Lip Genève : quand la manufacture française flirtait avec Breitling

Dans les années 1960, la maison Lip était le septième horloger mondial. Réputée pour la fiabilité de ses mouvements et la qualité d’assemblage des modèles, la marque française était alors aussi pionnière dans le développement de mouvements électromécaniques et se portait au poignet du Président de la République… EN 1959, Au faîte de sa gloire, Lip décide de mettre un pied en Suisse et établit une filiale à Genève, d’où sortiront quelques modèles haut-de-gamme dont cet oiseau rare : un grand chronographe Lip Genève à cadran « pingouin ».

Originellement producteur de chronomètres et montres de poche, Lip a également fabriqué des montres de bord pour l’aviation (voir les Type 44 et Type 18). La qualité reconnue des mouvements Lip permettait également à la manufacture de fournir d’autres marques de luxe telles que Boucheron. Fort de sa belle réputation et de l’esprit conquérant de Fred Lip, la société s’est également autorisée des partenariats avec des marques prestigieuses. On peut ainsi songer à Blancpain, avec qui furent produites, à la fin des années 1950, des montres de plongée aujourd’hui très recherchées, mais aussi à Breitling, marque spécialisée de longue date dans les chronographes haut-de-gamme et étroitement associée à l’univers aéronautique. Cette époque est celle des fameux Breitling Navitimer (réf. 806), apparus dans les années 1950, ainsi que des modèles Avi Copilot (réf. 765), aujourd’hui particulièrement prisés.

BREITLING Navitimer AOPA réf. 806, circa 1961.
BREITLING AVI, réf. 765 « Raquel Welch », 1961.

Animés par un beau mouvement à trois compteurs, le Venus 178, ces chronographes offrent alors une base parfaite pour concevoir le modèle ultime de la gamme Lip Genève.

LIP Genève, cal. Venus 178.

Nonobstant l’absence de lunette mobile, la ressemblance avec l’AVI Copilot saute aux yeux : l’aiguillage de la Lip Genève est identique à celui de la Breitling et le cadran, à quelques détails près, est également calqué sur celui de sa cousine. Cette dernière a, d’ailleurs, tout comme la Navitimer, été distribuée en France avec la double signature Breitling Lip, preuve que le partenariat était fièrement assumé de part et d’autre.

BREITLING LIP réf. 765 AVI.

Sur un fond noir satiné se détachent seulement une sobre minuterie, de longs index lumineux à la façon des Rodania Geometer et Omega Speedmaster, et les simples inscriptions

LIP
Genève

suivies d’un discret SWISS MADE en lisière de cadran à 6 heures.

Légèrement concaves, les compteurs apparaissent sur fond blanc légèrement argenté, et sont parcourus de fines aiguilles pointant vers des minuteries, là encore, sans fantaisie inutile. L’ensemble dégage une impression contradictoire : une sorte de spectaculaire sobriété qui n’est pas pour rien dans le charme irrésistible de cette montre…

Boîtier monobloc

Dépourvue de lunette, donc, la Lip n’offre pas moins un grand boîtier (38 mm de diamètre hors couronne) et une large ouverture de cadran, tout cela au bénéfice de la lisibilité et de la présence au poignet. Avec ses longues cornes espacées de 21 mm, c’est une montre qui, portée, paraît plus grande qu’elle n’est.

LHC : 38 mm. LCC : 40,5 mm. LHT : 47 mm. EC : 21 mm. EHT : nd.

L’une des particularités du chronographe Lip Genève est la structure monobloc de son boîtier. Le fond est donc solidaire de la carrure et la montre s’ouvre donc par le côté pile : à l’aide d’un outil adapté, il faut habilement faire « sauter » le plexi et extraire les entrailles.

La conséquence positive, c’est que l’intégrité et l’étanchéité de la montre sont bien mieux garanties. Le revers, c’est que l’accès à la mécanique s’avère plus délicat et qu’on ne s’y aventure pas pour un oui ou pour un non… Étant prêt à tout mais pas à n’importe quoi, même pour vous, cher lecteur, j’espère que vous m’excuserez donc de ne pas vous offrir d’images du mouvement de celle-ci !

À défaut, observez au moins le très beau fond de boîte :

Lip Genève, cal. Venus 178.

Porteur des armoiries de la maison Lip (extrapolation du blason de la ville de Besançon), il contient également un double avertissement à destination de l’horloger du dimanche, lié justement à la structure monobloc du boîtier. Le plus évident est en bas : « OUVRIR PAR LE VERRE« , lui précise-t-on amicalement. Le second se situe à gauche, près de la couronne : un petit schéma restitue la forme de la tige brisée permettant de retirer la mécanique.

LIP Genève, cal. Venus 178.

On notera  que les premiers exemplaires, s’ils comportent ce schéma, ne mentionnent pas encore l’avertissement en toutes lettres… Pouvons-nous gager que celui-ci fut ajouté après le constat de quelques déboires ?

À défaut également de vous montrer le Venus 178, il reste possible de présenter ses principales caractéristiques : mouvement de 14 lignes, pourvu de 17 rubis, il est dérivé du Venus 175 lancé à la fin des années 1930. Ce mouvement reste comme l’un des meilleurs calibres à trois compteurs de l’horlogerie moderne, réputé pour la douceur d’utilisation du chronographe (merci la roue à colonne). Sur la Lip, les registres du chronographe totalisent respectivement trente minutes et douze heures mais il est modifié sur les Breitling AVI pour un compteur qui totalise quinze minutes.

LIP Genève, cal. Venus 178.
Conclusion

Comme d’autres, les années 1970 sonnent l’heure de la crise pour la marque bisontine. Bien que parvenant à maintenir des bénéfices, Lip Genève doit être fermé en 1972 — tout comme Lip Italie — et ce n’est, malheureusement, que le début de la fin pour la firme française, dont on connaît la tumultueuse liquidation.

Reste de la brève époque des Lip Genève, celle du rêve suisse d’une grande marque horlogère française, quelques très beaux modèles. Le chronographe « pingouin » est sans doute, de loin, le plus spectaculaire et le plus recherché. Il ne doit pas pour autant éclipser d’autres références à vocation moins sportive et plus élégante, qui témoignent toutes, malgré leur estampille helvétique, d’une des plus belles réussites de l’horlogerie française.

Références

2 commentaires sur « Lip Genève : quand la manufacture française flirtait avec Breitling »

    1. La même avec deux compteurs n’existe pas. Il existe un modèle doté d’un boîtier carré à deux compteurs, postérieur et équipé d’un mouvement Valjoux 7730. Si c’est une Lip, c’est sans doute celle-là que vous avez vue.

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