Enicar

Découvrez l’histoire de cette marque…

Bien que la famille Racine soit présente dans la profession depuis 1708, c’est Ariste (et non Aristide, comme on le lit parfois) Racine qui,  en créant sa manufacture en 1913 à La Chaux-de-Fonds, installera son nom dans l’histoire de l’horlogerie suisse.

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ENICAR. Publication de l’inscription au registre du commerce, 24 janvier 1914.

Enfin quand je dis son nom… il s’agit en fait de son nom à l’envers car ce facétieux Ariste décide d’inverser les lettres de son patronyme pour fonder la maison Enicar…

 

L’ère Ariste « senior »

Son activité se déploie d’abord en Asie, et notamment au Japon, où il entretient des liens de confiance avec l’importateur, un certain M. Tezohdo. Avec l’appui financier et le soutien de ce dernier, il parvient à financer la création de modèles originaux, tels qu’une montre « patriotique » figurant un visage d’homme politique sur son cadran (gros succès en Russie) ou encore une pratique une montre-boussole pour les militaires…

L’essor rapide de la maison Enicar la pousse à déménager. Elle s’installe donc dans de vastes locaux à l’allure plus industrielle à Longeau, commune voisine de Granges (Nivada), où sont créés les premiers mouvements Enicar, signés « AR » (pour Ariste Racine).

 

Dans le même temps, les débouchés se diversifient et les montres de M. Racine s’exportent également sous les noms Alprosa et Chrono M aux États-Unis. D’autres marques sont utilisées, telles que Etsira (Ariste à l’envers… on ne se refait pas !).

Quant à Jules Racine, s’il est cousin d’Ariste, n’a pas pour autant de lien « horloger » avec Enicar puisqu’il est importateur des montres Gallet. Les montres Jules Racine, que l’on rencontre parfois, ne sont donc pas des Enicar rebadgées…

 

Ariste « junior » : une nouvelle page

Ariste « senior » meurt en 1958 mais son fils, Ariste « junior », lui succède formellement dès 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne laisse que des traces discrètes de contacts avec les Britanniques et se tient à une politique d’abstention dont bien des maisons horlogères ne s’embarrassent pas, fournissant tant les forces Alliées que celles de l’Axe.

Il faut attendre les années 1950 pour qu’Ariste Racine donne un nouveau souffle à la marque, en l’orientant vers des produits dédiés au sport et à l’aventure et en dotant Enicar de ce logo représentant Saturne, maître du Temps dans la mythologie romaine, qui est encore en usage aujourd’hui.

Son premier fait d’armes est la mise au point d’un procédé innovant pour nettoyer les pièces des mouvements aux ultrasons avant leur montage. Baptisé Ultrasonic, ce procédé donnera son nom à une gamme lancée dans les années 1950. Enicar y applique également des choix techniques intéressants en matière d’étanchéité.

enicar2520everest25202C’est un événement historique qui marque cependant le tournant. En mai 1956, Lhoste Mountain et l’Everest sont vaincus par une expédition dont les membres ont le bon goût de porter une Enicar Seapearl. Voilà la marque suisse propulsée, d’un coup d’un seul, sur le Toit du monde et à la une des médias …

Cette géniale opération de marketing (dont d’autres marques étaient déjà coutumières : Rolex bien sûr, mais aussi Nivada avec son Antarctic, par exemple) se transforme en tremplin commercial et la marque Enicar poursuit sur cette lancée. Ainsi, une montre Enicar, fixée à la quille du Mayflower afin de tester sa robustesse lors d’une traversée de l’Atlantique, ressort de l’eau en parfait état de marche, donnant naissance à la gamme Ocean Pearl (mouvement AR 1140)… L’aventure himalayenne reste cependant le principal point d’ancrage de la politique marketing d’Enicar pendant des années, avec la création de la gamme Sherpa.

En matière mécanique, la manufacture développe toujours ses mouvements et sort ses premiers calibres à remontage automatique en 1962 (gammes 112x et 114x), sous le nom « Rubirotor ». Cependant, à peine quelques années plus tard, Enicar abandonne — comme quelques autres tels que Universal Genève — la production de ses propres mouvements pour privilégier désormais les fournisseurs génériques. Mouvements AS et Valjoux succèdent aux « AR » et les modèles gagnent en compétitivité ce qu’ils perdent en spécificité.

Du côté des plongeuses, Enicar privilégie l’utilisation des boîtiers Super Compressor (EPSA) à double couronne, et parvient à allier, sans vraiment d’équivalent à l’époque sur ce type de modèle, la qualité technique et la créativité du design.

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Du côté des chronographes, Enicar ne jure très vite que par le prestigieux Valjoux 72 et livre une série impressionnante de modèles dédiés tantôt à la course automobile, tantôt aux sports nautiques, sans négliger non plus les versions GMT.

La collection Døgen : un musée virtuel

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(Parenthèse personnelle.) Døgen est à Enicar ce que le regretté Noodia fut à Heuer et Universal Genève : un collectionneur très averti doublé d’un esthète hors pair. C’est en consultant les comptes Flickr de l’un et de l’autre que j’ai, je crois, connu parmi mes premiers grands chocs horlogers et vu naître le besoin impérieux d’approcher ces objets de plus près, de les mettre devant objectif et de les capturer de mon mieux.  Cette page est aussi une occasion de rendre hommage à leur talent et de les remercier pour ce qu’ils ont éveillé en moi. (Fin de la parenthèse personnelle.)

 

Enicar, comme bien d’autres, connaît donc son apogée dans les années 1960. La suite est moins gaie : si les années 1970 sentent le déclin, les années 1980 sentent carrément le sapin. L’arrivée du quartz fait des ravages et Enicar n’échappe pas à la crise. En survie pendant quelques années, la manufacture dépose le bilan en 1988. Le stock de mouvements est cédé à Chronoswiss et le nom est racheté par un investisseur asiatique qui poursuit l’aventure avec des modèles bien éloignés de l’esprit d’origine — bien que l’origine suisse soit explicitement revendiquée.

Reste donc aujourd’hui de très nombreuses merveilles issues des heures de gloire. Découvertes sur le tard par les collectionneurs (hormis quelques amateurs éclairés et précurseurs), les montres Enicar sont désormais au firmament. N’est-ce pas d’ailleurs Saturne qui brille, là-haut ?

 

Références

2 commentaires sur « Enicar »

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