Wittnauer

Découvrez l’histoire de cette marque…

L’histoire de Wittnauer est celle de l’accomplissement du « rêve américain » pour une famille suisse émigrée à New York. Elle débute aux deux tiers du XIXe siècle, lorsqu’un horloger suisse du nom d’Eugène Robert, décide de traverser l’Atlantique pour y importer des montres. L’affaire se développe et motive son beau-frère, le jeune Albert Wittnauer, à faire également le voyage.

WITTNAUER AlbertAlbert débarque à New York en 1872. Il n’a que seize ans et commence à travailler en tant qu’agent, notamment pour les maisons Agassiz, Audemars-Piguet, Longines et Angelus. Avec l’aide de Louis, son frère cadet venu le rejoindre en 1874, Albert Wittnauer se met en tête de concevoir des montres offrant la qualité et les fonctions demandées par la clientèle américaine, mais produites aux États-Unis afin de limiter les droits de douane, à partir de composants d’origine suisse.

Le premier modèle est produit en 1880 mais la marque Wittnauer n’est formellement déposée qu’en 1885. Wittnauer continue également à importer des montres suisses. Il travaille sa réputation auprès des navigateurs, explorateurs, astronomes et, dans la même veine, la compagnie travaille avec la Marine américaine et les pionniers de l’aéronautique. Le succès est immédiat et suscite l’arrivée du troisième frère Wittnauer, Émile, en 1888.

En 1889, Wittnauer publie sa première réclame dans l’édition du vingtième anniversaire de la revue Jewelers’ Weekly. L’annonce souligne la variété des gammes proposées par la compagnie commercialise, des basiques aux modèles à complications — chronographes et montres à répétition.

Le retrait d’Eugène Robert, en 1890, permet la constitution formelle de la A. Wittnauer Company, confiée à Albert Wittnauer, associé à Louis et Émile, ses deux frères, et à leur sœur Martha. Une véritable affaire de famille !

Au tournant du siècle, l’entreprise prospère et s’installe dans les bureaux modernes d’un gratte-ciel new yorkais. À la disparition de Louis, à quarante-et-un ans, son frère Émile prend la succession à la direction du bureau de New York. Albert et Émile Wittnauer prennent la présidence et la vice-présidence de la compagnie en 1904 mais, quatre ans plus tard, Albert disparaît à son tour à cinquante-deux ans et Émile se retrouve seul à la tête de l’entreprise. Malgré ces événements, la compagnie continue à prospérer. À la mort du dernier frère, en 1916, c’est Martha Wittnauer qui prend les rennes et devient ainsi la première femme de l’histoire à présider une maison d’horlogerie.

Aux côtés des pionniers de l’aéronautique

La marque gagne rapidement en reconnaissance. En 1926, la NBC sélectionne la maison Wittnauer pour fournir le chronométrage officiel de sa radiodiffusion mais c’est toujours dans le domaine aéronautique que la marque est le plus impliquée. Au cours de la Première Guerre mondiale, Wittnauer est rapidement référencé comme fournisseur d’instruments de bord et des montres de poignet pour les unités d’aviation. Sur le champ de bataille, les hommes plébiscitent les montres-bracelet, bien plus pratiques que les montres de poche. L’industrie horlogère helvétique s’adapte rapidement à cette évolution et confère à Wittnauer, toujours approvisionné en Suisse, un avantage évident sur le marché américain.

À l’époque, plusieurs marques travaillent à la conception de modèles résistant à des utilisations extrêmes. Dans cette veine, l’un des modèles les plus célèbres est alors probablement la Wittnauer AllProof, produite pour la première fois en 1918. Cette montre est une véritable pionnière : antichoc, résistante à la poussière, étanche, antimagnétique… elle réunit des caractéristiques techniques qui ne seront bien souvent intégrées par la concurrence qu’après la Seconde Guerre mondiale. Peut-être est-elle même la première montre dotée d’un boîtier en acier inoxydable (procédé breveté en 1921). Wittnauer communique abondamment sur ses innovations : jetée d’un avion ou de l’Empire State Building, emportée dans la jungle amazonienne ou sur les plus hauts sommets du monde, l’AllProof démontre sa résistance à toute épreuve…

Elle accompagne Jimmie Mattern dans sa tentative de tour du monde en avion (1932)

Jimmie Mattern, au retour de son épopée, fit la meilleure publicité pour sa montre :

It gives me great pleasure to advise you that my Wittnauer All-Proof Watch was my only constant companion on my ’round the world solo flight, and it survived all hardships. It is a crashproof timepiece par excellence. After my ’plane crashed and I had to wade and swim in some of the rivers it proved absolutely waterproof. It kept up a true performance when I was lost to civilization for many days. It was a sensation with the Eskimos… who considered it something super-natural. It personifies mechanical perfection heretofore unknown to me, and when I reached New York it was correct to the minute. I banged it all around. It was dropped on concrete a number of times – still it keeps ticking away. I should not have believed that such a watch could be built, but my experience has shown me that too much cannot be said about this wonderful All-Proof timepiece which I recommend for hard usage.

L’AllProof sera fréquemment mise en dotation dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale et, trente-quatre ans après l’aventure de Jimmie Mattern, elle entrera dans l’histoire une deuxième fois, au poignet droit de Neil Armstrong : le 16 mars 1966, au lancement de la mission Gemini VIII, le plus fameux astronaute de tous les temps ne porte pas seulement sa Speedmaster de dotation : à l’autre poignet, c’est l’AllProof de l’aventurier qui l’accompagne.

D’autres modèles de la marque sont associés à l’essor de l’aéronautique :

  • En 1927, Wittnauer commence à produire une montre de navigation à l’usage des aviateurs. Ce modèle était né d’une conversation entre le commandant P.V.H. Weems, spécialiste de la navigation aérienne, et l’horloger de la maison Wittnauer, J.P.V. Heinmuller. Ce dernier, amateur d’aéronautique, était alors le chronométreur officiel de l’Association aéronautique nationale des États-Unis et le responsable du développement de la gamme de montres et instruments de bord dédiés à l’aviation.
  • En 1928, la « Course contre la lune » permet au capitaine Charles B.D. Collyer et à John Henry Mears de faire le tour du globe en avion et bateau en vingt-quatre jours, devançant la lune de trois jours. Tout deux utilisent des montres Wittnauer durant leur périple.
  • En 1932, Amelia Earhart, cinq ans après Lindbergh, est la deuxième personne et la première femme à accomplir la traversée de l’Atlantique en solo à bord d’un Lockheed Vega-5B équipé d’instruments Wittnauer.
  • En 1937, l’excentrique milliardaire Howard Hughes établit un nouveau record de vitesse de la traversée des États-Unis en volant de Burbank à Newark en sept heures et trente-huit minutes à bord de son propre avion, le Winged Bullet, équipe d’instruments de mesure fournis par Wittnauer.
  • Dans les années 1960, le sublime chronographe Wittnauer 242T (à moins que ce ne soit le 235T) figure parmi les modèles testés par la NASA pour équiper les astronautes du programme Apollo (voir plus loin).

Avec la Grande Dépression, malgré ces exploits médiatiques, les affaires ne se portent pas si bien. En 1936, Martha Wittnauer renonce et cède la société à la Hella Deltah Company, prospère producteur de perles. Wittnauer connaît alors une véritable renaissance grâce à une équipe visionnaire constituée de Fred Cartoun, directeur des ventes de Hella Deltah, et de deux investisseurs : Bernard Esh, fabricant de boîtiers en or et en platine, et Ira Guilden, ancien vice-président de Bulova Watch Company.

De Wittnauer à Longines-Wittnauer

Arrive bientôt la Seconde Guerre mondiale. Partenaire de longue date de l’armée américaine, Wittnauer signe des contrats pour produire des compas, des minuteurs de laboratoire, des horloges de bord et des montres militaires. La compagnie fournit également des emplois à de nombreux horlogers qualifiés forcés de quitter l’Europe. Dans le même temps, la production horlogère locale étant monopolisée par l’effort de guerre, le marché américain devient florissant pour les montres à mouvement suisse.

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WITTNAUER : publicité de 1947.

Après la guerre, Wittnauer suit le train d’innovations en lançant, en 1949, une première montre automatique de dimension raisonnable et, en 1957, sa première montre à mouvement électrique.

Entretemps, Wittnauer est racheté par Longines (1950). La société suisse, avec laquelle Wittnauer collaborait depuis sa création, maintient longtemps des lignes de production distinctes et de superbes modèles tels que le Professional Chronograph 7004A, cousin de la Longines T907 Skindiver (réf. 7981, motorisé par l’illustre calibre 30CH).

La Moonwatch a failli être… une Wittnauer

En 1964, alors que la NASA prépare le programme spatial Apollo, des séries d’appels d’offres sont passés auprès de quantités de fournisseurs. Les instruments horlogers ne font pas exception et l’agence se met en quête du meilleur chronographe pour équiper les astronautes. Six marques sont sollicitées. Parmi celles-là, trois sont retenues pour les tests finaux : Rolex, avec le Daytona Cosmograph 6239, Omega avec le Speedmaster 105.003 (déjà utilisé par des astronautes à titre personnel), et Wittnauer avec le 242T. Si le Speedmaster tourne avec le fameux calibre Omega 321, les Daytona et 242T sont animés par un autre grand classique : le calibre Valjoux 72. Les trois modèles sont soumis à onze tests de précision, d’endurance et de résistance.

On connaît le choix final de la NASA : c’est l’Omega Speedmaster qui franchit le mieux les épreuves. L’exemplaire testé (tout simplement acheté chez un détaillant !), prend une avance de 21 minutes pendant le test de décompression et un retard de quinze minutes pendant le test d’accélération. Enfin, la matière lumineuse du cadran est détruite pendant le test. Le Rolex Daytona 6239, non qualifié, s’arrête de fonctionner deux fois, durant le test d’humidité relative et le test de haute température. Quant au Wittnauer 242T, il perd son verre lors des tests de haute température et de décompression…

La route du déclin

L’histoire se gâte en 1969, au rachat de la compagnie Longines-Wittnauer par Westinghouse Electric Corporation. Le mariage d’un fleuron de l’horlogerie et d’un géant de l’industrie électrique nourrit l’espoir de formidables développements technologiques mais celui-ci est rapidement douché. En achetant Longines-Wittnauer, Westinghouse s’intéresse en fait surtout au réseau de vente par correspondance mais les synergies ne sont pas au rendez-vous et la compagnie est revendue dès 1975. Dans le même temps, Robert Pliskin, aux commandes, s’emploie à améliorer la qualité des produits en se concentrant notamment sur la marque Wittnauer et les pendules Atmos. Il en résulte quelques pépites, comme le superbe chronographe 3536-228T et son « exotic dial », animé par un mouvement 14-Y, évolution du Landeron 249, actuellement en vente chez Analog/Shift, et plusieurs modèles à la conception innovante, tels que la Futurama 1000.

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WITTNAUER, chronographe réf. 3536-228T.

En 1970, la société  regroupe sa production et ses bureaux à New Rochelle, au nord de New York.

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Longines marquée du logo Westinghouse.

En accédant à la présidence de la compagnie en 1979, John L. Davis, en charge des ventes depuis trente-quatre ans, entreprend de suivre le train de modernisation qui touche l’ensemble du secteur et développe la gamme de modèles à quartz mais les effets de la concurrence asiatique et de la rationalisation se font progressivement sentir et la marque s’abîme, comme bien d’autres, dans le déclin.

En 1994-1995, l’entreprise est restructurée : la Wittnauer International Inc., nouvellement créée, abandonne son activité d’agent pour se concentrer sur sa propre marque. Sans grand succès. La marque est finalement cédée par le groupe Swatch à Bulova, pour 11,6 millions de dollars, en septembre 2001. De nouveaux modèles sont annoncés mais la manufacture de Porto Rico et les locaux de New Rochelle ne font pas partie du deal. D’un goût discutable, les modèles actuellement commercialisés par la marque ne risquent pas de faire oublier les remarquables productions du siècle précédent…

 

Références

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