ZRC Grands-Fonds 300 m Série 1 : entrée en matière

Jusque là spécialisée dans la fabrication de bracelets de montres et de petite bijouterie, la société ZRC (Zuccolo Rochet & Cie) est venue à la production de montres de plongée sur un concours de circonstances. sa première Grands-Fonds 300 M, qu’on appelle « Série 1 » pour la distinguer des suivantes, est un petit concentré d’innovations qui en fait, au-delà de sa grande rareté, un objet de culte pour les fans de la marque et les amateurs de montres de plongée vintage.

Une rencontre improbable

La première « Grands-Fonds 300 m » voit le jour au début des années 1960, d’une rencontre a priori improbable. À cette époque, la plongée amateur connaît un essor rapide mais cette activité, nouvelle et ludique, s’avère aussi potentiellement dangereuse. La recrudescence d’accidents pousse les autorités à se rapprocher des clubs de plongée pour contribuer à la formation des pompiers. Ces contacts sont également motivés par le développement des opérations en immersion (recherches subaquatiques, sauvetages) pour lesquelles, parfois, l’appui des plongeurs amateurs est sollicité.

Tel est ainsi le cas notamment à Annecy, où le capitaine de gendarmerie Schaeffer et le docteur Louis Servettaz organisent des entraînements réguliers et des formations avec les plongeurs de la région. Au sein de ce petit monde, on trouve des salariés de la société ZRC, qui fabrique des bracelets brevetés et de la petite bijouterie depuis le début du siècle. C’est entre ces passionnés que naît d’abord l’idée de concevoir une montre de plongée performante. La spécialité de ZRC étant plutôt la réalisation d’astucieux bracelets en acier grâce à une grande maîtrise du décolletage, le potentiel est présent. Le chaînon manquant est noué en 1958 par la rencontre de M. Boudarian, alors directeur commercial de la marque, et d’Yves Pastre, horloger à Toulon et accrédité auprès de la Marine nationale.

Suite à ce contact essentiel, Louis Brunet, alors aux commandes de ZRC, engage la société dans l’aventure, en s’entourant des conseils de ces deux experts. Cette collaboration, qui associe aussi un autre horloger toulonnais, M. Digne, permet à la première Grands-Fonds 300 m de voir le jour. Une montre de 36 mm de diamètre étanche à 300 mètres, robuste et extrêmement lisible, dont le dessin est breveté « SGDG » (« sans garantie du gouvernement », selon la formule consacrée alors en vigueur) le 21 juin 1961.

Du côté de Toulon, certains des premiers exemplaires sont acquis à titre personnel auprès d’Yves Pastre par des plongeurs de l’Arsenal maritime, près duquel son atelier-boutique est installé, et utilisés en service. La satisfaction étant au rendez-vous, la réputation de ces ZRC fait le tour des unités et remonte dans l’administration, plus précisément au service des approvisionnements de la flotte (SAF) de la direction du commissariat de la Marine de Toulon.

Moyennant quelques améliorations (voir plus loin), la Grands-Fonds fait ainsi l’objet de tout un processus d’homologation mené par le service technique du commissariat de la Marine. Comme le raconte Claude Tauveron dans le numéro 100 de l’Echo des Grands fonds (magazine de l’Amicale des plongeurs démineurs de Toulon), une fois l’homologation acquise sur accord de la direction centrale du commissariat de la Marine (DCCM), les premiers lots de montres modifiées sont « répartis entre les principales unité utilisatrices de Toulon mais aussi dans les autres ports militaires avec mission de les tester ‘suivant des critères bien précis fournis par le STCM’ et répertoriés sur une ‘fiche de spécifications techniques’ (FST) rédigée à cet effet. Il fallait bien sûr aussi, pour le STCM, obtenir officiellement l’avis éclairé des plongeurs utilisateurs qui souhaitaient avoir ce matériel en dotation. » Les montres subissent ainsi toute une période de tests et essais « nécessaires et réglementaires » effectués dans toutes les conditions possibles d’une « utilisation sévère à caractère militaire ».

Les résultats s’avérant concluants, le STCM approuve la demande du SAF et l’homologation est officielle en 1962.


Tour d’horizon

DIMENSIONS

LHC : 35,5 mm.
LCC : 37 mm.
LHT : nd.
LEC : 16 mm.
EHT : nd.


Sa première version arbore un jeu d’aiguilles composé de deux aiguilles dites « magnum » et d’une trotteuse droite dont l’extrémité est enduite d’une petite quantité de matière luminescente (ci-dessous, à gauche). Dans la seconde version, on trouve une combinaison légèrement différente et qui sera conservée pour la Série 2 : l’aiguille des heures n’est plus lumineuse à son extrémité et la trotteuse adopte la forme « lollipop » (ci-dessous, à droite).

« Entre lollipop et magnum, voilà une montre qui n’est pas bonne pour le régime », dirait mon oncle Raoul, qui aime les esquimaux et n’en rate pas une.

Quant au cadran, il est connu dans une première version comportant de jolis index en forme de feuille d’estragon (ci-dessous, à gauche) et dépourvu de chemin de fer à laquelle succède une seconde pourvue d’une minuterie et d’index plus fins.

Autres caractéristiques

Sous le capot, c’est un bon vieux mouvement Felsa 4000 qui fait battre le cœur de cet oiseau rare. Petit mouvement automatique de 11,5 lignes, il oscille à 18 000 A/h et revendique 44 heures de réserve de marche.

Au moins dans sa version civile, la ZRC Grands-Fonds était montée sur un bracelet extensible breveté Sizorflex (ou Sizoflex) et venait dans une boîte rectangulaire accompagnée d’un livret et d’une carte de garantie comme ci-dessous :

Un concentré d’astuces techniques

Particularité propre aux premiers exemplaires de la Série 1, le fond vissé comporte, sur sa face externe, deux petites dépressions circulaires contenant chacune en son centre un « téton » permettant, à l’aide d’un outil spécifique, d’agripper la pièce pour la visser et la dévisser. Claude @claude0879, « zrcologue » émérite, expliquait en 2020 aux membres du ZRC Watch Club qu’étaient en outre « sertis » dans ces encoches des petits rivets cuivreux qui prouvaient que le revissage avait bien été réalisé dans les règles de l’art par un agent de la marque, ce qui valait garantie d’étanchéité de l’engin.

Pour dévisser le fond, un outil particulier permettait à l’agent ZRC de retirer d’abord les rivets en les perçant, ce qui les rendait de fait inutilisables. Après l’intervention, des rivets neufs étaient donc mis en place à l’aide d’un petit poinçon adapté. Imparable.

Imparable mais sans doute trop contraignant… ce qui conduisit à revenir à une solution plus traditionnelle avec un fond vissé à six encoches (ci-dessous, à droite). On notera que, de l’un à l’autre, les inscriptions sont identiques à une différence près : on voit apparaître, sur le second, un défaut qui se retrouvera jusqu’aux Séries 3 dans l’écriture de BRFVFTE S.G.D.G, où deux E se trouvent amputés de leur barre inférieure.

La première lunette crantée unidirectionnelle ?

La lunette de la Grands-Fonds 300 m Série 1 est en acier brossé ajouré de points, rectangles et triangle symbolisant, selon l’usage, les heures ou les minutes, et dévoilant la matière luminescente chargée par en dessous. Jérôme @theknifewatchguy nous en livre ci-dessous une vue plus fascinante et intime que jamais…

Cette lunette est tournante, à cliquet avec soixante positions et unidirectionnelle. Elle dispose en effet d’un système de crantage particulier qui empêche toute manipulation involontaire dans un sens qui tendrait à dangereusement allonger par erreur le temps de plongée restant.

Commun à toutes les Grands-Fonds qui suivront, le système se compose de deux petits fils ressorts pour le guidage et d’une lame qui permet le comptage des crans dans un sens et bloque la rotation dans l’autre. Comme l’indique Fanny1104 sur le forum ZRC, ce dispositif est « ingénieux car la réparation est possible en écartant doucement les fentes dans la carrure de la boîte pour replacer les pièces qui auraient pu être cassées ».

Si l’on se rappelle que nous sommes en 1963 au moment de la conception de cette montre, il est permis de se demander si ce dispositif ne serait pas le premier rendu disponible sur une production de série.

On notera également que le brevet enregistré le 21 juin 1961 contient une variante de lunette qui semble restée à l’état de dessin. Celle-ci était pleine et portait des indications chiffrées qui font songer à une table de décompression simplifiée.

Une couronne vissée à ressort

Dans sa livrée définitive, la Série 1 est pourvue d’une massive couronne qui se visse dans le sens contra-horaire — particularité qu’elle partage avec les modèles des deux générations suivantes. Celle-ci est assortie d’un astucieux système de ressort qui permet de faciliter sa préhension (voir ci-dessous). Ce système se retrouvera chez ZRC sur les séries suivantes, de même que sur les Rolex

Homologuée par la Marine nationale, la ZRC Grands-Fonds Série 1 fait cependant encore l’objet d’observations constructives, notamment de la part du 3e groupement de plongeurs démineurs de Toulon : la couronne positionnée à trois heures, notamment, est critiquée pour sa vulnérabilité et le fait que sa proéminence peut gêner les mouvements du poignet. Le bracelet Sizoflex est également jugé trop fragile, ce qui suscitera conception d’un bracelet plus adapté qui restera à l’état de prototype.

C’est sur la base de ces remarques que les concepteurs font évoluer le modèle en adoptant des solutions techniques encore plus originales, à l’image de Triton, également en lien direct avec les nageurs de combat et les plongeurs professionnels. Le fruit de ces évolutions voit le jour dès 1964 avec la Grands-Fonds de la deuxième génération, dite Série 2, qui fera l’objet du prochain article de cette saga


D’ici là, voici un petit bonus : quelques lignes sur un modèle encore largement mystérieux, la Sécuricode. Dérivée de la déjà rare Série 1, elle est une sorte de licorne pour les collectionneurs à tel point que sa réalité effective, malgré l’existence d’une publicité de l’époque, est longtemps restée incertaine.

L’énigmatique Securicode

Développée spécifiquement pour les plongeurs professionnels en parallèle et en étroite dérivation de la Série 1, la ZRC Sécuricode a été conçue pour présenter, à l’attention des plongeurs professionnels, les informations dont ils ont besoin en priorité avec un maximum de lisibilité.

La grande aiguille, qui indique bien toujours les minutes, est ainsi solidaire d’un disque sur lequel les graduations désignent des profondeurs, permettant de régler facilement le temps autorisé en immersion par rotation de la lunette jusqu’à positionner le triangle face à la profondeur visée. Plus élevée est cette dernière, plus courte sera la durée de la plongée.

Seule la pointe de l’aiguille des heures dépasse derrière ce disque, ce qui évite tout risque de confusion de lecture en cours de plongée, tout en permettant à la montre de remplir sa fonction la plus courante. La trotteuse, enfin, fait office de témoin de marche de l’engin. On peut supposer que, à l’instar de la première version de la Série, elle devait être enduite de matière lumineuse à son extrémité afin d’être visible en immersion.

Le reste de la montre est semblable à une Série 1 « normale », jusqu’au mouvement Felsa 4000 déjà évoqué.


Références

2 commentaires sur « ZRC Grands-Fonds 300 m Série 1 : entrée en matière »

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