Omega Seamaster réf. 176.007

Dans la série des chronographes Omega un peu oubliés, la 176.007 mérite un brin d’attention. Premier chronographe automatique commercialisé par Omega, c’est aussi un élégant accessoire pour globe-trotter.

Nous sommes au tournant des années 1970. Alors que bien des marques horlogères brûlent de leurs derniers feux avant le déferlement de la concurrence asiatique, les grandes maisons traditionnelles ont des choix stratégiques variés : Rolex, par exemple, se garde de toute audace stylistique, la marque Lip, déjà en difficulté, mise à outrance sur l’originalité. Entre ces deux extrêmes, Breitling et Heuer rompent avec prudence quelques codes mais demeurent, dans leur démarche, clairement en retrait d’Omega. Il n’y a qu’à voir les productions de l’époque pour mesurer l’exceptionnelle créativité de la manufacture de Bienne. Le chronographe 176.001, devenu 176.007 et intégré dans la gamme Seamaster en 1972, en est une évidente illustration.

 

176.001 versus 176.007

Pour ce que j’ai pu trouver, l’historiographie des débuts de ce modèle reste un peu confuse. La référence 176.001 est toutefois reconnue comme le prédécesseur de la 176.007, même s’il est probable que les deux références aient été, pendant un temps, en vente simultanément. En revanche, la distinction entre les deux, sauf à regarder la face interne du fond de boîte, s’avère généralement impossible. Ce qui semble convenu est que les « 001 » n’aient été dotées que de cadrans bleu soleillé ou bleu mat à registre noir ou encore argenté. Andy K affirme en outre que, sur les cadrans bleus, l’inscription Seamaster vient avant Automatic. Même s’il y a, bien sûr, des exceptions et des modèles de transition, frappés des deux références !

OMEGA Flightmaster et Seamaster
OMEGA Flightmaster et Seamaster extraits d’un catalogue de la marque. On voit ici une 176.007 avec le cadran bleu soleillé.

Bien qu’ayant étudié le sujet avec beaucoup de persévérance, Andy K avoue d’ailleurs finalement son désarroi :

I don’t really know which case reference came first, or which dial variants within a given reference were earliest. All of the source material is confusing. Steve Waddington’s site has several catalogs from the era that helps narrow it down. The black Mark III and the sunburst blue 007 appear in 1972 catalogs. The sunburst blue Mark III and Speedmaster 125 appear in 1973. The matte blue 007, the 005, and the Mark IV all show up in 1974. The Yachting doesn’t show up in catalogs until 1975. The 001 is never shown in these catalogs. All of this proves nothing, but it opens the door to the possibility that the sunburst blue dial actually preceding the matte blue. Or maybe they were all released around the same time.

Il fait au moins consensus que le cadran bleu mat sans index rapportés caractérise les premiers modèles :

 

Les variantes de cadrans à index rapportés auraient donc été introduits plus tardivement (1974-1975…). On recense au moins celles-ci :

  • Boîtier acier, cadran bleu mat, tachymètre blanc et registre des douze heures blanc, gris ou noir.
  • Boîtier acier, cadran, tachymètre et registre des douze heures argent, tachymètre noir ou argent.
  • Boîtier acier, cadran bleu soleillé, tachymètre blanc et registre des douze heures blanc.
  • Boîtier et cadran or (il existe une version plaqué or et une version en or massif).

 

L’engin a été commercialisé avec un bracelet en cuir style rallye (à trous-trous) et avec un bracelet en acier (référence 1170, pièces de bout 653).

Son boîtier « coussin » s’inscrit pleinement dans les codes de l’époque : massif, presque rectangulaire, avec ses plats brossés et ses flancs polis, il assure une belle ouverture de cadran (36 mm) et une forte présence au poignet.

IMG - Dimensions V2
LHC : 38,5 mm. LCC : 41 mm. LHT : 42 mm. EC : 22 mm. EHT : 15,5 mm.

Montre lourde à porter, elle n’en est pas moins confortable et polyvalente, y compris avec le bracelet acier. Visible, elle n’est pas non plus ostentatoire, et ses fonctions mécaniques en font un instrument assez ludique… Seule contrainte : faire attention de ne pas rayer son vaste verre hésalite, surtout s’il est d’origine, frappé en son centre d’un minuscule logo Omega…

 

Mouvement

Le 176.007 est équipé d’un calibre Omega 1040, basé sur le mouvement Lemania 1340/1341, que l’on retrouve sur des modèles Tissot, Lemania, Wakmann et Bucherer entre autres.

C’est aussi le premier mouvement chronographe automatique « haute fréquence » chez Omega, réponse au calibre 11 de chez Buren (utilisé sur les chronographes Heuer et Breitling) et, bien entendu, au calibre Zenith El Primero, tout deux sortis en 1969.

Le mouvement Lemania 1340, base du calibre 1040

Lancé au début de 1971, le mouvement Lemania 1340 est produit sous la direction de l’ingénieur Raoul-Henri Erard et du designer Albert Piguet. Ensemble, ils produisent un mouvement de chronographe audacieux. On trouve d’abord deux sous-compteurs : un registre totalisateur horaire à six heures et la seconde filante à neuf heures. Le plus notable est cependant la fonction retour en vol de la seconde filante et l’aiguille du totalisateur de minutes située en position centrale (différenciée par une petite barre perpendiculaire et une couleur spécifique). Du jamais-vu jusque là.

Pour la petite histoire, Albert Piguet aurait conçu ce mouvement à partir des schémas et notes qu’il avait conservés de l’époque où il avait imaginé et construit un prototype de chronographe automatique. C’était en… 1946 !

Ce mouvement présente une autre particularité : le rotor est monté sur un dispositif de roulement à bille inventé par Marius Meylan-Piguet. Comme dans le système mis au point par Eterna, cette technique permet de réduire les frottements et, par conséquent, d’améliorer l’efficience énergétique de la masse oscillante. Outre ces points majeurs, et une réserve de marche de 45 heures, ce mouvement présente d’autres caractéristiques techniques notables que le lecteur pourra découvrir ici.

Notons simplement que, suite à l’acquisition de Lemania par le groupe Swatch en 1999, ce calibre exceptionnel fut remis au goût du jour avec quelques adaptations, dont l’inclusion de la fonction retour en vol, pour donner le calibre 1350 que l’on trouve par exemple dans les Breguet Type XX Aéronavale et Transatlantique.

Par rapport au Lemania 1340, le calibre 1040 présente cependant plusieurs évolutions qui le rendent encore plus exclusif : un affichage 24 heures matérialisé par un petit triangle de couleur peint sur un disque tournant à l’intérieur du registre de seconde filante, l’addition de cinq rubis aux dix-sept d’origine, l’ajout d’une fonction de date rapide et une superbe finition or rose.

Remarquablement fiable et performant, superbement assemblé, ce mouvement automatique de 81 pièces il ne sera produit qu’à 82 200 unités au cours de sa courte carrière : trop coûteux à fabriquer, il sera sacrifié en 1975 sur l’autel de la rationalisation et remplacé, en 1978, par le calibre 1045 basé sur le Lemania 5100.

 

Cousines

Le calibre 1040 a été emboîté dans plusieurs modèles Omega. En particulier, on le retrouve dans le rare chronographe Seamaster Yachting réf. 176.010, dans le spectaculaire Speedmaster réf. 176.002 (Mark III) et 176.009 (Mark IV), ou encore dans le fabuleux chronographe de plongée dit « Big Blue », réf. 176.004…

 

Largement ignorée jusqu’à maintenant, notre 176.007 semble victime du monopole des Speedmaster et de la concurrence des chronographes Valjoux 72… Manque d’identité peut-être ? Elle reste pourtant une splendide pièce d’acier usiné servant d’écrin à des cadrans complexes et variés ainsi qu’à une mécanique rare et haut de gamme : autant d’ingrédients qui, certainement, tôt ou tard, permettront à ce chronographe encore discret d’accéder à une lumière bien méritée…

 

Références

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