Citizen 150 m, réf. 52-0110

Au royaume de l’horlogerie, les titres les plus prestigieux sont détenus par les grandes maisons suisses. Le Japon, pourtant, s’est taillé une place importante, à partir des années 1960-1970, en sachant respecter les fondamentaux du métier tout en apportant ses propres codes.

Dans cet univers horloger, encore relativement peu connu en Occident,  Seiko occupe le statut de star, avec une notoriété et une appréciation qui dépassent désormais largement le cercle des amateurs chevronnés de la marque, les « Seikoholics »… Dans son sillage, une autre marque historique mérite quelques galons : Citizen. Si ce nom évoque pour la plupart de petites montres digitale de grande diffusion, Citizen existe depuis 1924 et produisit également d’intéressantes plongeuses telles que, nous y voici, la 52-0110.

En savoir plus sur la marque Citizen

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Lancée en 1977, la 52-0110 apparaît comme une concurrente directe des Seiko 6105 et 6309 mais adopte un design plus classique.

IMG - Dimensions V2

LHC : 40 mm. LCC : nd. LHT : 46 mm. EC : 20 mm. EHT : 14 mm.

En termes de conception générale, l’engin répond bien à la plupart des standards de la montre de plongée traditionnelle, dans la lignée des modèles précédents : boîtier tout acier, lunette mobile cannelée comportant un insert gradué de 0 à 60, couronne et fond vissés. La couronne, épaisse, dispose d’un large pas de vis, très rassurant à la manipulation, et qui rappelle un peu celui des couronnes Twinlock et Triplock que l’on trouve sur les Rolex/Tudor Submariner).

CITIZEN 150m 52-0110 zoom pas de vis couronne

L’ensemble, costaud, fait vraiment toolwatch, avec beaucoup d’homogénéité et une belle présence sur le poignet, due notamment au diamètre de 40 mm, à l’épaisseur des cornes et au belles proportions de la lunette.

Le verre minéral, très épais lui aussi, se caractérise par une face externe plane et un dôme interne qui, comme toujours avec ce type de verre (similaire à celui des Seiko de l’époque), crée un effet visuel intéressant avec le cadran. Ces verres sont désormais à peu près introuvables NOS mais il est possible de trouver des alternatives (des pistes ici,  et ).

Noir mat, ce dernier imprime lui aussi une touche plus « japonisante » avec le recours à de gros index rectangulaires à l’épais cerclage et un logo appliqué. Le modèle passé ici en revue dispose du cadran de type 1, qui se distingue du type 2 par les caractéristiques suivantes :

  • Les lettres composant le logo CITIZEN sont séparées et non attachées.
  • Le cerclage du guichet de date est commun à celui de l’index lumineux.

Ces différences sont dues au fait que les cadrans de type 2 ne sont plus d’une pièce en relief comme les type 1 ; les index et le guichet de date sont appliqués dans un deuxième temps (source).

Dans tous les cas, la combinaison d’aiguilles (mercedes, chandelle et lollipop), en revanche, a tout ce qu’il y a de plus classique. L’ensemble s’avère agréablement proportionné et très lisible. Typique également des montres du Soleil-Levant, la matière lumineuse utilisée sur les index et les aiguilles oscille entre verdâtre et le blanchâtre selon son état et les conditions de son vieillissement, loin des teintes coquille d’œuf que l’on trouve sur la plupart des montres suisses !

À noter qu’il existe de rares versions à cadran orange et même cadran bleu de ce modèle (source).

La lunette, large et facile à saisir, est à friction et donc bidirectionnelle. Elle comporte un insert noir gradué de 10 en 10 et couronné d’un classique index triangulaire à 12 heures muni d’une perle lumineuse. Exposés aux chocs, ces inserts sont souvent détériorés. Des inserts dits aftermarket existent mais diffèrent légèrement des originaux, notamment par la forme de la perle (non protégée) ou par la graduation, différente sur les quinze premières minutes.

Un peu de généalogie : les sept membres de la famille des « 150 mètres »
CITIZEN - Vintage 150 m

L’histoire commence en 1967 avec la Super Auto Dater Para150mWater Professional, réf. SADS52801-Y. Avec son boîtier monobloc de 40 mm de diamètre et son mouvement Citizen cal. 1150 (automatique, 39 rubis, plaqué or, 18000 A/h, dotée d’un étonnant rotor annulaire), elle est à la fois la première et sans doute la plus recherchée des sept.

En 1968, apparaît la Crystal Date, réf. AUDS 52801-Y OR-O. Elle abandonne le boîtier monobloc et le mouvement à rotor annulaire mais se distingue de ses cousines par un superbe fond de boîte et une aiguille des heures de type chandelle, plutôt que Mercedes comme sur les autres.

La Diver 62-5370 (référencée OR-O B52806 pour l’export), se situe en 1969-1970. Elle est animée par un calibre Citizen 5470.

Elle est suivie, en 1971, de la 68-5371 (4-740131-Y), dernière à être marquée ParaWater. Le boîtier évolue encore et la couronne adopte un pas de vis externe, de sorte qu’elle se visse dans le boîtier et non autour. Elle tourne avec un calibre 7470.

En 1973 apparaît la 4-722410-Y, seule de la série à afficher la date et le jour de la semaine. Elle utilise le calibre 7200. Sur ce modèle apparaît un petit couvercle en verre destiné à protéger la perle lumineuse sur l’insert de lunette, ainsi que l’appellation Water resistant, à la place de ParaWater.

L’année suivante, la 62-6198 (4-600851 Y) prend la succession avec un petit insert lumineux à côté du guichet de date, laquelle est imprimée en rouge. L’engin tourne avec un calibre 6001 (21 rubis, 21600 A/h, date).

La 52-0110 (4-820789 Y) clot la série en 1977-1978. Ces deux dernières sont connues sous l’appellation « Challenge Diver », comme un clin d’œil au titre de « Challenge Timer » donné aux chronographes mécaniques commercialisés par Citizen dans les années 1970.

Le fond de boîte est particulièrement bavard (pour en savoir plus, voir ici). À défaut d’être spécialement esthétique, il fournit pas mal d’informations.

CITIZEN

Le pourtour contient les inscriptions répondant aux standards internationaux : JAPAN – ALL STAINLESS STEEL – WATER RESISTANT. Au centre, sont indiqués la marque CITIZEN WATCH CO et plusieurs numéros. Dans l’exemple passé en revue ici :

  • 4-820789- Y désigne la référence générique du boîtier.
  • 70800750 renvoie le numéro de série, dont les trois premiers chiffres permettent de dater la production (7 pour l’année 1977 et 08 pour le mois d’août).
  • GN-4-5 désigne le type de boîtier.
  • 52-0110 indique enfin la référence du modèle.

Côté mouvement, on trouve un Myota (filiale de Citizen), calibre 8210A. Avec 21 rubis et un battement à 21600 O/h, il détient une réputation de mouvement rustique, mais précis et robuste. La masse oscillante remonte le mouvement dans un seul sens mais il peut être remonté à la couronne et dispose d’une fonction de changement de date semi-rapide.

Carrière militaire

CITIZEN 150m réf. 52-0110 PAF

Cerise sur le gâteau, il s’agit d’un modèle qui a équipé plusieurs forces armées, à commencer par l’armée de l’Air pakistanaise (la fameuse PAF, réputée chez les collectionneurs de montres pour avoir aussi utilisé quelques exemplaires d’Omega Railmaster rebaptisés à la fin des années 1950) ainsi que, dit-on, les armées d’Argentine, de République tchèque, de Pologne, d’Allemagne fédérale, des pays nordiques, les SAS, les plongeurs de combat australiens, certaines unités spéciales de l’US Navy et même la Marine nationale !

 

CITIZEN

CITIZEN

En définitive, la Citizen 52-0110 n’a pas seulement du charisme : elle est aussi une montre de plongée d’excellente qualité. Sans certes revendiquer le pedigree des plus prestigieuses plongeuses suisses, elle dispose néanmoins d’une ascendance intéressante et clot une période brève mais intense dans l’histoire de la marque Citizen : cette grosse décennie au cours de laquelle pas moins de sept modèles de « 150 mètres » automatiques se sont succédé, autant de vraies plongeuses. Pour la petite histoire, l’une de ces 52-0110 fut découverte à Long Reef Beach (Australie) en 1983 ; couverte de bernacles trahissant un long séjour au fond de la mer, elle tournait encore…

 

Références
  • Vintagecitizenwatches.com. [En] Le site de référence sur les montres Citizen vintage. Une mine incomparable d’informations, sans laquelle la rédaction de cette revue aurait été moins riche… Si toutes les marques avaient de tels érudits et passionnés pour les faire connaître en détail, nous serions plus heureux ! L’article spécifiquement consacré à la 52.0110 est ici. Bogdan, auteur de ce site, est également administrateur d’un groupe Facebook consacré aux Citizen vintage.
  • Sweep-Hand.org. [En] Un article retraçant, avec force précision et illustration, la production de montre de plongée Citizen de la grande époque (1962-1980).
  • Worn & Wound. [En] Belle revue d’une Citizen 52-0110 par Christoph McNeill.
  • Crédits photos : dasher1016/WristSushi/Flickr (boîtier NOS et fond de boîte « PAF ») et Bogdan/Vintagecitizenwatches.com.

4 commentaires sur « Citizen 150 m, réf. 52-0110 »

    1. Bonjour Marc,
      Des verres, on en trouve sur la Toile (je viens juste d’en commander un) chez Crystaltimes. Ce ne sont pas des verres d’origine mais des saphir réputés pour s’adapter parfaitement aux Citizen 150 m. S’agissant du joint, il faudrait chercher sur eBay à mon avis. Pour la couronne, même combat, en espérant trouver un modèle vendu pour pièces.

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