément choisi de les ignorer pour, en définitive, faire primer l’instinct et le plaisir. L’ouvrage n’est d’ailleurs pas recommandé à ces derniers !

L’un des intérêts du livre est qu’il collecte plusieurs interviews : le designer Éric Giroud, des acteurs de l’industrie horlogère parmi lesquels notre ami Étienne Malec, fondateur de la marque Baltic ou encore Giovanni Moro, co-géniteur d’Unimatic, des collectionneurs… Ces entretiens intercalés ramènent une touche d’humanité dans un exercice qui aurait relevé, sans cela, de la démonstration implacable au point que le titre aurait alors été Votre Collection mécanique de montres.

Nicolas ESPOSITO, Votre Collection de montres mécaniques, éd. Eyrolles, 2018.

Au final, un débutant soucieux de bien faire ses devoirs avant de se lancer dans le remplissage de sa « boîte de six » à base de montres contemporaines trouvera dans l’ouvrage des points de repère intéressants pour lui éviter quelques erreurs. Le passionné venus aux montres par le cœur, les sens et les tripes pourra passer son chemin…

Nicolas ESPOSITO, Votre Collection de montres mécaniques – Une sélection de modèles à combiner selon vos usages, éd. Eyrolles, 2018. 208 p., 30 €.

Christie’s joue à Skipper gagne

Le 12 novembre dernier, se tenait une vente de montres rares et importantes organisée à Genève par la maison Christie’s. Parmi les lots, le numéro 118 a attiré l’attention de Jeff Stein et l’équipe du site On The Dash. Il s’agissait d’un rarissime chronographe Heuer Carrera : la première version du type Skipper (réf. 7754), lancée en 1968 pour honorer les vainqueurs de l’America’s Cup 1967. Une montre iconique, de grande valeur, racontée en détail sur OnTheDash.

Estimée entre 25 000 et 45 000 francs suisses (22 000 à 39 000 euros), cet exemplaire était présentée au catalogue par une simple photo de face. Le problème est que d’autres photos de la montre, obtenues sur demande, ont révélé que l’image du catalogue avait été amplement retouchée pour dissimuler les quelques défauts de l’objet : les cornes un peu ébréchées et les taches sur le cadran ont été tout bonnement maquillés, effacés.

Interrogé sur le caractère évidemment trompeur de l’image, Christie’s a plaidé « l’erreur » dans la production du catalogue et promis d’ajouter une mention dans la salle de vente en ligne. Une « erreur » ? L’embarras de Christie’s et cette réponse peu convaincante n’a pas tardé à faire le tour de la communauté.

Pour tout savoir sur cette affaire, rendez-vous donc sur OnTheDash.

En définitive, la montre a été adjugée pour 43 000 francs suisses, soit 53 750 francs suisses frais compris. Ces frais, justement, rémunèrent le travail des maisons de ventes, dont la fonction est d’apporter un service au vendeur — valoriser son bien en le rendant visible en « bonne compagnie » — mais aussi à l’acheteur — lui garantir qu’il enchérit sur un bien de qualité et décrit de manière sincère. Inutile de dire que, entre la réputation sulfureuse d’Anquorum et cette affaire chez Christie’s, la confiance est sacrément écornée et il faudra davantage qu’un peu de Photoshop pour lui rendre son intégrité.

D’ici là, saluons le travail de Jeff Stein et, au-delà, de tous les grands experts et passionnés qui assurent, devant le « temple », une garde vigilante !

Rebelote chez Bonhams

Mise à jour : à peine l’encre virtuelle de cet article a-t-elle eu le temps de sécher que Carlos S. signale sur Chronocentric un arrangement similaire avec la réalité, là encore sur un chronographe Heuer Skipper, et cette fois-ci dans le cadre d’une vente programmée ce mois-ci à Hongkong, chez Bonhams. La montre est ici. et la confrontation avec les vraies photos de la montre est assez édifiante. Peu à peu, on comprend mieux pourquoi les frais sont si élevés : ils servent moins à rémunérer le travail des experts chargés de contrôler les pièces qu’à payer des armées de graphistes pour trafiquer les photos…

Les lunettes en bakélite sont-elles vraiment… en bakélite ?

Nombreuses sont les montres de plongée des années 1950 à 1970 équipées de lunettes tournantes. Souvent, ces lunettes disposent d’un insert réputé en bakélite, sauf que…

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Pourquoi les montres destinées au marché américain ont-elles parfois moins de rubis ?

Vous avez peut-être déjà observé que que les mouvements marqués « 24 rubis » passent mystérieusement à 17 rubis lorsqu’ils sont montés sur des exemplaires exportés aux États-Unis. Voici pourquoi.

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Faut-il impérativement mettre à l’heure sa montre en tournant les aiguilles dans le sens horaire ?

Il est 8 heures 12, vous êtes déjà en retard et la montre que vous avez choisie aujourd’hui s’est arrêtée sur 8 heures 32. Est-il imprudent de simplement la retarder de vingt minutes plutôt que de faire faire aux aiguilles des tours de cadran ?

D’une manière générale, il est admis que, pour une montre sans date, il n’y a pas de contre-indication à actionner les aiguilles dans les deux sens. Lorsque la fonction date est présente, il convient en revanche d’être plus attentif si l’aiguille des heures se trouve dans la zone où s’enclenche le passage de date (pour compter large : à partir de 9 heures). Dans ce cas, entraîner le mécanisme à rebours peut avoir de fâcheuses conséquences et il est donc alors recommandé d’assumer quelques tours de couronne supplémentaires…

Inversement d’ailleurs, lorsque la montre possède la fonction « date rapide », c’est-à-dire lorsqu’elle équipée d’un cran intermédiaire permettant d’entraîner directement le disque de date au lieu d’être obligé de parcourir vingt-quatre heures, il est fortement conseillé de positionner les aiguilles loin de minuit, entre 5 h 20 et 7h40 pour éviter tout « conflit d’engrenages » susceptible de causer des dommages.

D’autres questions (pas) bêtes ? N’hésitez pas à les poser, cette rubrique est faite pour ça ! Pour cela, rendez-vous sur la page A propos, où vous attend le formulaire de contact.

Ce week-end, je ne serai pas à Mer et j’en suis amer…

La 13e Bourse horlogère de Mer se déroule ce week-end. Salut à ceux qui vont y aller… je vous y souhaite de belles découvertes ! J’aurais aimé être des vôtres mais ce sera pour la prochaine fois…

INFORMATIONS PRATIQUES :

C’est quand ? Samedi 26 mars de 14:00 à 19:00 et dimanche 27 mars 2015 de 10:00 à 17:00.
C’est où ? Halle aux grains 41500 Mer.
C’est combien ? L’entrée est à 3 € par personne (gratuite pour les étudiants et les moins de 16 ans).

Renseignements :
. Téléphone : 02 54 81 70 91 ou 03 81 82 26 74.
. Courriel : bourse.de.mer41@orange.fr
. Facebook : www.facebook.com/bourse.horlogere

Parmi les vieux clous…

Bientôt les vacances… L’occasion d’une petite histoire en guise de récréation.

Il y a quelques semaines, est apparu sur eBay une annonce comme il y en a fréquemment, proposant à la vente, au prix de départ de 15 euros, un lot de 39 montres qui n’avaient, à l’évidence, vu ni le jour ni le plumeau depuis plusieurs décennies. Regardant la photo de plus près, j’ai l’œil attiré par un gros chronographe, dans le coin supérieur gauche. Une deuxième photo confirme mon impression : au milieu des vieux clous se trouve, manifestement éprouvé mais sans doute d’autant plus authentique, un chronographe Hanhart datant de la Seconde Guerre mondiale, le fameux chronographe monopoussoir des pilotes de la Luftwaffe.

En savoir plus : Chronographe Hanhart cal. 40

Mon cœur s’emballe, je surveille la vente comme le lait sur le feu. Les prix s’emballent aussi, preuve que je ne suis pas le seul à avoir repéré la pépite. Peu avant la fin, j’assène une enchère au maximum de mes possibilités du moment. Elle sera malheureusement insuffisante et le lot partira, finalement, à un prix légèrement supérieur qui aura probablement assuré à l’acheteur, sauf mauvaise surprise à l’arrivée, une sacrée bonne affaire… Félicitations à lui ! (Grrrrrrr…)

À l’heure où les collectionneurs sont parfois tentés de penser que le temps des pépites dénichées au détour d’une brocante voire d’une vente en ligne est révolu, puisse cette courte histoire montrer que les découvertes sont encore possibles et que des trésors sont encore accessibles à ceux qui savent combiner curiosité, persévérance, acuité, réactivité et un minimum de moyens…