Helson Skindiver : née en l’an 59 après FF

J’ai craqué pour une montre de la catégorie « hommage » : la Helson Skindiver. Vous me jetterez des pierres si vous voulez mais attendez tout de même d’avoir lu cette revue…

Mais pourquoi… POURQUOI ? Toi qui ne jures que par le vintage, l’authenticité, la belle patine, le vécu de l’objet, comment as-tu pu te laisser aller à cette acquisition improbable ? Déjà une montre « moderne », cela ne te ressemble guère, mais une « hommage »… et pourquoi pas une montre à quartz ?

Bref, impossible d’entamer cette revue sans un minimum de justification. Voici donc quelques raisons à ce choix :

1. D’abord, je n’ai jamais été par principe contre les hommages, que l’on se doit de clairement distinguer des contrefaçons. À la différence de ces dernières, les hommages assument ce qu’elles sont : des modèles plus ou moins fortement inspirés de montres emblématiques, revendiquant cette inspiration mais sans prétention d’usurpation. Une hommage ne trompera, en somme, qu’un non-spécialiste myope, et encore faudra-t-il qu’il soit à bonne distance… Défendant sans hésitation la démarche d’Omega quand ils ressuscitent la trilogie de 1957, de Heuer quand ils réinventent l’Autavia « Rindt » et d’autres qui, — avec certes plus ou moins de bonheur, — rééditent des icônes de leur patrimoine, je pense que l’amateur de belles montres peut se retrouver dans des produits contemporains inspirés voire reproduits de modèles anciens, dès lors qu’ils réunissent quelques conditions : avoir réussi à s’approprier le design du modèle d’origine sans le singer maladroitement, et n’avoir rien cédé à la qualité de fabrication.

2. Parmi les montres représentant pour moi un Graal absolu, se trouve la Blancpain Fifty Fathoms (FF) originelle, c’est-à-dire le modèle de 1953. Rien de bien original, direz-vous : c’est un Graal pour à peu près tous les collectionneurs de la planète, tout spécialement s’ils sont amateurs de montres de plongée. Un Graal qui risque de le rester ad vitam, tant cette montre est rare, convoitée, hors de prix… en somme inaccessible. Faute de l’atteindre, comment alors s’en approcher ? À moins d’avoir pour voisin de palier un heureux propriétaire de cet engin (tiens, ce pourrait être un motif de déménagement), je ne vois que deux solutions : une cure de désintoxication ou bien la recherche de montres offrant un peu des sensations — réelles ou fantasmées — du modèle d’origine.

3. Comme les points 1 et 2 sont partagés par un certain nombre de gens, on trouve, sur le marché des « pseudo-FF », à côté de beaucoup de Seiko modées à la sauce Blancpain et d’horreurs chinoises, quelques propositions plus ou moins honorables, telles que la Precista PRS 50B, la MKII Stingray (comparées en détail ici)…

… et l’Helson Skindiver. Dans tous les cas, la sensation visuelle et la qualité de construction sont satisfaisantes mais l’Helson, de l’avis de ceux qui ont eu l’occasion d’effectuer le comparatif, surclasse les autres.

 

1953 : naissance du Graal

En présence d’un amateur de montres anciennes, le simple fait de prononcer Fifty Fathoms suffit à provoquer une élévation de la température corporelle et une accélération du rythme cardiaque. Dans son imaginaire apparaît l’image mythique d’une montre sortie en 1953, une montre qui a, excusez du peu, posé l’essentiel des normes sur lesquelles se conçoivent encore aujourd’hui les montres de plongée.

i-5gkhk2s-x31La Fifty Fathoms est la réponse de la maison Blancpain aux exigences des premières unités militaires subaquatiques. Traduisez fifty fathoms par « cinquante brasses », convertissez au système métrique et vous obtiendrez 91,45 mètres, soit la profondeur maximum à laquelle un plongeur était alors capable de descendre. Conçues tout d’abord pour les nageurs de combat de la Marine nationale, les générations successives de Blancpain équipent d’autres unités, notamment aux États-Unis (sous le label Tornek-Rayville), jusqu’à la fin des années 1970. Légitimée par la Marine nationale, la Fifty Fathoms bénéficie également d’une reconnaissance médiatique en apparaissant au poignet de l’équipe Cousteau dans Le Monde du silence, fameux documentaire de 1956.

À l’origine, Jean-Jacques Fiechter, patron de Blancpain, est le seul à répondre au besoin exprimé par le capitaine Maloubier et le lieutenant Riffaud. Plongeur lui-même, il mobilise toutes ses compétences dans la conception de l’engin. Cadran noir à chiffres lumineux, aiguilles lumineuses, large lunette mobile unidirectionnelle et dotée elle-même de repères lisibles la nuit, protection anti-magnétique, double joint d’étanchéité… Blancpain crée, ni plus ni moins, un nouveau standard.

 

59 ans après FF…

Combien de marques ont tenté de s’approprier un grand classique pour, finalement, aboutir à un résultat disgracieux ? On le sait, la réussite ou l’échec d’un dessin tient parfois à une fraction de millimètre car l’enjeu, en la matière, tient tout autant dans le respect des détails que dans celui des proportions.

De ce strict point de vue, l’Helson reprend le format et le dessin de la Blancpain Fifty Fathoms 1953 de manière très fidèle et, du coup, très convaincante.

Livrée dans une boîte-container en plastique étanche, l’Helson est montée d’origine sur un bracelet isofrane, avec en outre un bracelet nylon et… un tournevis d’horloger (vous verrez pourquoi plus tard).

Le modèle qui fait l’objet de cette revue appartient à la deuxième série.

Première et deuxième série

La première série de Skindiver, lancée en avril 2012 au pris de 649 dollars, est équipée d’un mouvement ETA 2824-2 (25 rubis) pour la version date et d’un verre acrylique. La deuxième série adopte un mouvement Myota 9015 et un verre saphir. Elle est annoncée étanche à 300 mètres, contre 200 mètres pour la première série.

Cette version reprend le cadran 3-6-9-12.

HELSON

Le boîtier, en acier 316L, reprend l’aspect satiné des « Milspec », c’est-à-dire des versions militaires pour lesquelles il est préférable de limiter les reflets brillants qui peuvent être repérés. De 41 mm de diamètre, il reprend les dimensions de la FF de 1953. Les longues cornes, les arrêtes franches, le découpage de la lunette rappellent aussi fortement l’inspiratrice, jusqu’au profil du verre, dont la proéminence contribue fortement aux sensations « vintage », même en version saphir comme sur celle-ci.

La couronne, vissée, évoque elle aussi sa devancière par ses dimensions contenues et surtout son dôme caractéristique.

Les cornes, très longues et percées, sont traversées de barres vissées — d’où le tournevis livré d’origine, accompagné d’une paire de barres de rechange — comme sur certaines plongeuses professionnelles telles que les Baby Panerai que nous avions évoquées récemment sur ce blog. Nonobstant la contrainte et le risque de dérapage du tournevis en cas de changement de bracelet nécessitant le démontage des barres, le dispositif apporte de la rigidité et de la robustesse à l’engin.

Le fond vissé, plus profilé sur la deuxième série que sur la première, évoque toujours le design de la FF originale et affiche, entre autres, les mentions WATERPROOF – 150 FATHOMS, soit une résistance revendiquée à environ 300 mètres.

IMG - Dimensions V2

LHC : 41 mm. LCC : nd. LHT : 51 mm. EC : 20 mm. EHT : nd.

 

Côté mécanique

Si la première série fut proposée avec un calibre ETA 2824-2, les suivantes ont troqué le mouvement suisse contre un Citizen Miyota 9015. Ce dernier, présenté à la Foire de Bâle 2010, contient 24 rubis et tourne à une fréquence élevée (plus de 28 000 A/h). Le rotor unidirectionnel assure le remontage automatique mais le remontage manuel est possible, pour une réserve de marche revendiquée de plus de 42 heures. Il est doté de la fonction stop-seconde. Jouissant aujourd’hui d’une réputation de « tracteur », tient plus qu’honorablement la comparaison face aux ETA de gamme équivalente.

 

Conclusion

Cher lecteur, vous tirerez bien sûr vos propres conclusions de cette revue. L’allergie absolue aux montres contemporaines et plus spécialement aux hommages s’entend et se comprend très bien. Pour ma part, avec quelques jours d’expérience en présence de cette Skindiver, j’avoue ne pas regretter l’acquisition : comme une sorte d’exception qui confirme la règle, cette « Fifty Fathoms revisitée » ne prétendra jamais rivaliser avec l’originale mais Peter Helson a su tirer de cette dernière assez de substance pour offrir du plaisir à celui qui la porte, sans prétention certes, mais aussi sans complexe. Et cela sans atténuer en quoi que ce soit l’attrait magique d’une vieille mécanique enrobée d’une belle patine…

 

Références
  • WornAndWound.com. [En] Revue de la Helson Skindiver 2012.
  • Oceanictime.com. [En] Présentation en avant-première de la Helson Skindiver 2012.
  • WatchUSeek.com. [En] Revue de la Helson Skindiver 2016.
  • Forum Montres mécaniques. [Fr] Pour ceux qui ne craignent pas une fracture de l’œil, ce fil de discussion est une véritable orgie de FF — des vraies !
  • The Springbar. [En] Un article très complet sur les Blancpain Fifty Fathoms et leurs multiples versions militaires.
  • Pour finir, deux revues en vidéo :

Un commentaire sur « Helson Skindiver : née en l’an 59 après FF »

  1. Elle est jolie cette petite Helson.
    Pour une fraction du prix d’une originale, (700$ pour l’acier et 1300$ pour la version bronze), on peut vivre (un peu) les frissons du grand mythe et se prendre un instant pour Cousteau !

    Aimé par 1 personne

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